Ma double vie hétéro et ce coup de fil qui change tout – Amir 3/3

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Partie 3 sur 3 – Amir raconte comment, à 43 ans, il découvre enfin sa sexualité queer après des années d’interdits. Il parle de son mariage hétéro, de l’homophobie de sa femme, de l’amour inconditionnel qu’il porte à ses enfants, et de sa peur de leur révéler qui il est. Un auditeur du podcast, rencontré par hasard sur une appli, lui offre un moment suspendu : une connexion inattendue qui fait écho à son propre parcours. Et maintenant ? Amir sait qu’il devra couper le cordon, mais il avance à son rythme, en savourant chaque découverte.

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Amir, coucou, troisième et dernière partie de ton témoignage. Amir, tu as 43 ans. Depuis deux mois, tu vis une adolescence queer. Tu comptes fleurettes, tu papillonnes, tu te délectes des miels de la vie. Tu as eu 40 rencontres plus ou moins réussis et de cette période depuis novembre où t'essayes plein de trucs et enfin tu t'autorises après des années et des années à t'interdire et à ne pas pouvoir vivre ta sexualité avec des hommes c'est quoi la deuxième chose qui t'a marqué, que t'as découvert ? La deuxième chose moi j'ai 43 ans et j'ai flashé sur un type et je savais pas mais il avait 63 ans Et il me l'a dit à la toute fin. Je lui ai dit déjà bravo parce que tu ne l'as pas fait du tout. Et puis je lui ai dit mais pourquoi tu ne me l'as pas dit tout de suite ? J'avais peur que ce soit quelque chose de trop éliminatoire. Donc je lui ai dit non, pas forcément. J'aurais apprécié que tu me le dises avant. Maintenant, effectivement, je me pose la question quand même. Ouais, mais moi, j'ai quand même envie de te voir. Bon, bref. Je dis écoute, je viens. Vous étiez par Internet. Et il te dit, voilà mon âge. Et toi, tu dis, ça ne me dérange pas. Ouais, je lui dis, mais j'aurais apprécié de le savoir avant. Et il y avait quelque chose qui m'accrochait. J'avais ce quelque chose qui m'accrochait, je me suis dit « bon, je vais aller découvrir ça ». En l'occurrence, c'était ses yeux. Il avait des beaux yeux. De quelle couleur ? Bleu. Uniquement bleu ? Oui, bleu. Parce que tu regardes là quelqu'un qui a du vert et du jaune à l'intérieur ? Ok, non, lui, je… Bleu, clair. Oui, très clair. Tu as un sourire sur les lèvres. Oui, et c'était ça qui m'avait plu, donc j'y suis quand même allé. Et pareil, bon, alors… C'était pareil à un excellent moment. Vraiment. Et donc, le truc que tu as découvert, c'est quoi ? C'est que les hommes plus âgés t'attirent en général. En général, oui. Ok. Tu as un truc pour les hommes plus âgés. Plus âgés, ça veut dire combien d'années ? Je n'ai pas de… J'ai pas forcément de… Alors, plus âgés, encore faut-il qu'ils soient quand même en bonne santé, un minimum, mais je veux dire, ouais, j'arrive à prendre mon pied avec quelqu'un de plus âgé, ça me pose pas de problème du tout. Ouais. T'as pas forcément d'attirance pour les plus jeunes ? Non, pas forcément, non. Ok. Non. Qu'est-ce que ta femme a dit quand tu lui as… Tu lui as dit quand l'inceste ? c'était il y a 4 ans 4-5 ans ouais qu'est-ce qu'elle a répondu ? c'était sur une phase où j'allais mal j'allais vraiment mal et puis elle m'a dit ouais mais qu'est-ce qui te… où j'allais voir un psy justement et puis elle m'a dit mais mais les hommes ne racontent pas leurs problèmes à d'autres hommes c'est ça qu'elle t'a dit ? tu sais pas ce que j'ai vécu parce que ton psy est un homme je lui ai dit en psy en général ça aurait été une femme elle aurait dit la même chose peut-être encore moins bien réagi je lui ai dit non pas du tout les psy sont formés pour écouter tout le monde c'est leur métier même Et je lui ai dit qu'elle ne connaissait pas ce que j'ai vécu. Elle me dit « Mais qu'est-ce que tu as vécu de si grave pour que tu aies besoin d'aller en parler à un psy ? » Et là, je lui ai expliqué. Elle m'a dit « Ouais, bon, c'était une erreur de jeunesse. Maintenant, tu es marié, tu as tes enfants, il faut que tu passes à autre chose. » J'ai dit, ouais, c'est simple à dire, mais pas simple à faire. Parce que toi, tu vois comment l'impact des viols dans ta vie après, ta vie adulte, tu vois ? Si on prenait le temps de répondre à ce préjugé, de dire, ben voilà… Là que ta femme te propose, c'était deux ans, passe à autre chose, c'est il y a longtemps. C'est quoi la réalité ? Comment ça a impacté tout ton chemin depuis ? Au regard de mon histoire, c'est comme si on m'avait tenu en laisse pendant une quarantaine d'années. C'est comme si j'étais lié à lui pendant 40 ans. Tant que je ne l'avais pas parlé, tant que je n'avais pas pris conscience que c'était un viol. Et que, effectivement, le fait d'aimer, c'est peut-être parce que c'était la seule sexualité que j'avais. C'est comme si on avait exercé une emprise sur moi pendant 40 ans. Et que le moment où je m'en suis rendu compte et où je me suis dit « bon ben c'est ça, ça s'appelle un viol » et je n'ai pas à avoir honte de mes réactions, comment j'ai réagi, parce que c'est un mécanisme de défense aussi. Donc là tu parles dans ta manière de réagir, tu parles du plaisir, tu peux m'en dire un peu plus ? Du plaisir que ça a pu procurer à un moment donné, alors qu'il s'agit d'un viol ? Tu te sentais coupable, tu te disais c'est ma faute, tu te disais que ce plaisir… Ouais c'est de ma faute et c'est malsain, surtout c'est malsain. C'est moi le problème. Ouais c'est moi le problème et c'est pas lui, c'est normal qu'il me viole, puisque c'est moi le problème. Et je crois que tu avais utilisé dans un de tes épisodes une allégorique, le sucre. J'avais dit, si je te mets du sucre sur la langue, tu ne peux pas contrôler le ressenti sucré et le plaisir possible que tu peux avoir, alors même que je te force. Ça t'avait parlé ? Oui, ça m'avait fait direct fait tilt par rapport à mon histoire. Parce que tu peux pas contrôler, parce que c'est ta seule… Tu te sens foncèrement gay et on te fait subir des attouchements sexuels ou des actes sexuels. le fait que tu aimes si c'est ton seul rapport à la sexualité forcément ça va devenir quelque chose de banalisé pour toi en tout cas dans ta conscience pour moi en tout cas et voilà donc le sentiment que j'ai c'est comme si on m'avait enfermé pendant 40 ans et tu t'en sors et tu sors d'un placard et donc forcément libre cours à tout et puis sans en tout bien tout honneur bien entendu et sans outrepasser des limites qu'est-ce que l'honneur vient faire là-dedans ? l'honneur rien du tout mais en tout bien tout honneur c'est-à-dire pas de drogue pas de machin c'est ça que je veux dire ne pas perdre ça allait dire dignité ? non pas dignité parce que ça n'a pas la dignité mais pas pour le contrôle en tout cas C'est-à-dire, on peut se laisser aller, on peut se laisser aller à l'autre, parce que s'abandonner à l'autre, mais dans le respect aussi, le respect de soi et le respect de la personne aussi, le partenaire. Ça, c'est important pour moi. Aujourd'hui, qu'est-ce que ton cerveau te propose comme bonne raison de ne pas dire à ta femme que tu es gay ? La réaction qu'elle a eue par rapport au psy me laisse fondamentalement croire qu'elle ne va pas comprendre. Et elle est profondément homophobe, clairement. Parce que c'est la culture qu'elle a eue. Elle le dit. Ah oui, elle le dit clairement. Elle le dit clairement. Et mes enfants étant un peu jeunes… J'attends juste qu'ils soient un petit peu plus indépendants, enfin un peu plus matures, pour leur expliquer les choses, même s'il y en a deux qui sont déjà un peu matures, qui peuvent comprendre les choses, la troisième pas du tout. Et elles ont quel âge ? Alors, 15, 11, 3 et 6 ans. alors celle-ci c'est un peu jeune quand même pour lui balancer ça en pleine figure parce qu'elle le sera forcément et donc je me dis je veux les préparer au mieux et je veux pas qu'ils croient que je les aime pas que c'est eux la faute en fait imagine elle nous écoute t'as envie de leur dire quoi ? mes enfants qu'on peut aimer de manière différente mais que ça ne change rien à l'amour que j'ai pour eux et que je serai toujours là pour eux quoi qu'il arrive Tu dis envoyer en pleine figure à ta fille de 6 ans. Je ne comprends pas pourquoi. C'est bizarre. Parce qu'elle est en phase de construction. Pour elle, papa c'est ça, maman c'est ça. Et son oedipe n'est même pas encore terminé. Je viens lui balancer un truc en pleine figure en lui disant tu vois les repères que tu ne connais pas ma maman, ce n'est pas ça. Pourquoi ce n'est pas ça ? son repère il est pas dépendant de tes rapports intimes ? non mais la place qu'on donne aux rapports intimes ça va forcément changer sa vision à elle des rapports intimes qu'elle peut avoir plus tard je veux simplement pas la brusquer trop et ce que je veux aussi c'est maintenant que cette étape là elle est franchie que je sais ce que j'aime et ce que j'aime pas ou en tout cas que je découvre et que je m'envisage très bien construire quelque chose avec quelqu'un, avec un homme en tout cas. Et c'est là le moment où il faudra que je coupe le cordon. Mais ça arrivera nécessairement. C'est-à-dire que tu sais déjà couper le cordon avec qui ? Avec ma femme. Donc tu sais que ça va advenir, tu l'as déjà décidé. Et je crois entendre que tu as envie de le faire quand tu seras amoureux ? Oui. Je n'arrive pas à chevaucher les deux mondes complètement à part. Et donc là, je navigue entre les deux mondes. Mais quand je sais qu'il y en a un sur lequel je m'attacherai, je sais que de l'autre côté, je couperai le cordon. Est-ce que c'est par peur de se retrouver sans rien ? Sans doute, je ne sais pas. C'est quoi sans rien ? Sans relation affective. Parce que du coup, avec ta femme, il y a quoi comme relation ? Il y a juste une relation de l'affect, c'est tout. Il n'y a plus du tout de… Il y a une relation affective dont tu veux prendre soin. Oui, quand même. Elle s'exprime comment cette affection entre vous deux ? Elle s'exprime quasiment pas du tout. On n'exprime quasiment plus. Physiquement, en tout cas, plus. D'accord. Depuis 3-4 ans. Et puis, c'est des petites intentions, mais c'est tout. D'accord. Alors, excuse-moi, soit j'ai mal compris, soit tu te contredis. Tu me dis, pour le moment, en fait, j'ai peur de me retrouver sans rien, c'est-à-dire sans cette vie affective que j'ai tout de même avec ma femme. Oui. et dont je veux prendre soin et qui fait que je vais pas faire mon coming out et couper les ponts enfin en tout cas me séparer d'elle puis après quand je te dis c'est quoi cette vie affective tu me dis presque rien non presque rien effectivement presque rien pourquoi tu souris ? non mais c'est vrai parce que c'est complètement contradictoire ce que je suis en train de dire ok à quoi je reste attaché s'il y a presque rien ? c'est une bonne question dans laquelle il va falloir que je trouve une réponse ouais on a tout notre temps hum hum En même temps, ça avait beaucoup de nouveautés. Ouais, c'est tout nouveau. Et bon, je suis simple. C'est OK, c'est un peu le jeu de l'interview, d'exposer quelques contradictions en espérant que tu vois que du coup, ça t'aide et tout. Mais on se fout pas la pression. Et bien sûr qu'on est contradictoire. Bien sûr. Il y a mille… Oh là là, c'est un marathon, c'est pas un sprint. Et donc… C'est normal. On flippe. Et on a le droit. C'est un sacré changement. C'est un sacré changement. Donc tu vas aussi à ton rythme. Est-ce que tu arrives à prendre le temps de célébrer tout ce que tu arrives à mettre en place depuis ces derniers temps-là ? Tu te fais des petites danses à la victoire ? Non, même pas. Je me dis c'est bien, mais t'endors pas sur tes lauriers à chaque fois. Je me dis, avance quoi. Mais dors un coup sur tes lauriers ? Ouais, bah ouais. Une petite sieste ? Ouais, une petite sieste, peut-être, ouais. Ah, dormons sur nos lauriers parfois. Peut-être que je suis trop exigeant, je sais pas, envers moi-même. Tu crois vraiment qu'on peut s'endormir sur ses lauriers ? C'est-à-dire devenir dans un état végétatif de je pionce non-stop, mes lauriers pourrissent sous moi, je m'en rends même pas compte, et tout s'arrête ? Non, il y a un moment, forcément, une réaction. Après une sieste, tu es bien remis ou après une bonne nuit de sommeil, tu as envie d'aller vivre à la suite. Oui, c'est où j'en suis actuellement. Ça doit te faire tellement du bien d'entendre tes filles être d'un joli gay friendly ? Euh… Ouais. Non. C'est si, c'est… Mais ça m'a fait énormément plaisir, ouais. Quand elle l'a dit… Enfin, elle l'a surtout vu tac au tac. « Maman, réveille-toi, tu vis dans quel monde ? » « On n'est pas en Afghanistan, hein. » Elle lui dit « Mais comment ça ? Tu vas me dire que tu as des gays dans ta classe ? » « Oui. » « Et alors ? Il est au problème. » « Ah, waouh. » « Ah, ok. Et tu leur parles ? » « Évidemment que je vais leur parler. C'est mes collègues de classe. Tu veux que je fasse quoi ? » Je ne vais pas leur dire, je ne te parle pas, mais ça ne se dérange pas. Mais ce n'est pas une question que ça me dérange ou pas, ça n'a pas à me déranger. Et du coup, ça lui a coupé la chic et ça, je me suis dit, waouh. Toi, tu assistes à cet échange entre ta fille et ta femme. Je me dis « waouh ». Et tu as envie de te mettre en colère ? Non, il n'y a pas de colère en toi. Non, il n'y a pas de colère. Parce que je sais que s'il y a une colère, ça va se retourner contre moi. On va me dire « bah oui, mais t'as vu à cause de toi ». Du coup, je laisse les enfants, avec leur mentalité, leurs outils à eux, démontrer qu'il n'y a rien d'anormal. Ah oui, ta femme te reprocherait d'inculquer à tes filles les mauvaises choses qu'elle répéterait. Voilà. Alors que là, ça ne vient pas de moi, c'est eux qui l'ont dit eux-mêmes. Maintenant que ça a été dit sans ton concours, est-ce que tu as envie de prendre plus d'espace dans ton foyer pour que des homophobies ne soient pas dites ? maintenant je le fais mais de manière très très insidieuse c'est à dire ? on parlait du mariage la dernière fois on parlait du mariage pour tous et puis elle me dit oui mais bon je dis c'est une avancée sociétale elle disait quoi oui mais bon ? oui mais c'est pas très très en France vous êtes quand même bizarre vous créez des problèmes vous même je dis mais non c'est pas un problème elle étant marocaine c'est une réalité sociétale Et d'ailleurs, je ne comprends même pas pourquoi au Maroc, ça ne fait pas déjà débat. Enfin, ça doit sans doute déjà faire débat, mais c'est… C'est illégal au Maroc. Oui, c'est très enfoui. Mais je dis, ce n'est pas pour autant que ça n'existe pas. Oui, mais bon… Je dis, ne me déraconte pas que ça n'existe pas. Ça existe. Ben non. Que l'homosexualité existe, quoi. La mauvaise foi, là. Voilà. Mais bon, en tout cas, en France, sache que moi, je trouve que c'est une avancée sociétale. Quand tu dis, je le fais de façon insidieuse, le fait d'être… d'être pro-gay je sais pas comment le dire pourquoi t'as besoin de le faire de façon insidieuse c'est intéressant ce mot c'est même un peu négatif c'est péjoratif je trouve insidieusement c'est parce qu'en fait il faut toujours que ça soit ça soit toujours quelque chose qu'elle on part toujours de quelque chose de concret Pour arriver à ce que moi je pense en fait, pour qu'elle puisse exprimer son ressenti et souvent c'est elle à qui je lui donne la parole, d'abord c'est elle qui a la parole. Pourquoi ? Qu'est-ce qui se passerait si tu confrontais ? Si ça veut dire que si moi je lançais le débat ? Ou bien si toi, tu t'exprimais pas insidieusement, qu'est-ce qui se passerait ? Ça couperait court le discours, le dialogue. Il n'y aura aucune communication possible. Parce que c'est un no-go. D'accord. Elle quitte la salle… Ouais, c'est un no-go pour elle, c'est non. Bon, sauf que ça existe et que tes enfants vont y être confrontés. Et qu'est-ce que tu fais le jour où t'as ton gamin qui rentre et qui te dit, tu fais quoi ? Tu le prends, tu le balances par la fenêtre, tu fais quoi ? Hum. Il vaut mieux être parlé que de subir et de se prendre les choses en pleine figure. Il faut toute proportion garder. Toutes proportions gardées. C'est quoi cette histoire avec un auditeur, là ? Ouais, c'est un truc de fou. J'étais sur un Romeo, je reçois un message. Romeo, c'est une application. On est écouté de partout dans le monde, il n'y a pas les mêmes applications. On met donc à la Grindr, quoi. Grindr et Romeo. Et donc, je reçois un message qui changeait d'un classique, quelqu'un qui me dit « bonjour, coucou ». je lui dis ouais bonjour et puis il me dit voilà il m'envoie sa photo je lui dis ah bel homme bel homme ? oui je lui dis ah bah beau gosse plutôt beau gosse il me dit ah bah je prends un exemple sur toi dragueur je me suis dit acharmant en plus de ça et il fait ha ha ha bon ok et ensuite on enchaîne tu as tes photos sur ton profil ouais d'ailleurs ça je peux en toucher un mot si tu veux mais c'est un truc incroyable ces sortes de photos c'est à dire que tu peux parler à 20 personnes sans mettre ta photo et d'un coup d'un seul tu mets une photo t'as les 20 personnes qui t'ont refusé qui te réécrivent c'est quand même dingue Qu'est-ce qui t'étonne ? Ça me semble surprenant quand même. Avec le même identifiant, tout. Comment tu veux que je sache à quoi tu ressembles si je n'ai pas ta photo ? Je ne suis pas étonné que les gens soient un peu détournés de profils sans photo. Alors attention, parce qu'il y a des photos de moi, visage non, mais des visages, des photos de mon corps où j'en ai deux, trois ? Habillé, évidemment, mais j'en ai deux, trois. C'est ton visage qui attire. C'est mon visage, et je remets celle de mon visage. Bizarrement, j'en ai… Tous ceux qui m'ont refusé me réécrivent. Bref, du coup, donc il m'écrit, il m'écrit, ouais, bon ben, voilà, charmeur en plus de ça, et puis là, il y a un discours qui est complètement surnaturel, qui commence à… Enfin, il commence à m'écrire, mais des trucs qui… Enfin, ça me semblait étrange, quoi. Je me suis dit, mais… Il te dit quoi ? Oh, je pourrais pas te… Oui, mais dis-moi juste dans tes souvenirs, qu'est-ce qui était étrange ? Après, on discute. « Qu'est-ce que tu cherches ? » Je lui dis « L'amour, comme tout le monde. » Il me dit « L'amour, il n'y a qu'à tendre les bras pour le trouver. » Je lui dis « Parfois, il faut les tendre vachement loin ou alors on se retrouve avec les bras vides. » Du coup, ça l'a de nouveau fait rigoler. On discute un peu de manière… Il me dit « J'ai le pouvoir de t'appeler. » J'ai commencé à avoir le pouvoir de m'appeler. Oui, si tu veux, j'ai le pouvoir de t'appeler. J'ai un pouvoir magique. Si tu veux, si tu m'autorises à le faire, je vais le faire. Je dis, bah vas-y. De t'appeler, ça veut dire quoi ? Amir ? Non, de m'appeler par téléphone. Et je lui dis, bon bah, ok, que me vaut ce… Mais attends, mais flip, non ? Ça veut dire qu'il a ton numéro de téléphone, ça veut dire, en plus, toi qui n'es pas out, t'as pas flippé ? Non, non, pas du tout. Et puis du coup, je lui dis, mais tu veux pas que… Je préfère garder le mystère. Et je préfère garder le… Enfin, laisser le libre cours à mon imagination. Il me dit, et tu imagines quoi ? Bah, je sais pas, j'imagine que… Bah, sur ta photo, t'as l'air de couleur, donc, bah, évidemment, t'as l'air de couleur. T'as une grande voix, t'es grand, t'as des grandes mains. Viens, bingo. Attends, tu m'as perdu. Là, c'est lui qui te demande tout ça. Donc toi, tu vois que c'est un homme de couleur, il est noir ? Il a des grandes mains, il est grand. Non, non, mais je m'imaginais. Je ne comprends pas. Tu n'as pas de photo de lui ? Non, j'ai une photo de lui, mais j'imagine comment il pourrait être. Parce que tu n'as que le visage. Voilà, et en fonction de comment il m'écrit. Tu n'as pas le corps. Non. Donc, il te dit, imagine mon corps. Non, non, le corps, il l'a. Enfin, il a une photo de lui sur pied. En plein. Voilà. Donc, je n'ai pas compris. Je suis désolé. Bref, alors du coup, il me demande de m'appeler. J'ai dit non, je préfère laisser le libre corps à mon imagination. Et il me demande comment tu m'imagines. Et moi, à partir de la photo et à partir de son discours, j'essaie d'imaginer comment est-ce qu'il pourrait être. Et je mets des traits de caractère comme ça. Il me dit bingo. Et il me dit si tu veux, tu veux vraiment que je t'appelle ou pas ? Parce que j'ai vraiment des pouvoirs magiques. Alors je dis vas-y, je t'autorise. Et le téléphone sonne. et je décroche et c'est lui je lui dis ouais d'accord j'ai faim de ne pas trop marquer la surprise et ensuite je lui ai demandé comment il avait évidemment mon numéro et puis il se trouve que c'est un auditeur du podcast et comme je me suis inscrit sur le groupe de apéro il a repéré la photo et sur Romeo j'avais la même photo donc voilà Donc, il y a un WhatsApp où, en fait, tous les auditeurs… Tu sais, t'as la petite icône où t'as… Ouais, attends, j'explique parce que pour les gens qui connaissent pas, ils comprennent rien. Donc, en gros, on a un groupe WhatsApp. D'ailleurs, tout le monde, tous les auditeurs peuvent le rejoindre par ville pour que des rencontres entre auditeurs s'organisent. Donc, quand tu rejoins le groupe WhatsApp avec ta ville, tu peux ou pas mettre une photo. C'est ton WhatsApp. Et toi, tu avais la même photo que sur Roméo. Voilà. Donc, il t'appelle. Comment est sa voix ? Elle est exactement comme je le pensais. Elle est belle ? Elle est belle, elle est rassurante, elle est sûre de lui. Vraiment, bien sûr. On se raconte quoi ? Bah la première fois il m'explique un petit peu qu'est-ce que tu fais blablabla où je passe etc je l'explique et on trouve tous les deux très étonnant qu'on soit entré en contact via ce voilà c'est un gros hasard il me dit oui oui c'est simplement bah là non je vois ta photo et je me dis bah tiens et je dis mais qu'est-ce qu'elle a ma photo qu'est-ce qu'elle a ma gueule alors il me dit non non mais justement ça m'avait j'ai été marqué par ta photo il y a quelques temps et puis là je l'ai revu je me suis dit bon bah j'essaye bah ouais ok et donc la deuxième fois je lui dis attends on raccroche en se disant viens on va prendre un café on habite dans la même ville ? J'ai dit, on va discuter, on continue la discussion, je propose de faire connaissance. Non, pas dans la même ville, à 40 kilomètres. On a des voitures. J'ai dit, on va faire connaissance et puis on continue. On s'appelle de temps en temps et puis on regarde ce qu'on peut faire. Moi, j'aurais dit, vas-y, on prend un café. Non, toi, t'es plus précautionneux. Non, moi, je suis précautionneux. Plus précoce quand même de ce côté-là. Ouais, ouais. Je dis, on peut discuter de soi. Ouais, ouais, très bien. On discute de quoi, du coup ? Bah, de… Oui, de rien. Oui, de rien. Pas de dick pic ? Non. L'échange ne glisse pas dans la sexualité ? Non, absolument pas. Tu fais quoi ? Quels sont tes loisirs ? As-tu vu ce film ? Non, on est dans ce que lui pense de le grand hasard qui met deux personnes sur la même voie et puis que c'est un grand hasard et que ce serait dommage de laisser passer cette existence. Bon. Ce n'est pas pour te déplaire. Je te vois avec un sourire. Non, non, parce que je me dis, pour une fois, ça ne sera pas… Allez, hop, viens, on y va, on baisse, et puis voilà. Ça devrait être sympa. La deuxième fois. Et puis la deuxième fois, je lui dis, je serai à Paris ce week-end. Alors, il me dit, ah bon ? Moi, j'y étais cette semaine. Je lui dis, non, mais moi, j'y vais parce qu'il y a un tournage du podcast. Ah ouais ? Je lui dis, ouais, ouais. Ah, mais carrément ? C'est trop cool. C'est trop bien. Je suis content pour toi. Je lui dis, ouais, ouais. ben tu passerais bonjour à Guillaume je te dis ouais ça marche je le ferais il sait pas qui je suis tu dis que c'est un audio oui oui c'est pas de soucis et il me dit oui moi je le connais pas ce monsieur il me dit tu vas lui parler quel est le sujet du podcast et je dis ben y'a pas de sujet sur le podcast c'est toi le sujet du podcast enfin c'est toi tes couilles et ta ton histoire et ta vie quoi y'a pas de sujet sur les podcasts ah et donc tu vas faire quoi je dis ben je vais raconter mon parcours un petit peu ok est-ce que tu veux bien me raconter ce parcours Je lui ai dit, je vais le faire en résumé alors, parce qu'il y a quand même… Et je l'ai fait, il me dit, si tu te sens plus à l'aise, tu peux le faire par écrit, et sinon, tu le fais par téléphone, on peut s'appeler. Je lui ai dit, non, non, je me sens plus à l'aise à l'écrit, donc je lui ai fait à l'écrit. Un résumé de ce qu'on s'est dit aujourd'hui. Et il me dit « Je suis vachement touché, j'ai envie de te prendre dans mes bras et de te dire que tout ira bien. Est-ce que je peux t'appeler ? » Je dis « Oui ». Donc il m'appelle et là, il me dit… Qu'est-ce que t'aimerais qu'il fasse ? Et tu m'as dit j'aimerais qu'il me prenne dans ses bras et qu'il me dise que tout va bien. C'est fou que ça… Et ça vient pile. On pourrait l'appeler comment ? Antoine. Appelons-le Antoine. Ok. Tu m'as fait peur. Oui, c'est pas son vrai prénom. Non, bah non. Ouais, c'est trop beau, monsieur Antoine, là. Ouais, et donc du coup… C'est fou. Bah oui, ça tombait pile, c'est ce que je voulais entendre. Bon, bah écoute… Et puis il me dit, je pense qu'on a énormément de points de similitude entre ton parcours et le mien. Il me raconte son parcours, qui est étrangement calcable au mien, mais lui est beaucoup plus avancé dans sa démarche que moi. et puis son projet c'est de construire quelque chose avec quelqu'un et je lui dis et à la fin est-ce qu'on irait pas se boire un café à un de ces quatre j'ai répondu bien entendu oui ok et là on est aujourd'hui voilà et là on est aujourd'hui ah non tu peux pas me laisser là dessus ah bah je te raconterai la suite si tu veux on se voit le week-end prochain ah génial ouais bon On n'y va pas, on ne se surexcite pas. Je n'y vais pas en mode surexcité parce que je sais que ça peut ne pas coller. Mais il y a une grosse entame de quelque chose, on va dire. Oui, puis on peut se réjouir. Eh bien, je suis trop content. Oui, écoute, tout le plaisir. Moi aussi, je suis content. Ah ouais, c'est génial. Et ce n'était pas un hasard, en fait. Tu reviens sur le podcast dans cinq ans. Oui. Qu'est-ce que t'aimerais me raconter ? Qu'est-ce que t'aimerais qu'il soit devenu ? T'en es où dans 5 ans ? Euh… J'ai trouvé chaussure à mon pied. Non. J'ai trouvé… La personne avec qui j'ai envie de vivre une partie d'une belle vie. Il s'appelle Antoine, pardon. Peut-être, on ne sait pas. Pas extrapolé. Et puis, en tout cas, vivre ce que j'ai à vivre et continuer à m'épanouir, que je continue à m'épanouir tous les jours en goûtant simplement à différentes choses. T'en es où de ton chemin de coming out dans 5 ans ? Tu aimerais en être où ? J'aimerais en être au fait que ma femme le sache quand même. Parce que je pense que ce serait mortifère pour moi de ne pas lui dire. Parce que c'est de la malhonnêteté. C'est vrai que j'ai du mal à dormir sur mes deux oreilles quand j'y pense. Et j'aimerais que mes enfants soient toujours des enfants ouverts à tout ce qui est autour d'eux. Et au monde dans lequel ils vivent. Et puis accepter simplement l'autre mal comme il est. Et de se dire, le meilleur exemple c'est papa. Hum hum. Et t'en es où dans 50, ton chemin pour briser le silence sur l'inceste ? J'ai envie de porter peut-être le message plus loin et dire que j'ai bien envie de refaire de l'associatif, mais j'ai peur de retomber dans mes vieux travers, faire beaucoup d'erreurs et tout. Parce que c'est soit je fais les choses entièrement, soit je les fais pas. Et donc moi je finis complètement à fond et puis des fois je me perds. Mais dans ce travail d'inceste, je pense qu'il faut essayer d'accepter simplement. Et peut-être du coup, t'investir, tu voulais dire associativement, trouver une manière de… Et de dire aux personnes qui ont pu suivre la même chose qu'il y a un avant, il y a un après et qu'il y a une voie. Et la voie, ils la trouveront eux-mêmes et que tout ira mieux. Mais ça ne va pas être facile, mais tout ira mieux. La voie avec un E et avec un X ? Oui, exactement. C'est à eux de le trouver. Et que non, se faire violer ne fait pas de toi un PD, pas du tout. Si tu ne l'es pas, tu ne l'es pas. Essaye d'avancer dans ce sens-là. Vaste programme. Merci Amir. Merci. Est-ce qu'il y a une dernière chose que tu as envie de partager, ou on s'arrête là ? Est-ce qu'il y a quelque chose qui te vient pour conclure, ou quelque chose dont tu n'as pas pu parler ? J'ai l'impression que ces 43 ans, j'ai attendu pendant 43 ans, mais c'est on ne peut plus délicieux, même 43 ans après. Il n'est jamais trop tard, ouais. Tôt ou tard, la lumière finit par briller, voilà.