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Est-ce que tu as des questions en consulence, Nicolas ? Pas du tout. Non, je connais le podcast, donc ça y est. Je te lis ma petite intro. Je t'en prie. Nicolas, bienvenue chez moi. Enfin, plutôt chez les deux auditeurs qui m'hébergent ici à La Réunion, dans l'ouest de l'île. Nous sommes sur leur terrasse. Je le dis si les auditeuristes entendent des bruits ou des petits cuicuis d'oiseaux, comme par exemple le gazouille du paille en queue.
L'oiseau emblématique de la Réunion. Alors, je m'emballe sur mon point faune et flore parce que le paille en queue est plutôt rare par ici. Mais bon, je me devais de dire le nom de cet emblème national, pas national, de cet emblème de l'île parce qu'ensemble, Nicolas, on va parler de taille de queue. Excellent !
« Toi Nicolas, tu as grandi et tu vis dans le sud de l'île et j'ai de la chance, tu m'as fait la visite. Avec ses coulées de lave, son relief escarpé, ses cascades et sa végétation luxuriante, je me suis cru dans Jurassic Park ou Lost, une de tes séries télé préférées. C'est vraiment grandiose. »
Toi, Nicolas, tu grandis dans un petit village perdu dans ses hauteurs et tu es un pionnier, le premier gay out du village et depuis un an, le premier gay marié du village, tu t'es marié avec ton premier amour. Tu deviens la référence que tu rêvais d'avoir, tu vas nous raconter. Sexuellement, ton défi, c'est que tu ne te sens pas assez.
Ton corps n'est pas assez mince ou musclé et ton sexe n'est pas assez gros. Tu m'as dit la taille de mon sexe a forgé ma sexualité. Parce que ta bite serait trop petite, tu deviens 100% passif. Tu m'as dit j'ai appris à développer une sexualité où j'ai pas besoin de l'utiliser. Tu aimes être soumis, tu te mets au service du plaisir à de l'autre à tel point qu'aujourd'hui tu te demandes toi ce que t'aimes vraiment.
C'est pas facile de dire que sa bite est trop petite. Tu es encore un pionnier à cet endroit, le premier sur le podcast à briser ce tabou. On est tellement nombreux à s'inquiéter de la taille de notre bite. Faut qu'on s'en parle. On se compare. Elle n'est pas assez grosse ou même trop grosse. Elle est tordue. Elle est trop fine. Le gland est trop ceci, pas assez cela. Moi, je suis sur les applications de rencontre et je pense que c'est un jour sur deux où on me demande si je suis B.M.,
Acronyme de bien monter. Je me dis toujours que pour ces gens-là, ça ne sera forcément pas assez la taille de ma bite et du coup, je pars. J'arrête de parler aux gars. Justement, pour explorer mon côté actif, j'ai dû apprendre à aimer ma bite, à contrer les petites voix dans ma tête qui me disaient qu'elles n'étaient pas assez grosses. Peut-être que je pourrais te raconter mes deux ou trois astuces sur ce chemin. Alors merci Nicolas d'ouvrir ce sujet. J'ai l'espoir que mettre des mots t'aide et te transforme à jamais.
et m'aide-moi en ricochet et plein d'auditorices. Faut qu'on se le mette bien dans la tête. La taille n'a rien à voir avec le beau ou avec le plaisir. D'ailleurs, les épisodes de ce podcast sur le plaisir prostatique le disent bien. La prostate est à quelques centimètres de l'anus et une seule phalange peut procurer un plaisir immense.
Alors si ça te va, je te propose qu'on se lance et je vais te faire tirer une question au hasard. Je vais t'inviter à choisir un chiffre entre 1 à 77, à moins que tu aies besoin d'apporter une petite rectification ou une réaction à cette intro. Une réaction, c'est très juste et très beau. Merci Guillaume. Merci. Un chiffre de 1 à 77 ?
17. Je ne sais pas si tu as écouté les derniers épisodes, mais c'est maintenant des questions magiques. Donc, il ne faut pas badiner. Question 17. Et puis, il ne faut surtout pas que je me trompe de ligne. C'est un peu moins magique. Quelles sont les barrières que tu as rencontrées en cherchant à t'épanouir sexuellement ?
Ok, est-ce qu'il faut que je réponde maintenant ou un peu plus tard ? C'est le moment où en fait on est libre, toi et moi on est des êtres. Il y a un truc, quand je te pose cette question, assez générique il faut dire, il y a un truc comme ça qui t'est venu spontanément ? Oui, les barrières que j'ai pu ressentir, c'est les barrières que, les propres barrières que j'ai pu me mettre.
mais je pense qu'on aura l'occasion d'en parler c'est pour ça que c'est marrant que tu poses cette question mais je me suis rendu compte avec le temps que les barrières qu'il peut y avoir que ce soit dans la vie ou sexuellement souvent c'est nous qui les mettons et moi les barrières que j'ai pu me mettre c'est que tu l'as dit je suis trop ou pas assez que je ne vais pas plaire et que je suis pas assez beau pour parler clairement et donc c'est ce genre de barrières que j'ai pu avoir et ressentir
Aujourd'hui, elles vivent comment en toi ces barrières ? C'est-à-dire, c'est de la petite voix qui s'impose à quel moment et qui dit quoi ? Aujourd'hui, j'en ai conscience. Il y a du chemin qui a été fait, donc je me bats. Mais oui, ça reste une petite voix en moi. Et quand est-ce qu'elle se manifeste ?
Alors pendant les moments intimes, pendant le sexe un peu, mais après comme ça fait longtemps que je connais mon partenaire, mon mari, j'arrive à gérer et il a appris et il m'a montré qu'il m'a trouvé beau et qu'il m'aimait. Donne-moi un exemple, genre tu te rappelles la dernière fois ou une fois où la petite voix…
Quand je suis à quatre pattes en levrette et que je vois le gras pendre. C'est marrant, j'allais te dire exactement ça. Et je me vois et en fait je me regarde et je me dis c'est pas beau, il doit pas trouver ça beau ce gras qui pend en fait. C'est quel gras qui pend ? Le ventre et la poitrine, les deux. Juste la poitrine, j'ai un problème avec la poitrine, peut-être qu'on pourra y revenir mais…
j'aime pas du tout ma poitrine et du coup je vois ma poitrine qui pend
et je le regarde et en fait là typiquement ça arrivait récemment derrière acte sexuel où je me dis ouais c'est pas beau en fait je suis pas sexy c'est marrant parce que j'allais exactement te dire ça je trouve que la position où du coup mon ventre et mes seins du coup tombent je pense que là le vrai c'est à 4 pattes je pense exactement la même chose t'arrives
Aujourd'hui, comme ça va mieux, tu as dit, comme je connais bien mon partenaire, donc toi tu es marié depuis ? Marié depuis un an. Et vous êtes ensemble depuis ? Depuis presque 20 ans, 17 ans. Comment tu arrives à rebondir ? Donc la petite voix nous casse les pieds. Est-ce que tu n'es pas obligé d'y arriver ? Qu'est-ce qui se passe une fois que tu dis la petite voix ? Et je sais que c'est moi qui t'ai conseillé de poser ton micro sur le menton.
Et en fait, c'était un mauvais conseil. Ça frotte un peu, car tu es ? Je suis barbu. J'aime trop quand tu me regardes en mode merde, je suis. Je suis. Excuse-moi, donc si ça ne te dérange pas. Qu'est-ce qui se passe après ? Après, quand je me rends compte de ça, je sais, comme je faisais sur le chemin, voie parasite. Et j'essaie de concentrer sur autre chose, sur mon plaisir.
Sur le fait que mon partenaire prend du plaisir et qu'il me trouve beau, qu'il me l'a dit, qu'il me le dit. Et j'essaie de conscientiser que non, en fait, c'est moi qui ne me trouve pas beau, c'est pas lui. Mais tu y arrives pendant l'acte sexuel et tout ?
c'est vrai que ça crée un peu un moment de déconnexion pendant l'acte sexuel on est censé se laisser aller de ouf donc c'est pas toujours facile d'être en train de se faire pénétrer de se dire en même temps ah je suis pas beau j'ai le gras qui pend et en même temps oh non mais détends-toi détends-toi donc c'est assez compliqué
et c'est du coup le mieux c'est quand je n'ai pas cette voix parasite qui vient j'ai pas à faire ce travail là c'est sûr que c'est les meilleurs moments que je peux passer au lit c'est quand je ne me regarde pas moi ce qui a bien marché quand j'ai réussi à le faire c'est de le dire c'est de dire attends là je me déconnecte parce que j'ai l'impression que je suis moche j'ai jamais essayé ça
Et après, je pense que je ne le ferai pas avec n'importe qui, etc. Parce qu'en fait, sinon, moi, je n'arrive pas à arrêter la petite roue du hamster. Une fois que j'ai commencé à avoir cette petite roue et qu'après, je m'entends dire « vas-y, détends-toi », c'est vraiment comme quelqu'un qui a le vertige, à qui tu dis « vas-y, arrête d'avoir le vertige ». Du coup, je me sens encore plus con et ça se bloque encore plus, le nœud se fait encore plus.
Et du coup, pour briser le sortilège, je le dis tout fort. Je dis, ah, vas-y, là, j'ai le ventre qui pend. J'ai l'impression que je suis chum et tout. Et en fait, comme j'ai la chance ou j'ai l'intelligence de bien choisir mes partenaires, en fait, comme eux, ils kiffent. Si tout va bien, en fait, ils sont là en train de me voir et de kiffer. Ils ont les mots.
Et même s'ils n'ont pas les mots, le sortilège est brisé. C'est ça que je voulais te dire. Oui, parce que tu le dis.
Moi, après, il y a aussi le fait que mon partenaire me connaît bien. Il connaît, mais il sait que j'ai un problème avec ça. Et je pense qu'il le sent aussi avec le temps. Et il sait, par exemple, que je vais aimer qu'on pince les tétons. Et s'il sent que je m'en sers mal à l'aise, il va me passer un peu les tétons, me caresser, montrer que lui, il aime ça. C'est comme ça que je l'interprète. Et moi, ça me permet de me remettre un peu dans l'acte, de montrer que toi, cette partie du corps que tu n'aimes pas,
Moi, je l'aime et ça me permet d'être un peu plus en paix avec moi-même aussi. Grave. J'avais peur qu'il y ait un voisin qui fasse genre de la mécanique. Mais là, on a juste un voisin qui ramasse des feuilles à côté. Je le dis parce que si on l'entend comme ça,
les gens savent ce que c'est. Mais là, à chaque fois, on me dit on n'entend pas les bruits, donc arrête de nous casser les pieds. Mais là, c'est fort. Je me dis qu'on peut l'entendre. Un petit côté ASMR. Exactement. Moi, j'aimerais trop qu'on ait des oiseaux quand même. Parce que ce matin, tout à l'heure, il y avait des gros cuicuis trop jolis et tout. Ok. Juste,
Comment ton partenaire sait que tu es mal à l'aise et qu'il se met à te caresser ou à te pincer les tétons ? Tu as l'impression que ton visage ou ton partenaire qui te connaît bien ressent le malaise que toi tu vis mais que tu n'exprimes pas forcément ? C'est une question qu'il faudrait lui poser à lui parce qu'on n'a jamais…
échangé sur cette partie là enfin on a déjà échangé sur le fait que j'aime pas cette partie de mon corps que ça me met mal à l'aise etc moi j'ai envie de dire qu'il le sent ça doit être dans mon langage corporel peut-être que je bouge un peu plus ou il voit que je me redresse ou peut-être tout simplement que je me regarde physiquement je pose les yeux sur moi c'est une bonne question c'est à lui qu'il faudrait demander mais en tout cas moi j'ai l'impression qu'il le sent en général et c'est comme ça que je le perçois
Tu sais, quand est-ce que ça a commencé, ce rapport au corps, ça vient d'où ? Est-ce que tu as un peu plus d'infos ? Pour moi, tu veux dire ? Ouais, parce qu'en fait, c'est intéressant quand on s'est rencontrés, toi et moi, comme pas mal d'auditeurs, tu m'as dit « Ah, mais en fait, t'es pas gros ».
Tu ne m'as pas dit ça toi. Parce que moi, j'ai souvent parlé sur le podcast de mon rapport à mon corps qui fait qu'en fait, comme on ne me voit pas, je pense que les gens imaginent des trucs. Et donc là, par exemple, pour toi, les gens pourraient imaginer que tu es obèse. Toi, tu te considères gros ?
Oui, et c'est vrai que les gens me disent non tu n'es pas gros, mais moi je me considère gros mais ça a commencé dès l'enfance pour répondre à ta question initiale parce que j'étais quand même plus gros enfant et à l'adolescence je me suis un peu affiné, jeune adulte encore plus.
Mais j'ai gardé en tout cas ce… Comment on dit ? Le ressenti ? Non, pas le ressenti. Tu sais, quand tu n'as pas une partie de ton corps dysmorphophobie, mais c'est pas le mot que je cherche. Tu sais, quand tu as l'impression d'être trop petit, trop grand, trop gros. Je suis contre ce complexe. Voilà, merci. Donc, en fait, j'ai gardé ce complexe. J'ai eu ce complexe. Je recommence.
En fait, j'ai eu ce complexe dès l'enfance. Mon père n'aidait pas non plus. Il ne faisait pas de réflexion sur mon corps, mais il faisait des réflexions sur le fait que je pouvais manger trop, parfois. C'est plus sur la nourriture. Et il ne voulait pas d'un enfant gros, il me l'a dit. Et moi, je le sentais bien. Et à l'école, j'ai tendance, quand je grossis, je prends du ventre et de la poitrine. Et c'est familial, c'est génétique. On est tous pareils dans la famille.
Et les enfants sont assez cruels. Et on a pu me faire des remarques sur ma poitrine, etc. Et c'est quelque chose que j'ai gardé tout au long de ma vie. Moi, j'ai l'impression que le gros n'existe pas. Je trouve que tu n'arrêtes pas de répéter ce terme. Et en fait, il est fort de sens. Mais du coup, à partir de quand on est gros ? Parce qu'en fait, moi, mon regard sur toi, c'est que tu es surtout très grand. D'accord que tu es grand ?
Mais donc du coup, en proportionnalité, tu occupes plus d'espace, tu fais combien ? 1 mètre ? 1 mètre 83. Ok. Et du coup… Du coup, toi tu as un nombre de kilos ou tu considères que tu deviens gros ?
Moi, en fait, je ne m'attarde pas trop sur les kilos depuis quelques temps quand même. Il y a encore quelques années où c'était important, où pour moi, 1m83, il fallait que je fasse maximum 20-83 kilos. J'avais cette barrière dans la tête. Aujourd'hui, je fais un poil plus, mais c'est plus mon reflet dans le miroir. Et je me suis rendu compte que même en dessous de 83, puisque je vais faire moins de 83 kilos,
Je me trouvais toujours gros. Et c'est là où j'ai eu aussi une prise de conscience de… En fait, c'est pas une question de chiffres, c'est une question aussi de comment je me vois. J'ai commencé à prendre conscience aussi que peut-être j'avais une dysmorphophobie, j'avais une vision de moi qui était un peu altérée aussi.
Parce que tout le monde me disait « mais non, t'es pas gros, pas du tout ». Et puis même mon mari, je lui disais « mais regarde ce t-shirt, il me boudine, on voit que mes bourrelets, on voit ma patrine ». Il me dit « mais non, pas du tout, c'est toi qui fais une fixette dessus ». Donc j'ai commencé à prendre conscience de ça récemment, mais ça a toujours été le cas depuis mon enfance en fait. T'as eu l'impression que ça a impacté ton chemin d'intime, de sexualité, d'amour ?
Oui, parce que j'ai… En fait, plus jeune, à 18 ans, et même à l'adolescence, j'avais envie de sexe, mais je n'osais pas passer le pas, parce que j'avais peur du jugement des gens, ou de mon partenaire. Et donc, les plans cul, pour moi…
sur mon corps donc pour moi les plans cul les rencontres sans lendemain c'était pas possible il fallait que j'apprenne à connaître la personne que je sois sûr de lui plaire qu'on discute c'est pour ça que ma première fois alors c'est pas tard 20 ans mais comparé à d'autres même quand j'écoute tes podcasts ou quoi et j'ai aucun problème avec ça mais je l'ai fait à 20 ans et pourtant c'est je raconterai mon histoire peut-être après mais j'ai eu l'occasion avant peut-être de rencontrer d'autres partenaires mais ça m'a mis du temps
Avant de le faire parce qu'il fallait que je sois en confiance et c'est en ce sens là que ça a impacté mon intime parce que je ne pouvais pas imaginer coucher avec quelqu'un comme ça sur un coup de tête ou que je ne connaissais pas. Parce qu'il ne pouvait pas m'aimer, en tout cas il y avait le risque qu'il me rejette. Mais vraiment uniquement autour du corps ?
Parce qu'en fait, moi, ce que j'ai compris, c'est que toi, tu grandis et tu vis jusqu'à l'âge de 18 ans dans un village dans les hauteurs du sud de Lille, un village familial. La spécificité, je crois même réunionnaise, c'est qu'en fait, souvent, on habite avec sa famille. Donc, on a autour d'autres maisons avec les oncles, les tantes. On est d'accord ? Oui, c'est ça. C'est que moi, j'ai grandi entouré de ma famille.
Et quand on dit qu'il faut un village pour élever un enfant, à La Réunion, on a la chance de le faire concrètement. Mes voisins, c'était mes grands-parents. Mes oncles et tantes habitent toutes à moins d'un kilomètre. Et mes amis d'enfance, c'est mes cousins. Et il n'y a pas d'autres gays ?
Du tout. Zéro. Dans la famille proche, en tout cas, la famille que je côtoie tous les jours, ou presque, je suis le seul. Dans mes voisins, j'étais le seul, en tout cas. Le…
Mon père a un cousin qui est homosexuel, mais qui ne l'a jamais totalement assumé, qui vit en métropole, qui vit à Paris. Et même si les cousins sont au courant, les frères et sœurs sont au courant, les parents ne le sont toujours pas.
Même à l'heure actuelle. Et donc moi, j'avais vraiment aucun repère. Et même à la télé, quand il y avait des homosexuels, mon père, qui était très homophobe, faisait un rejet fort et changeait de chaîne. C'est vraiment pas de PD à la maison, je change de chaîne. Donc j'avais vraiment aucun repère autour de moi.
Et les seuls repères que je trouvais, c'était sur Internet, parce que c'était les balbutiements d'Internet. À l'âge de 15-16 ans, j'ai eu une connexion Internet, le 56K, mais j'arrivais quand même à discuter. Et c'était la période d'MSN et surtout des chats. À l'époque, j'allais sur les chats entre mecs, ça s'appelait. Et c'est comme ça que j'arrivais à discuter avec des hommes. Donc d'autres réunionnais ?
Alors c'était difficile parce qu'entre mecs c'était un chat national et il fallait essayer de trouver les gens qui étaient de La Réunion. Donc j'arrivais à en trouver mais pas forcément de mon âge, pas à mon goût. On discutait un peu et puis j'ai pu tomber sur, j'ai le souvenir de deux personnes, beaucoup plus, moi il faut se mettre en tête que j'avais 15-16 ans.
et eux ils avaient la quarantaine voire plus, il y en a un qui avait 50 ans qui voulait venir à la maison, venir me chercher ou qui me donnait rendez-vous mais il fallait pas que je lui dise chez qui je savais pas comment il s'appelait et personne devait être au courant
je trouvais ça dangereux et j'ai posé quelques lapins comme ça à des gens parce que j'avais envie de sexe c'est ça que j'allais dire donc du coup toi tu disais un de mes blocages autour de mes rapports intimes parce qu'en fait toi tu pars pour Montpellier à 18 ans en France hexagonale à 18 ans et donc avant 18 ans tu disais bah moi un des gros freins c'est mon rapport au corps et j'allais dire bah aussi comment tu voulais faire des plans c'est qu'en fait t'avais la possibilité en vélo ou en marchant
d'aller rejoindre quelqu'un. Imaginons que tu adores ton corps, tu aurais fait comment ? Je pense que c'est compliqué, mais quand on veut, on peut. Il y a le bus. Sur un des épisodes précédents, c'est marrant, il y en a un qui disait que le bus, c'est une fois par heure. Moi, je trouvais ça trop bien qu'il y ait un bus toutes les heures. Après une fois arrivé à Montpellier, parenthèse,
Il y en avait un toutes les 10 minutes, je trouvais ça vraiment incroyable. Mais moi, déjà, un bus toutes les heures, je trouvais qu'on était bien desservis. Est-ce qu'à La Réunion, toi, tu habites dans un coin un chouïa plus reculé quand même ? Oui, oui, oui. J'habite dans les hauteurs. Et c'est sûr que s'il faut aller du sud au nord, dès que tu habites un peu dans les hauteurs, c'est 3-4 bus, tu peux mettre une journée. Mais en général, l'avantage, c'est que… Enfin, l'avantage, je parle à des mecs plus vieux, ils étaient prêts à se déplacer en voiture un peu. À venir te chercher. À venir me chercher. Évidemment, ils ne pouvaient pas venir me chercher dans la maison de mes parents.
Parce que j'étais pas du tout out, mais il suffisait entre guillemets que je prenne un bus et ils venaient me chercher ensuite. Ok, compris. C'est vraiment quelque chose que j'entends énormément depuis que je suis à La Réunion. Et je crois même, genre en dehors de La Réunion, c'est pas du tout spécifique réunionnais, mais l'omerta, le silence homophobe et l'interdit homophobes.
d'être homosexuel, l'absence de référence etc nous met quand on est jeune en pâture pour les prédateurs parce qu'en fait tu peux moi ce que je si ça a été mon expérience aussi tu parles à des mecs beaucoup plus vieux sur internet, tu ne peux en parler à personne et ta seule porte c'est d'avoir de la sexualité avec eux, enfin tu vois ce que je veux dire
Il n'y a pas d'autre possibilité. Et franchement, tellement de gens me racontent exactement la même histoire. Oui, bien sûr. Tu es d'accord ? Je suis tellement d'accord. Moi, la vraie question que je me suis posée, c'est est-ce que j'ai posé ces lapins à ces deux personnes ? Parce qu'il y en a deux que j'ai en tête et qui étaient beaucoup plus âgées. Et aujourd'hui, vraiment, je les identifie comme des prédateurs. Donc, heureusement que je ne suis pas allé. Mais est-ce que je ne suis pas allé parce que j'avais peur de mon corps et du jugement ? C'est une possibilité.
A l'époque, ce que je me disais, et c'est aussi vrai, je pense que c'est un peu des deux, c'est que je me suis dit mais qu'est-ce que tu fais ? Personne ne sait où tu vas, tu ne les connais pas, ils ont 20-30 ans de plus que toi, si t'arrives quelque chose, on ne sait pas où tu es, je ne savais même pas moi-même où j'allais, il y a même un des deux qui avait refusé de m'envoyer sa photo.
J'avais juste une photo de son corps un peu de loin et il parlait. En plus, c'était un prédateur. Il me disait qu'il allait me faire ma fête pour parler concrètement. Moi, ce n'était pas du tout ce que je voulais. Moi, je rêvais du prince charmant et d'un lit avec des pétales de rose. Mais j'avais envie de sexe, donc j'étais prêt à le faire. Est-ce que tu peux me raconter ce que ça veut dire d'être yab ?
Ouais. Il faut savoir qu'à La Réunion, il y a un multiculturalisme assez fort. On est assez connu pour ça. La Réunion porte bien son nom, c'est la Réunion des cultures. Et on est catégorisé, même si on n'aime pas les étiquettes, on est catégorisé en diverses ethnies.
Les Yab en font partie. Petit rappel, on a les Malbars, qui sont les hindous, les Arabes avec un Z, on va dire un Z arabe, qui sont les musulmans, originaires plutôt du Pakistan, les Kaf, qui sont les noirs, originaires d'Afrique et un peu de Madagascar aussi, la communauté chinoise, qui est très présente à La Réunion, avec l'engagisme, et…
Les yabs, je n'ai pas oublié personne. Les yabs, c'est les petits blancs des hauts qui, à l'époque du colonialisme, sont allés s'installer. Ils n'avaient pas de terre sur le littoral. Donc, ils sont allés s'installer dans les hauts. C'était les petits blancs pauvres. Petits dans le sens… C'est comme ça qu'on les appelait les petits blancs. Dans le sens inverse, en fait, il y avait les gros blancs. C'était les propriétaires terriens, les riches. C'était les gros blancs. Et les petits blancs, c'était ceux qui étaient pauvres.
parfois même mariés à des malgaches, souvent, parfois souvent, et donc ils allaient dans les hauts, les petits blancs, et comme ils sortaient un peu de la paroisse, ils continuaient à avoir leur religion mais ils ne la suivaient pas avec ceux des débats,
On les appelait les petits diables, les diables. Et de diable, ça a donné yabe. De diable, hein ? Diable, oui, pardon. Diableux. Et en créole, diableux, on aura tendance à le dire diable. Et diable, ça a donné yabe. Et donc les yabes, c'est les blancs des hauts. Pour dire ça, les yabes, c'est les blancs des hauts.
J'ai une question de curiosité parce que du coup, quand je parlais de toi, je décrivais en assurant ton anonymat, mais je décrivais ce que tu allais raconter. Je ne sais pas comment à un moment donné, la conversation est venue. On m'a dit, ah non, les Yab sont uniquement blancs. Yab, ça veut dire blanc. Toi, tu n'es pas blanc. Et j'ai dit, enfin bon, vous êtes gentil. Si lui dit qu'il est Yab…
On te le dit souvent, ça ? Oui, on me le dit. Même les Réunionnais le disent. Un Yab, c'est blanc. Et c'est vrai, un Yab, c'est blanc. Mais mon histoire fait que toute ma famille est originaire des Hauts. Et le métissage fait que, oui, dans mes ancêtres, il y a eu des gens qui n'étaient pas Yab, qui sont venus s'installer dans les Hauts. Il y a deux générations de ça, du côté de mon père.
Et qui, du coup, a donné cette couleur de peau métissée. Et ce métissage dont je suis fier. Mais je suis yab. Et ça en déplaise aux gens. Et puis, en général, les gens comprennent. Quand je dis je suis yab, je n'aurais pas dit, puisque tu n'es pas blanc. Mais il suffit que je sors souvent la photo de ma famille. Voilà mon père, son frère, voilà mon frère. Tu m'as montré la photo de ton frère. C'est impressionnant. Et le métissage à l'arignon, c'est quelque chose de très intéressant.
ton frère. C'est ça, mon frère est blanc, châtain, il a les yeux clairs, et moi je suis métisse, j'ai les cheveux un peu bouclés, crépus, et les yeux foncés, donc c'est ça le métissage à l'araignan. Donc oui, les yabs, pour répondre à ta question, les yabs sont traditionnellement blancs, mais le métissage fait que des blancs peuvent avoir un enfant métisseur.
La réunion, j'ai l'impression que c'est la définition du métissage. Moi, je découvre, c'est impressionnant. Est-ce qu'il y a des spécificités dans cette ethnie qui expliquent l'homophobie que tu as vécue ?
ou est-ce que c'est vraiment genre l'homophobie universelle mais tu vois dans ta manière l'homophobie de ton père est-ce que moi j'y connais rien aux ethnies à La Réunion ou est-ce que c'est vraiment ce que ton père a dit devant la télé le nombre de témoignages que j'ai partout dans le monde de pères qui disent pas de pédé chez moi en changeant de chaîne mais est-ce que cette ethnie porte une histoire particulière je ne pense pas
Pas particulière en tout cas. C'est vrai qu'à La Réunion, on est très croyants. Et même si on les appelait les diables parce qu'ils sortaient de la paroisse dans le sud, on reste très religieux quand même à La Réunion et même dans les Hauts. Donc c'est peut-être lié un peu à ça, mais c'est global. C'est pas lié au Yab. On n'est pas plus homophobe chez les Yab qu'on l'est chez les Arabes ou les Arabes avec un Z, je répète.
qui sont donc les musulmans à la Réunion Pakistan, Inde, musulmans c'est ça et on a aucun problème aussi avec ça à la Réunion le mélange culturel marche très bien de façon générale et tout le monde est homophobe
Soyons homophobes. C'est un peu vrai quand même. Tous les témoignages de gens… Pardon. Tous les gays et queers à qui je parle me racontent avoir grandi quelle que soit la religion. Parfois même ici, les gens ont deux religions. Couleur de peau, ethnie, lieu dans l'île, etc. Localisation. Même histoire copier-coller. Et je dirais même plus, même histoire partout dans le monde où je fais témoigner les gens. C'est juste…
Et je trouve toujours cette universalité, et que quelqu'un d'ailleurs, alors j'aimerais bien le citer, bien entendu j'ai oublié, mais un chercheur me dit, tu sais Guillaume, cette universalité elle est aussi beaucoup liée à la colonisation, parce qu'en fait les britanniques et les français sont allés écraser,
Des cultures qui pouvaient célébrer différents genres, pouvaient célébrer des sexualités ou de l'intime, mais au nom de la religion. Non, il faut taire, il faut rebinariser extrêmement, dire non, un homme c'est ça, une femme c'est ça, et au-delà on ne veut pas entendre. Et bien sûr, tabouiser la sexualité, le rapport sexuel hétéro, mais du coup criminaliser aussi pour les britanniques les relations entre personnes de même genre.
C'est ce que j'ai lu le livre d'un auteur africain, je ne saurais plus de quel pays, je suis désolé, qui expliquait ça, qu'en fait l'homophobie qui est très présente dans les pays d'Afrique est assez incroyable parce qu'il y a quelques années, mais un peu plus que quelques années, quelques décennies de ça, avant la colonisation en tout cas,
L'homosexualité était célébrée dans certaines tribus, c'était normal, c'était accepté. Les colons sont arrivés, ont mis en place le christianisme et ont dit non, l'homosexualité c'est mal. Et depuis, ça perdure. Alors qu'avant la colonisation, quelque chose qu'ils veulent combattre aussi…
l'homosexualité était acceptée dans pas mal de tribus. C'était pas parfait. Non. Mais c'est assez intéressant notamment, j'invite les auditeurices à faire des recherches sur le roi ougandais bisexuel. Il y a tout un tas d'histoires et du coup justement les militants locaux essayent de reconnecter les habitants avec leur histoire en disant mais regardez avant la colonisation d'où on vient. C'est vachement intéressant.
Toi, à 18 ans, tu pars en France hexagonale, métropole, Montpellier, tu y passes 11 ans et tu reviens à 26 ans dans ta réunion. Pourquoi c'était important ? Pourquoi revenir ?
Et le moment où tu es dans l'avion du retour, tu sais que tu reviens dans un lieu où tu n'es pas… Est-ce que tu es out à ce moment-là ? Oui. Ok, tu l'étais. Oui, c'est ce que j'allais te dire, c'est que peut-être avant de raconter pourquoi je reviens, peut-être raconter comment je suis parti aussi.
et pourquoi je suis parti moi je suis parti à 18 ans avec le recul je me rends compte que je n'étais pas encore Nicolas je n'étais pas moi même je me rendais un peu compte quand même à l'époque je savais que je jouais un rôle je savais qu'il fallait pas croiser les jambes comme ça parce que ça faisait pas assez masculin et je me décroisais les jambes à chaque fois et arrivé à Montpellier je te l'ai dit pendant notre pré-entretien j'avais l'impression de sortir la tête de l'eau c'est à dire que j'étais en apnée pendant 18 ans
Et arrivé à Montpellier, je me suis épanoui. Une fleur qui sort enfin, qui fleurit. On peut prendre aussi le papillon qui sort de sa chrysalide, ce que tu veux comme comparaison. C'est quoi la fleur que tu m'as montrée qui est trop belle ?
Il y en a plein. Le datura, c'est un poison, c'est pas ça. Mais si, elle était trop belle. En forme de trompette, qui sont super bons. Tu me compares à un poison, c'est gentil. C'était très mal venu de ma part. Tu m'as dit, si tu lèches, tu meurs. Tu verras des éléphants roses. C'est un peu pareil avec moi, peut-être.
J'ai fleuri, vraiment arrivé à Montpellier et vraiment ça a été soudain, c'est-à-dire que je suis arrivé à 18 ans, je me suis dit ça y est, j'existe, je peux faire ce que je veux et je peux enfin rencontrer, c'est là que j'ai commencé à rencontrer des gens qui me ressemblent. À 18 ans, je n'avais jamais parlé…
J'avais jamais rencontré, alors parler sur internet oui, mais rencontrer un autre homosexuel, ça n'était jamais arrivé. Donc direct je me suis mis, je suis arrivé dans des associations à Montpellier, je me suis impliqué dedans et j'étais fou. Et puis je suis devenu quelqu'un de très sociable, solaire, c'est pas que je ne l'étais pas avant mais beaucoup moins, j'étais plus renfermé.
Et à 18 ans, je me suis révélé. Petite question, parce que pour les gens qui ne savent pas du tout à quoi s'assemble La Réunion, toi, tu n'es pas loin du piton de la fournaise, on est d'accord ? Ouais, on me vole d'oiseau, je ne suis pas loin, c'est vrai. Tu ne voles pas, en fait, tu n'es pas un oiseau. J'ai essayé, ça n'a pas marché. En fait, le moment où toi, tu n'as pas vu d'autres homosexuels avant 18 ans, ce que j'ai essayé de dire, c'est que quand on dit qu'on est dans les hauts, c'est qu'on est loin des bas. Les bas, c'est le littoral, c'est là où il y a la mer.
Voilà, il n'y avait pas d'assaut, il n'y avait pas de club, il n'y avait pas de bar, tu n'avais pas de voiture pour y aller, il y avait des bus, mais en tout cas, il y avait des homosexuels dans les bars. Il y avait des homosexuels, enfin oui, les homosexuels, c'est ce que je raconte, les gens disent « il y en a de plus en plus à la télé, les gens le sont de plus en plus », non, c'est qu'ils y étaient et ils se cachaient.
Oui, ils ne l'acceptaient pas. Donc, des homosexuels, il y en avait. Tu ne savais pas comment les trouver ? Je ne savais pas comment les trouver. Et les associations, s'il y en avait, je ne les connaissais pas. Il me semble, je n'ai pas à dire des bêtises, à l'époque, il y avait un bar, le Queen, qui était à Saint-Denis. Quelque chose comme ça, c'est vague. Une ville au nord de Lille. Une ville au nord qui est très loin de chez moi, même en bus, ce n'était pas faisable. De toute façon, c'était la nuit et j'étais geek, je ne sortais pas de ma chambre. Un bar, c'était inimaginable. Je te dis, waouh, mais en fait, je suis complètement idiot.
moi j'ai grandi en région parisienne à Versailles avant 18 ans je sais pas du tout où j'aurais pu enfin à 18 ans j'avais pas les infos pour savoir où rencontrer un autre homosexuel bien entendu aujourd'hui ça paraît une évidence de dire tu vas sur Google et tout mais bon c'est que à l'époque ça n'était pas le cas et en fait c'est qu'on voit ça avec le prisme actuel c'est à dire qu'aujourd'hui moi les jeunes de 15 ans, 16 ans
quand je leur dis qu'à 18 ans je n'avais jamais rencontré un autre homosexuel ils me regardent avec des grands yeux et me disent comment c'est possible, pour eux c'est même pas possible alors que pour moi c'était une évidence même maintenant à mon âge, 36 ans des gens qui étaient au lycée avec moi je sais qu'ils sont gays je me suis dit en fait on était dans la même galère et si on avait su mais bon c'était pas possible et donc pour revenir à mon histoire, 18 ans, jamais rencontré d'homosexuel, j'arrive à Montpellier
je fais des rencontres mais pas des rencontres ni amoureuses ni sexuelles c'est vraiment dans le but d'échanger je me mets dans une association et donc c'est la vie je me mets sur un site de rencontre quand même parce que j'ai envie de faire des rencontres amoureuses et sexuelles
et comme je l'ai dit tout à l'heure c'était compliqué parce que je me suis rendu compte en fait ce milieu gay que je ne connaissais pas qui est très présent à Montpellier est très porté sur le physique quand même et c'est là où on en revient à ce que je disais au début c'est que moi j'ai un problème avec mon physique et je ne m'aime pas je ne me trouve pas beau que ce soit mes seins, ça j'en ai déjà parlé et tu l'as dit dans ton introduction la taille de mon sexe qui commence à être un vrai problème à partir de mes 18 ans justement
à partir du moment où j'arrive à Montpellier, parce que j'avais cet espoir jusqu'à 18 ans de, bon, ça va grossir, ça va devenir comme les autres, en tout cas ce que je vois, les autres, parce que la définition, ma sexualité s'est définie comme ça aussi, je ne voyais pas d'autres homosexuels, donc j'avais accès à une connexion internet, donc ça s'est fait à travers les pornos,
que je pouvais trouver, que je regardais en cachette, en sueur. J'ai effacé mes historiques parce que déjà, un adolescent lambda, j'ai envie de dire hétéro, qui se fait prendre en train de regarder des pornos, c'est compliqué. Quand t'es pas out et que tu regardes des pornos gays, c'est encore plus compliqué. Donc j'ai effacé bien tout ça. Mais ma sexualité s'est développée là-dessus, sur ces pornos que je pouvais voir. Et où ils ont des bits surdimensionnés. Surdimensionnés, mais à l'époque, je ne savais pas. Pour moi, c'était la norme. Et j'étais très loin de la norme.
Du coup quand tu dis à 18 ans ça a commencé à poser un problème, comment ? Parce que t'as commencé à voir d'autres hommes nus ? Non même pas, c'est même pas ça, c'est qu'à 18 ans je me suis dit en fait je crois que ça poussera pas plus quoi. Je me suis dit ça y est je suis adulte, alors je suis un grand et ça y est je suis en possibilité de rencontrer d'autres hommes.
Mais j'ai un peu peur, j'ai honte de ce que j'ai entre les jambes. Donc, je ne l'ai pas fait. Et cette communauté, il y avait ça, ce blocage-là. Ce blocage, ce corps que j'avais, qui ne me plaisait pas,
Et quand je sortais, parce que pour le coup là j'ai commencé à sortir en boîte, je voyais sur les sites de rencontres, parce qu'il n'y avait pas Grindr à l'époque, je voyais que ce qui était mis en avant c'est les corps musclés, les abdos, ce que je n'avais pas. Donc ça a été compliqué de tisser des liens, de rencontrer des gens.
J'ai comme ça fait quelques dates un peu maladroitement. Ça n'a pas marché. Et puis, avec mon mari actuel, ça l'a bien fait. Ce que je faisais, c'est que dès le début, un peu comme toi, comme tu disais tout à l'heure, si tu te regardais et que tu ne te trouvais pas beau, tu le disais pour essayer de rompre un peu…
ce cercle vicieux et bah je faisais pareil je dis bonjour je m'appelle Nicolas et j'ai un petit sexe c'est je l'évacuais comme ça et je me dis comme ça ils ont l'info
C'était pas toujours aussi brutal, mais c'était l'idée. Assez rapidement, ça arrivait dans la conversation. Pour que, si ça te plaît pas, on passe à autre chose. Et puis que c'est pas la personne confrontée au dernier moment à mon sexe qui me rejette, qui aurait été très violent pour moi. Et voilà, c'est comme ça que je faisais. Et en fait, ta première fois, c'est ton mari d'aujourd'hui. Et en fait, vous vous rencontrez en ligne. Tu lui dis rapidement que tu parles de ta bite. Et lui, il répond quoi ?
Il répond, je m'en fous. En fait, ce n'est pas un problème. Donc, ça m'a rassuré. Il m'a dit, je te trouve très beau, très sexy. Voilà, il m'a rassuré sur ma capacité à lui donner du plaisir. Trop bien. Il t'a dit, je m'en fous ?
Est-ce que c'était déjà à l'époque, tu avais dit bon allez, je pénètrerai personne, je serai juste passif, ce qui fait qu'en fait, si je me trouve un seulement actif, il s'en foutra parce que de toute façon, possiblement, cette part-là ne l'intéresse pas. Tout ça, c'est des énormes préjugés parce qu'en fait, tu peux apprécier pénétrer quelqu'un et le sucer ou jouer avec son sexe. Mais bon, ton cerveau a produit ça ou pas ?
Je pense que ça a été assez inconscient tout ça. Je me suis jamais dit j'ai un petit sexe et je serai passif. J'ai du mal même encore à l'heure actuelle à savoir quel mécanisme s'est mis en place. Est-ce que c'est un mécanisme ? Est-ce que juste peut-être ?
On n'en sait rien, peut-être que ce n'est pas lié à la taille de mon sexe, peut-être que je prends juste plus de plaisir en étant passif. Peu probable quand même. Je pense que ça s'est fait inconsciemment. Pour répondre à ta question, en tout cas, je ne me suis jamais dit j'ai un petit sexe, donc je ne serai pas actif. Je ne serai que passif. Je te propose qu'on s'arrête là pour la première partie. Avec plaisir. On va se rafraîchir. Avec plaisir aussi. Ça te va ? Très bien. Tu veux ? Ouais. C'est fluide aussi.