Lire la transcription de cet épisode
Moi je suis prêt, c'est toi qui me dis. Moi je suis prêt aussi. Je vais te lire une petite intro Nicolas et après je vais te faire réagir à ça. Nicolas, bienvenue chez moi. On est dans mon salon. Nicolas, tu as 42 ans, tu as un passé d'hétéro, marié une fois et paxé trois fois avec des femmes. Tu as deux enfants et tu viens de faire ton coming out il y a trois ans.
Tu grandis et vis depuis toujours dans des petites villes, entre guillemets en province comme disent les parisiens. Tu grandis en brigade de gendarmerie parce que ton papa est gendarme. D'ailleurs, tu dois être l'enfant exemplaire. Tu sens très jeune une attirance claire pour les hommes, mais tu dis à ta sœur c'est sale et tu enfouis tout ça au fond de toi.
Et puis adulte, tu veux des enfants, tu te maries, mais la honte d'aimer les hommes reste. Tu vas nous raconter l'impact de cette honte et comment petit à petit, tu parviens à desserrer son emprise et faire ton coming out. Et ce coming out à 39 ans ouvre pour toi un nouveau chapitre et pas des plus simples. Tu découvres ce monde « gay »,
Les cases Grindr dans lesquelles tu ne te retrouves pas, le sexe mécanique avec les hommes si différent du sexe que tu as eu avec des femmes, les codes et les préjugés de ce monde gay que tu découvres. Alors aujourd'hui, tu trouves petit à petit ton alignement d'homme gay. Tu es depuis quelques mois avec un amoureux. Et tu vas nous raconter tout ça avant que je te fasse réagir et que tu puisses dire…
Ce que tu veux. J'ai quand même envie de célébrer, je fais une petite parenthèse coulisse du podcast, on a atteint hier les 114 donateurs, donatrices mensuelles dont tu fais partie. C'est ça. Tu viens de me le dire avant. Merci à toi.
Non, c'est vraiment chouette et ce n'est pas assez pour le moment. Ça me fait, après avoir enlevé tous les frais et les impôts d'auto-entrepreneurs, ça me fait autour de 500-600 euros net. Mais je célèbre et les gens qui écoutent ce podcast régulièrement, j'essaye de donner des nouvelles. Et je trouve que 114, c'est un super beau chiffre et je remercie chacune de ces personnes. Tout le monde ne peut pas faire de dons.
Et c'est OK. Moi, j'ai envie. Et c'est quelque chose de vachement important pour moi que le contenu reste gratuit pour tout le monde. Donc, je vais trouver d'autres façons pour moi de trouver un modèle économique parce que pour le moment, j'essaye d'en vivre. Et c'est moi qui investis mes économies. En fait, c'est moi qui subventionne le podcast et ça ne va pas pouvoir durer. Donc, j'invite les gens, s'ils le peuvent, à faire un don.
avec l'info qu'on peut faire un don ponctuel donc moi j'invite à faire 5 euros par mois parce que ça me donne une visibilité mais il y a des gens qui font directement un an et ils n'ont pas envie de donner leur carte bleue tu vois ou la ponction mensuelle c'est tout à fait possible et c'est sur le site BIT du podcast
C'est la fin de ces petits coulisses. D'abord, tu m'as dit que ça faisait deux ans, je crois, que tu écoutes le podcast. Oui, c'est ça. Et j'avais envie de te demander sur ce chemin dont je viens de parler.
Qu'est-ce que ça fait ? Qu'est-ce que ça a fait pour toi ? C'est très agréable. En fait, je me suis revu quand j'étais gamin, où tu sais trouver toutes les informations que tu peux avoir, comme le Wikipédia, que tu cherches partout des informations. Et le podcast est arrivé pile-poil dans mes recherches. C'est-à-dire que moi, pour mon travail, je fais beaucoup de trajets en voiture. Et je cherchais un podcast agréable à écouter et surtout à…
à avoir les informations que je ne trouvais pas en province. La sexualité, est-ce que c'est normal que je pense à ça ou pas ? Les fameux kinks que tout le monde a, plus ou moins. Et là, j'ai dit « Ah, chouette ! » Il y avait un autre podcast que j'avais vu avant, ce qui n'était plus sûr.
mais le tien était beaucoup plus en adéquation à ce que je recherchais. C'est-à-dire de gouverner des personnes différentes, comme moi, parce qu'en fait, en province, comment vous dire, c'est pas courant. Est-ce que tu es à l'aise de dire de quelle province ? Oui, je suis à Poitiers, moi, donc il n'y a pas de souci là-dessus. Avec mon travail, je bouge beaucoup partout en France, mais le spectre de la province, c'est que vraiment, quand tu n'es pas dans une grande ville…
Le Grindr que tu as ou les applications de rencontre que tu peux avoir, en fait, pas de chance. Ce qui se passe, c'est que tu as la personne qui ne te convient pas, tu as un ou deux profils à plus ou moins 20 kilomètres pour certains. Donc, soit tu te contentes de peu.
Soit tu te tais, soit tu vas dans les petites villes ou les grandes villes pour retrouver enfin ton épanouissement que tu ne trouves pas en campagne. Ok. Et que je comprenne, je ne suis jamais allé à Poitiers. Poitiers, est-ce qu'il n'existe vraiment aucun bar LGBT ?
Ils ont tous fermé au fur et à plus ou moins ou adapté à la population maintenant qui est métrosexuelle et qu'on peut avoir. Honnêtement, il y a un sauna qui fait des soirées, qui fait des journées ou des soirées purement pour les hommes, pour les autres hommes. Mais à côté, il n'y a rien à côté. Donc, c'est le désert, en fait. Donc, il n'y a pas d'assaut ? Ah si, il y a une assaut LGBTI et des assauts où, comme moi, là…
Cet été, je suis allé voir une asso qui organise des marches de la fierté, marches rurales. Vous, en ville, vous avez la gay pride et tout ça. Nous, on a des marches plus ou moins adaptées. Et c'est bien parce que ça…
Ça permet, il y a 10-20 ans de ça, il n'y avait rien du tout. En fait, tu devais te taire. Si tu étais le gay du coin, c'était le gay et dès que tu avais un peu tendance à être efféminé ou alors tu étais moins fort dans les critères classiques.
En fait, tu étais catalogué à la personne, c'est lui, c'est la personne qui est gay. Donc toi, ton accès à la vie « gay », à un moment donné, dans ta réponse, tu as mentionné que c'est un peu fait pour les hommes métrosexuels. Ça veut dire quoi pour toi ?
Mon terme était plutôt hétérosexuel. C'est-à-dire que maintenant, il n'y a plus de bar purement pour des rencontres LGBT que j'ai pu connaître dans le passé. J'ai mal compris. J'ai cru que tu disais qu'il y a des assos ou des bars, mais pour certains hommes… Non, malheureusement, ça n'existe plus. Même la seule boîte qui était en rencontre gay, maintenant, c'est plus des jeunes qui y vont et pas de sexe. Peut-être que maintenant…
Nous, la société, on n'a plus de lieu vraiment de rencontre pure, à part les lieux de drague qu'on fréquente de temps en temps. On sait toi et quelqu'un d'autre ? Moi, j'ai fréquenté d'autres personnes que j'ai pu rencontrer sur place. Donc, aux alentours de Poitiers ou dans Poitiers, il y a des lieux publics de rencontre ? Oui, plus ou moins. C'est des lieux, des heures de repos…
des lieux de rencontre qui sont sur des applications connues ou qu'on peut voir du monde et fréquenter du monde qu'on a vraiment envie moi je te propose qu'on fasse ça chronologiquement et donc qu'on recommence à l'avant coming out et ma première question c'est
T'as pas forcément besoin de te raconter de façon chronologique. D'accord. Mais est-ce que tu te souviens d'un ou de plusieurs déclics pour faire ce coming out ? Alors, dans la chronologie, le déclic, c'est déjà d'assumer, de comprendre pourquoi j'étais… Je regardais les hommes plus que ça. Même depuis tout petit, attiré à regarder les hommes. Et j'ai dit, ah, tiens !
Moi, la fille du coin qui me fait faire des bisous ou autre chose, ça ne m'intéressait pas plus que ça. C'est sympa, oui. Mais il y avait des interdits. Il dit, lui, ça serait sympa, mais je ne savais pas mettre des mots dessus. C'est vraiment quand j'étais tout petit. Après, arriver au coming out, c'est qu'en fait, on est confronté, et moi, j'étais confronté à avoir une vie
comme tout le monde c'est à dire que tu te dis ah bah t'as envie d'avoir des enfants bon bah c'est plutôt je suis renseigné je dis ah ouais mais tout seul c'est pas possible ou c'est très cher donc bah j'essaye d'assumer même si j'aime pas donc je suis attiré par les femmes mais pas plus que ça bah je vais avoir une vie classique donc du parfait personne à une personne classique c'est à dire tu te rencontres quelqu'un une femme tu te maries avec elle t'as les enfants donc
Et ça, c'était d'abord pour prendre soin de ton désir d'enfant ou c'était aussi pour ne pas être emmerdé ?
t'entends les ragots du coin et de dire ah bah lui dis donc il est pas sorti de quelqu'un c'est sûr il doit être gay ou autre chose donc pour pas me faire démasquer c'est le cas de le dire c'était dur d'avoir cette double cette comment dire
se cacher cette vie-là, en fait. D'être attiré par quelqu'un, mais tu peux pas le prouver. Donc, déjà, il faut que tu l'acceptes. Et après, il faut que tu te dis « Oh ! Dans la zone géographique où je suis situé et dans ma vie, je ne peux pas dire ouvertement… » Et à l'époque, c'était plus compliqué. Moi, j'étais sur les années 90-2000.
Et c'était très compliqué d'assumer son homosexualité devant tout le monde, surtout en campagne. Ramène-moi dans cette réalité de campagne que tu décris quand tu dis les gens du coin, il y a des on-dit. Alors ? Donc tu habites dans un village. Un petit village. Tout le monde se connaît. C'est ça. Et donc le fait que tu sois célibataire, ça se voit. Ça se voit. En fait, tout le monde se connaît. Tout le monde, s'ils ne savent pas, raconte ta vie en déformant ta vie.
Donc, il fallait être exemplaire. Et mon père m'a vite dit, quand j'étais petit, je suis gendarme, il faut que tu sois exemplaire. Si tu fais une bêtise, ça va retomber sur ma carrière. Donc, j'avais une pression petite de dire, OK, il faut que je ne fasse pas de vagues. Donc, pas de vagues, ça veut dire avoir une vie classique, rencontrer des femmes, faire des premiers bisous, les premiers contacts.
Et derrière, moi, j'étais dans une prison. J'étais dans un… Mon père a vu son travail. En fait, vivre dans une brigade, dans un petit village, c'est vivre dans une espèce d'immeuble où tes voisins sont les collègues de ton père, où le soir, c'est fermé à 20h. Donc, il faut les clés pour ouvrir le portail, pour entrer dans la cour intérieure. Voilà. Donc, en fait, là-dessus, tu te construis, tu te dis, OK, donc…
Il faut que je fasse comme tout le monde. C'est-à-dire que si je suis amoureux, même si je suis bourré sur place, il ne faut pas que je le fasse. Donc, il faut que je sois exemplaire et que j'ai une ligne droite. Si tu es bourré, il ne faut pas que je le fasse. Il ne faut pas que tu fasses quoi ? Il ne faut pas que si je suis bourré, il ne faut pas que je touche un homme ou que j'ai un contact parce que sinon, ça va être très…
Il n'y avait pas les téléphones qu'on a aujourd'hui où c'est filmé ou autre chose, mais il y a les langues et les personnes qui parlent de ta vie. C'est une pression de fou quand tu connais ton voisin, en fait. Le voisin du côté, à côté, il connaît toute ta vie, en fait.
Une brigade, c'est le lieu où les gendarmes et leur famille vivent ? C'est ça. Ça peut être des petites maisons comme un lotissement, mais aussi bien un bâtiment principal avec les voisins, la famille, le gendarme à côté ?
qui est le collègue de ton père, avec leurs enfants. Donc, on vit tous dans une petite brigade qui va bien. Et même dans le même bâtiment, ils ont leur petit espèce de commissariat où ils font leurs fonctions et les personnes viennent voir les gens, les gendarmes. Et toi, t'habites juste à côté. Donc, il ne faut pas faire de vagues. Si tu fais du tapage nocturne ou si tu as de la visite, tout le monde le ziute. Et c'est très compliqué. Tu te souviens de…
De symptômes… C'est marrant, je me sens… J'ai du mal à respirer. Je me sens un peu oppressé. Je me projette, j'ai de l'empathie pour ce que tu dis et du coup je ressens… Oui, ça va mieux. Tu veux nous raconter. Mais je ressens l'enfermement de la grille qui ferme à 20h et du huis clos et de regards et des paroles. Toi, dans ces années…
Est-ce que tu te souviens de l'impact sur ta santé mentale ? Est-ce que, je sais pas, insomnie, angoisse ?
Et quand tu veux te balader, tout le monde, tes potes à qui tu te balades, tout le monde le sait. Même tes parents sont au courant avant que tu rentres avec qui tu étais.
C'est ça, c'est un petit village. Parce qu'il y en a un de vous. Il y a une maman qui a croisé notre maman et le téléphone arabe va très vite en fait. Donc c'est ça. Moi je sais que j'ai eu des moments où je m'ennuyais ou des moments où tu te dis mince, je suis attiré par les hommes mais je ne suis pas anormal.
C'est ce que tu as dit à ta sœur jumelle.
Et elle me dit, non, c'est elle qui m'a dit, non, c'est sale. Et donc, moi, ces mots-là, j'ai dit, ah, c'est sale. Donc, il faut que je me taise. Il faut que j'arrête de dire que je suis intéressé aussi par les femmes, plus par les hommes qu'avec des femmes. Et voilà, c'est ça. T'avais quel âge ? J'avais 8, 9 ans. Il est là, ton premier coming out ?
ouais mais c'était passé sur le terrain de l'école voilà et là dessus tu te dis bon ok ça m'impressionne parce que du coup à 8-9 ans t'avais une relation forte avec ta soeur jumelle tu te sentais en sécurité de lui dire et t'avais pas encore de préjugés sur ce ressenti c'est ça ? c'est surtout que moi j'étais intéressé je dis bah voilà il est mignon je le trouve sympa donc j'ai dit je vais le dire ouvertement à ma soeur qui est dans la même classe que moi
Donc j'ai dit voilà, je suis amoureux du fameux Roméo. Et là derrière, elle m'a dit non c'est sale, faut pas faire ça. Toi tu dois aimer que les filles. Et là tu te dis bon ok, tu tires ça et tu te dis, de tant que je suis dans le… En plus tu sais pas ce que c'est parce qu'en fait t'as 7-8 ans, t'es pas accessualisé, rien du tout. Tu veux faire juste des bisous bisous pour tester…
C'était quoi tes images de l'homosexualité ? Est-ce que dans le village ou à la gendarmerie, il y avait des personnes ? Les mecs étaient très très beaux, il ne faut pas gâcher, parce que les gendarmes font du sport au reste. Les collègues de mon père, qui à l'époque avait une quarantaine d'années ou 30 ans, il y avait des jeunes qui arrivaient à 25 ans.
Plus uniquement, ils étaient pas mal. En fait, ils avaient des rencontres aussi avec d'autres types de gendarmes qui étaient mobiles. Et je me rappelle, moi, avoir fait des étés à faire la fête avec ses collègues dans la cour du bâtiment, la cour jardin, où ils boivent de l'alcool comme tout le monde et c'est le bon petit fêtard. Voilà.
Donc là tu fais, bah non faut pas que je fasse, alors t'as 10, 15, après j'ai changé d'endroit, je suis arrivé près de Poitiers, mais je me rappelle, c'est ce venir là jusqu'à 12 ans, tu te dis, ah ouais les becs, ils sont pas mal, voilà.
Et ma question c'était, est-ce qu'il y a des références gays dans ton village, dans ta réalité à 8-9 ans ? Alors non, il n'y a malheureusement pas vraiment de représentation gay. Moi j'avais l'occasion, en plus c'était un départ à côté de…
À côté de Royan, on allait souvent à la plage ou autre. Je voyais des corps d'hommes dénudés ou autres, mais pas de personnes représentatives dans mon… Il n'y a pas eu le gay du village ? Non, pas du tout. C'est un peu plus tard, vers 15-16 ans, il y a un ami, un cousin d'une amie, qui était lui, qui a avoué vers 17-18 ans qu'il était gay. Donc il a…
Il est allé directement travailler dans une boîte de nuit et tout le monde faisait « Ah mais c'est lui ! Ah t'as vu, c'est lui ! » Et t'as toujours les blagues de gros lourdeau, c'est-à-dire que tu peux avoir, c'est du genre « Ah ouais ! »
« Ah non, mais non, il ne me touchera pas, ça peut être une maladie. » Tu te dis « Mais ouais, ok, t'es plus faible que les autres. » Tu as souvent le terme « sale quelque chose » qui sort. Et là, tu te dis « Ah ouais, donc même mes potes qui sont proches, dès que t'es un peu plus faible ou dès que t'as de l'empathie pour quelqu'un, lui, c'est une tarlouze. » Je reprends ça dans le contexte, c'était les années 90-2000.
Ces termes-là, péjoratifs, tu l'entendais à toutes les conversations. Les blagues, quand t'es alcoolisé, c'est les blagues. « Moi, tu me touches pas, je suis pas un PD » ou autre chose. Et là, tu te dis « Ah ouais, on va se taire. » « T'enfouis un peu plus. »
Et tu te dis, quand j'aurai une porte ouverte, je pourrai faire ce que je veux. Plus tard. Je reviens à ma question sur l'impact sur ta santé mentale. Est-ce qu'il y en avait… Alors, je vais imager un peu plus. Ma question, c'est, est-ce que pour toi…
Enfouir a eu un impact. T'as eu un impact ? Psoriasis, eczéma, insomnie, angoisse, dépression. Si je peux le traduire, j'ai eu beaucoup d'addiction.
Beaucoup d'insomnie. Non, attends, excuse-moi, je vais au bout de… Vas-y. J'essaye pas de t'im… En fait, est-ce que toi, t'as déjà fait le pont ? Le fais pas avec moi si tu l'as jamais fait. Non, après, c'est comme une vie classique d'un enfant qui est en campagne, qui a…
qui n'est pas venu parce que les parents, mine de rien, mes parents sont assez ouverts, donc là-dessus, ça va. J'ai une soeur jumelle, mais j'ai aussi une grande soeur et un grand frère. Donc j'étais le dernier, le petit chouchou de la famille, voilà. Non, classique, classique. Assez ouvert, ça veut dire quoi ? C'était assez ouvert, c'est au niveau de la politique, au niveau du racisme, eux, voilà, ils ne voulaient pas nous ouvrir sur l'esprit, sur dire, on accepte tout le monde, on a…
On a une vie… Il faut pas avoir peur de l'inconnu. Ce que disaient ma mère et mon père, c'est l'inconnu qui génère de la haine, en fait. Et ils ont posé des mots sur l'homosexualité ? Eh ben non, à cette époque-là. Malheureusement ou heureusement, ils n'avaient pas… Pour eux, c'était pas… C'était pas un sujet, en fait. Et donc, vu qu'on n'en parlait pas, et pour nous, c'était… En tout cas, moi, j'ai le sentiment qu'on n'en parlait pas et que…
On n'avait pas d'exemple, en fait, des personnes qui étaient gaies entre les amis de mes frères et sœurs. Il n'y avait pas ? Non. Année 80, 90, année sida. Donc, s'ils regardaient la télé… C'est ça, c'était le prisme de… Ils ne t'en parlaient pas sous ce prisme-là ? Non, en fait, on peut en parler du sida. Ils ont dit, voilà, très rapidement, ils ont dit à tous leurs enfants, si vous sortez, prenez une capote, jouez avec, on s'en fout, mais soyez protégés.
Ça peut toucher n'importe qui. On n'en a pas parlé exactement, mais je pense qu'ils n'avaient pas stigmatisé la communauté gay. Parce qu'au début des années sida, la communauté gay était stigmatisée. On a appelé ça le cancer gay. C'est intéressant parce que tu as l'air de décrire des parents assez ouverts, comme tu le dis. Ça ne t'a pas donné envie de faire un coming out ? Non, parce qu'en fait, moi, je n'avais pas de contact déjà avec un homme.
Et après, je ne voulais pas leur apporter la honte que j'avais indirectement avec mes amis. C'est-à-dire que mes amis, déjà, avec leurs blagues assez lourdeaux de dire « t'es efféminé, t'es gay » ou autre chose. Donc, je ne voulais pas apporter la honte sur ma famille, en fait. C'est dur, mais c'était une pression que moi, je me mettais sur les épaules et pas sur ma famille, en fait.
Donc, tu ne leur dis pas ? Je ne leur dis pas. Et j'imagine, enfin, je projetterais que tu as envie de te casser le plus vite possible. Alors, j'ai eu une grande porte. C'est qu'en fait, on vivait assez loin de Poitiers, 50 kilomètres. Donc, j'ai fait mon lycée sur Poitiers et dans l'internat. Vive l'internat !
Oui, parce que c'était une liberté. Pour moi, c'était la prison dorée. Je quittais la semaine pour aller à l'internat, donc je n'avais pas de parents, je n'avais pas de gendarmerie à ouvrir ou fermer les portes ou autre chose. Une petite liberté, c'est-à-dire que tu es déjà dans l'internat de garçon,
déjà c'est très agréable à voir voilà donc bah oui bon après voilà ne pense pas tu souris tu rigoles oui oui parce qu'en fait c'était à l'époque des années 90 donc il y avait bah les douches communes donc ça veut dire chacun avait sa cabine mais on se promenait tous à poil pour aller prendre nos douches ou le reste c'était très agréable aussi ouais c'était un bon senti et
Là, j'ai dit, chouette, je peux être qui je suis. J'ai quand même des copines qui étaient de mon collège, qui étaient venues au même lycée que moi, mais j'avais un anonymat.
Donc moins de pression que dans un petit village. Qu'est-ce que ça a fait alors ? Ça a fait que… J'étais assez efféminé, une voix assez douce, comme ça, je parlais tout doucement. J'étais assez timide. Pas efféminé, timide. Et là… Mais peut-être perçu efféminé. Oui, toujours. Parce qu'en fait, quand tu es une voix douce comme ça, les personnes se disent « Oh là, mais c'est qui ce monsieur ? » Et…
Et à l'époque, c'était fort. J'ai eu les cancans comme tout le monde, en fait, quand t'es au lycée. Je trouve que le lycée, c'est plus agréable parce que personne commence à s'ouvrir au monde et tes amis et tes camarades de classe sont plus ouverts. Au collège, ça taille, ça taille, ça fait mal.
Donc, pas de rapport sexuel avec un homme ? Je crois que je vais aller plus direct dans ma question. Oui. Ok. À l'internet, est-ce que tu découvres ta sexualité ? Alors, je découvre, mais caché. Très malin, Nicolas. Caché, c'est-à-dire que dans le public, devant tout le monde, je sors avec des femmes, donc des filles. Mais j'ai eu une rencontre gaie.
C'était pas mal et on a testé beaucoup de lieux du lycée. Tu as quel âge à cette époque ? 16 ans. Premier rapport sexuel avec une femme à 15 ans et 16 ans avec un homme.
Tu dis, j'ai eu un rapport gay, c'est-à-dire dans le lycée. Dans le lycée. Comment tu as réussi, en cachant ton homosexualité, comment tu as réussi à le trouver ? En fait, on a des permanences, des possibilités de faire des études, de faire nos devoirs le soir. Et après, on sort de temps en temps avant d'aller se coucher ou pendant le réfectoire ou autre.
Et le mercredi après-dix. Le mercredi après-dix, le lycée est vide. Et dont certaines parties de l'internat au rez-de-chaussée qui étaient libres et des toilettes qui étaient dispo. Donc voilà, on peut être très très seul et être tranquille. Ah oui, mais je comprends l'aspect logistique de comment as-tu réalisé le rapport sexuel. En revanche, comment tu comprends que lui aussi pourrait avoir une attirance ?
Alors, en fait, c'était une soirée mélange alcool et pétard. Voilà, il faut être clair. Et on s'est détendu. On a commencé à se toucher. C'est sympa. Un bisou est arrivé.
On n'était que tous les deux. Et après, on a eu un tel appui. J'imagine que si toute ton identité sociale, quand tu es collégien, lycéen, l'identité par rapport au groupe, elle est essentielle. Si toute ton identité dépend…
de cacher une information. Le fait d'avoir brisé ce silence, ce mensonge avec quelqu'un, est-ce que tu n'as pas surflippé de te dire, il va me… Alors oui, mais non. En fait, le fait d'avoir vécu comme ça, avec mon petit secret, école, collège, lycée, en fait, ce qui est arrivé, c'est que j'étais sur le contrôle de tout. C'est-à-dire de mon image…
de mes attitudes. Le petit doigt, il ne faut pas qu'il te leve quand tu prends ton petit thé ou ton café, il faut le fermer. J'étais en contrôle de tout. Et donc là, j'ai réussi à contrôler cette partie-là parce qu'en fait, c'était toujours des lieux déserts. On ne se touchait pas plus que… On ne se touchait pas, déjà, de base, quand on se voyait directement avec d'autres camarades ou au lycée. Mais tu n'avais pas peur que lui dise aux autres ?
Ben non, parce que lui aussi, il s'est étonné de trouver ça agréable. Même à côté, il est sorti avec, je crois qu'il est héros maintenant, il a testé avec des hommes, mais c'était pas sa continuité, il voulait tester. Il découvrait son…
Toi, pendant ce cheminement, tu te sais attiré par les hommes et tu sors avec les femmes uniquement en mode performance ? Ou est-ce que tu trouves ton compte, ton plaisir ? Alors, moi j'avais dans ma tête comme quoi il y avait une question de performance et de noter, de dire…
Le monsieur doit sortir avec la plus belle fille du coin ou autre chose. Donc, j'avais des rencontres. Ça me permet d'expérimenter des caresses, des bisous, les premières approches. Et tout le monde trouvait ça normal, en fait. Mais si j'avais fait ça avec un homme, ça aurait été sale. C'est toujours ça dans ma tête. Ou ça aurait été, oh mon Dieu, c'est lui qui a… Et c'est pas dans la normalité de la société. Bien sûr. Et toi, quand tu es avec une femme ?
À cette époque-là, tu as de la joie, tu kiffes ? Oui, parce qu'en fait, tu peux te dire, tu as des traces de suçons ou autre chose, et tu te dis, ouais, personne ne pourra trouver mon secret, en fait. Et donc, je suis classique. Et donc, ce côté-là, tu te dis, bon, je peux continuer comme ça. Être d'un côté, c'était donc à la vue de tout le monde,
Le parfait hétéro, le gendre parfait. Mais à côté, j'avais parfois des petites rencontres. Après le lycée, je commençais à fréquenter des lieux de drague.
Mais par contre, c'était des coups par-ci, par-là. Après, on m'a éduqué de façon que j'étais toujours fidèle. Quand je n'étais pas avec quelqu'un, j'allais dans ce type de lieu pour rencontrer du monde. Ou voir des gens qui discutaient et dire, voilà, en fait, là, je peux être moi-même.
Mais c'était une vie parallèle, en fait. C'était un mode furtif et que c'est de ne pas transpirer. Attends, j'ai envie de bien comprendre. Donc là, on est encore à l'internat. Et cette vie parallèle, c'est quand tu sors de l'internat, tu trouves des lieux gays. C'est ça. À l'époque, les années 80… Là, c'était début des années 2000. Il y avait des bars gays, il y avait des boîtes gays, même sur Poitiers. Mais ça fermait aux alentours de 2010. Ça durait 2-3 ans et ça se fermait. Donc, voilà. Donc, toi, t'as le courage…
D'y aller ? Parce que tu vas flipper dans les rues, qu'on te voit ? Oui, parce qu'en fait, discrètement, c'est-à-dire qu'il y a des moments où… Pour beaucoup, je crois que d'extérieur, on pensait que j'étais très solitaire. Mais en fait, j'allais prendre le bus pour aller directement au centre-ville, rencontrer, ou alors dans les lieux de drague pour…
assouvir mes envies. Mais toujours de façon discrète. Tu regardes toujours au bout de la rue, tu regardes qui est derrière et tu peux y aller. Toi, tu as l'impression d'avoir payé un prix de ce contrôle. Tu disais que tu étais en contrôle. Mais je paye encore aujourd'hui parce que je suis toujours…
dans le contrôle de moi-même bon maintenant ça va parce que depuis que je me suis assumé j'ai pu relâcher le tout mais il y a toujours des choses il y a toujours des critiques ou des paroles même au jour d'aujourd'hui j'ai des amis hétéros qui me font mais on dirait pas que t'es gay toi
J'ai dit, ouais, merci, mais je ne sais pas comment je dois le prendre. Je ne faisais pas comme les autres. Je me suis dit, c'est quoi les autres ? Quelque chose qui a l'air d'être super ancré dans ton chemin, dans le mien aussi, en tout cas, c'est cette urgence à ne pas avoir l'air efféminé. Tu parlais à un moment donné de quand je prends un thé, il ne faut pas que mon petit doigt soit levé. Que ma voix soit trop douce. Que ta voix soit trop douce, ouais. Tu as eu l'impression de contrôler comme si tu avais l'air d'être un homme masculin ?
Voilà, c'est ça. C'est de représenter l'homme masculin sans… Maintenant, on est beaucoup plus libre et la société a évolué. En même temps que moi, j'ai évolué en âge, en fait. Mais pour moi, il ne fallait pas qu'il y ait une main qui soit trop délicate ou qu'on ait de l'empathie pour les gens. Il fallait être macho, il fallait être viril. C'était des choses qu'on nous avait ancrées quand on était gamin et qu'il fallait reproduire ou être comme ça. Voilà.
Il fallait être façonné de façon à être homme. Et ça, j'ai cru comprendre que, selon toi, c'est plus une pression sociale des potes du village que de tes parents qui n'ont pas eu l'air… C'est ça. Parce qu'on parlait de ton père gendarme, mais il y avait ces… En fait, moi… Ne me donne pas la honte, mais directement, il ne te disait pas « Oh là là, sois fort, mon fils ! »
Non, mais après, c'est un représentant de la loi. Mon père, pour moi, à mes yeux, était l'homme qui incarnait la virilité, qui incarne toujours la vérité, mais qui demande à ses enfants d'être…
Même chose, c'est-à-dire être le junior de ce que je suis. En tout cas, c'est ce que je ressentais moi à cette époque. Et ils ont dit, voilà, soyez exemplaires comme moi. Bon, on a fait toutes les bêtises possibles et imaginables, mais on faisait ça de sorte à être caché à chaque fois qu'on faisait des petites bêtises.
Ouais, il y avait des vies, des doubles vies. Oui, il y avait des doubles vies pour tout le monde en fait, on a tous fait des bêtises et là-dessus, moi j'étais toujours sur le contrôle de tout.
Donc, il ne fallait pas que je sois exemplaire, que je sois comme ça et que je ne dévie pas. Quand tu rencontres ce garçon à l'internat ou que tu sors dans le barguet de Poitiers ou dans les lieux de drague, tu arrives à kiffer ? Ta sexualité, c'est tu te fais sucer, tu suces, tu pénètres ? En fait… Attends, excuse-moi, il y a trois questions. Je crois que ma première question, c'est est-ce que tu arrives à…
à être présent dans ton moment de sexe ? Ou bien t'es genre putain merde, est-ce qu'il y a quelqu'un derrière ? Est-ce que t'es sans cesse dans l'angoisse et dans le mental de cette double vie ? Ou est-ce que t'arrives à lâcher prise et quand tu baises, tu baises ? Non. Honnêtement, quand à cette époque-là, dans les lieux de drague ou autres, on est toujours sur l'eau qui vive. C'est-à-dire que quand je baisais, j'étais le mec qui venait me faire sucer ou qui suçait.
Mais avec un regard, le fameux regard sévère que je tue tout le monde quand je l'ai. Mais il fallait être comme ça. Parce qu'en fait, quand tu ressortis, il ne fallait pas que si tu croises une dame ou une personne dans la rue, il ne fallait pas qu'ils se rendent compte que tu étais passé dans un lieu gay. En quoi avoir un regard sévère empêche la personne qui te voit sortir d'un barguet de faire des…
En fait, quand tu as un regard fermé, alors c'est moi, ça veut dire que t'étais dans la rue, mais t'as pas dévié, t'es dans un petit chemin en train de te faire chasser. Peut-être que le regard fermé, c'est genre masculin, viril, hétéro. Malheureusement, c'est ça. Et cette sexualité-là, à cette époque, tu pénètres, t'es pénétré, est-ce qu'il y a de la nature ? Alors, j'étais passif dans les premiers temps, donc…
Donc je me faisais pénétrer. Mais après, quand l'affaire était terminée, hop, je repartais. Toujours avec l'obligation pour moi dans ma tête, c'était « tu me pénètres, mets ta capote et tu montes la capote après pour savoir que je ne me suis pas fait avoir. » Parce que dans une petite vie, si tu fais un dépistage ou autre, tu peux tomber sur une personne que tu connais.
c'est pas si anonyme que ça c'est à dire aller dans le centre de dépistage après ça peut parler là tu vois par exemple quand j'avais 18 ans j'en étais allé avec ma soeur jumelle au CHU donc à l'hôpital de Poitiers dépistage anonyme et sur qui on tombe l'infirmière qui fait les prises de sang c'est copine à mon frère voilà donc c'est des petits et c'est fréquent là même là dernièrement j'y vais avec mon copain c'est Gilles de Poitiers
En tant que la secrétaire, c'est la fille de son propriétaire. Donc voilà, le monde est très petit. Et l'anonymat que vous avez quand vous allez dans les centres, même l'anonymat, nous on ne l'a pas en fait. C'est tellement petit que tu peux rencontrer une personne indirectement que tu connais. Oui, bien sûr. Tu vois, je n'y ai jamais pensé. Et pour moi, ce n'est pas anecdotique.
Tu vois, cette vie privée qui peut être… En fait, moi, maintenant, ça ne me fait plus rien. Mais c'est l'exemple là, quand je te présentais l'exemple de Cégide, mon copain, quand on s'est connus, j'ai dit, voilà, on va aller se faire dépister. Donc, naturellement, lui, il a un passé où il était marié pendant 14 ans avec une femme et tout le monde l'a connu comme père faillite héros.
Il va voir Cégide, je l'accompagne. Et ce secrétaire, quand il la voit, il fait « Ah, je la connais. » C'est pas si anonyme que ça, en fait. Oui, parce que Cégide, normalement, c'est anonyme et gratuit. C'est ça. On a l'anonymat, mais voilà.
Avant qu'on termine cette partie, j'avais envie de te demander, et on va parler dans la partie d'après de la suite du coming out et de cet amoureux, j'ai envie d'en savoir plus. Est-ce que tu avais accès à quoi ?
Pour créer le désir d'être pénétré. Tu sais ce que je veux dire ? En gros, à l'époque, on avait Internet. On avait Internet, on avait parfois du Canal+, avec des films gays. Donc là, il y a de la pénétration, de la sodomie, donc c'est comme ça que tu kiffes.
Ouais, après, c'était Internet. Et Internet, en fait, c'était dans les années 99 où ça arrivait et il fallait attendre le truc qui arrivait comme le Minitel. Moi, j'ai fait ça, je suis sûr. Et en fait, tu allais poser des questions et tu avais des grosses études, sexologie, etc. Mais pas grand-chose.
Donc tu découvrais, tu faisais ta propre découverte. Pas de porno, tu veux dire ? Pas de porno plus que ça. Parce que si elle est au porno, à la presse du coin, pour avoir ton magazine, il connaissait ton père ou il connaissait ta famille. Donc pas de bol. Mais je suis un peu curieux, je te dis pas que tu vas avoir la réponse, mais est-ce que tu sais pourquoi ton désir est allé à l'endroit d'être pénétré ? Genre, c'est un peu…
En fait, c'était une première découverte. Comme tout le monde, tu te fais sucer. Et moi, j'aimais bien, j'aime toujours les corps masculins. Et j'ai dit, tiens, on peut faire quelque chose. Pourquoi pas ? Une occasion, je crois que c'est la toute première fois, on m'a dit, tu veux essayer d'aller plus loin ? J'ai dit, pourquoi pas ? Et là, tu pleures parce qu'il va plus loin. Et tu te dis, ah oui, c'est un peu dur. Voilà.
Quand tu dis j'aime les corps masculins, ça veut dire quoi ? À comparer avec un corps féminin, j'ai plus… Le corps d'une femme ? Oui, le corps féminin, voilà. Ou bien est-ce qu'un homme peut avoir un corps féminin ?
non, oui certains mais est-ce que t'aimes le masque for masque, tu vois à quoi ça fait référence non, franchement masque for masque ça veut dire masculin pour masculin donc c'est justement des gens qui sont eux-mêmes et attirés par des hommes qui incarnent la norme hétéro je pense que dans un premier temps si je réfléchis bien, oui c'était ça, c'était masculin pour masculin
Après, moi, j'ai évolué dans le temps parce que c'était ridicule. C'était juste pour retrouver la même chose et pour dire est-ce qu'on a les mêmes codes ? Parce que souvent, c'était des hommes mariés que je rencontrais, des hommes qui étaient en couple hétéro, qui étaient malheureux ou rarement un gay assumé. Ça existait pas trop à cette époque-là, en fait. Parce que sinon, t'étais au placard au niveau du boulot ou au niveau de la famille, t'en parlais pas. Donc, ces rencontres, c'était souvent des personnes plus vieilles que moi.
qui avait une quarantaine d'années, alors que j'avais une vingtaine d'années à l'époque. Donc là, on est toujours à l'internat. À l'internat, j'avais 15, 16, jusqu'à 18 ans. Jusqu'au bac, voilà. C'était des personnes de plus d'une quarantaine, de trentaine, de quarantaine d'années. Donc, à cette époque-là, tu n'avais pas d'amoureux. J'avais juste fait une première expérience. Voilà, j'avais juste fait une première expérience, c'est tout. Avec le fameux copain qui était… Mais après, on sort au bar.
Après, on se rebarre, mais c'était juste des rencontres fortuites. C'était à court terme. À ce moment-là, il n'y a pas de régulier, il n'y a pas de quelqu'un. Je ne voulais pas de régulier et surtout, je ne voulais pas qu'on arrive à tracer.
mes rencontres c'était ça c'était le fait encore de sécuriser le tout c'est à dire que si je te rencontre plusieurs fois peut-être que ton copain de ton copain ou ta copine va te connaître quelqu'un que je connais donc non tu parlais de ta soeur qui t'a accompagné au Cégide pour faire tes tests c'était au CHU le Cégide
d'exister encore à l'époque. En tout cas pour faire des tests. Est-ce que tu lui as reparlé de cette fois où elle a dit c'est sale ? Alors je lui ai parlé quand j'ai fait mon coming out. Elle ne s'en rappelait plus. Elle ne s'en rappelait plus du tout. Alors que moi c'était très important dans ma tête. Je lui en ai parlé et elle m'a dit je suis désolé.
à l'époque elle a dit je suis désolé d'avoir fait ça c'était une enfant comme toi ? oui c'était une enfant comme moi ça t'émeut ? oui oui c'est parti là en fait c'était une sorte de mini victoire parce qu'elle s'est excusée d'avoir indirectement pollué ma vie et de m'avoir un peu dit c'était bien il fallait au moins quelqu'un qui puisse me dire à cette époque
Bah non, fais pas comme ça au départ parce que sinon, tu vas avoir une vie chaotique où tu vas être lapidé sur place publique parce que tu t'assumes en tant que gay. Ah d'accord. Pour toi, en fait, elle t'a rendu service en disant ça ?
C'était très compliqué de s'assumer en campagne. Maintenant, ça, je vais l'expliquer plus tard, mais maintenant, c'est très ouvert. Mais à cette époque-là, ce n'était pas du tout. Parce que tu as l'impression que sans la mise en garde de ta sœur, tu aurais pu suivre ton élan, le dire et te faire lapider. Oui, c'est ça.
C'était une pression à ce point-là où toutes les blagues qu'on peut avoir en soirée, c'était autour de « je ne suis pas gay, je ne suis pas pédé, je ne suis pas truc, je ne dois pas être comme ça ». Tout le monde, en plus, rigole et font farone là-dessus.
Bon, on va faire une partie 2 où on va raconter, enfin moi j'ai envie, si t'es d'accord, la suite. Moi j'ai envie de… parce qu'en fait la suite est belle quand même. Oui, la suite est très belle. Je trouve que c'est vachement important la parole que t'as posée. Moi, elle m'émeut vachement, elle me touche vachement. Je pense qu'elle est pour moi essentielle. C'est mon point de vue, tu vois. Déjà, un, parce que c'est ton témoignage, mais aussi parce que ça raconte…
un autre chemin et je pense que et un chemin essentiel qui est partagé par plein de gens je suis désolé je dis des banalités mais pour moi pour moi ce comment enfin toutes ces années là préfigurent impact et influence ta sexualité d'aujourd'hui et ce que tu t'autorises ou pas à faire aujourd'hui et ce que tu as conquis ou pas tu vois ce que je veux dire donc si on n'a pas ce contexte là on peut pas aller à la suite
Mais il y a beaucoup d'évolution dans les fuites des années. Et la société aussi a évolué dans les fuites des années. Donc ça a permis d'ouvrir des choses que moi, je cachais. Rendez-vous à l'épisode prochain. C'est ça. A tout de suite.