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Salut Guillaume, je voulais t'envoyer un petit message concernant tes podcasts que j'ai dévoré. Petite remise en situation, je suis une femme hétéro de 30 ans et je dois avouer que là, ce podcast « Comment devenir sexuellement épanouie », il m'a fait rire, il m'a fait pleurer.
Il y a des épisodes vraiment qui sont absolument poignants, des épisodes qui me font réfléchir. Je pense que ça m'a fait beaucoup réfléchir à ma propre sexualité, à comment moi je deviens épanouie dans mon couple. Ça a fait bouger des choses, je pense. Ça m'a fait beaucoup me questionner, ça m'a fait passer à l'action sur certaines choses.
Et du coup, par effet domino, ça m'a rendu plus épanouie. Donc un grand merci. Et aussi, je suis dans une association qui s'appelle SESAM, qui fait de l'éducation sexuelle et affective en milieu scolaire.
Donc c'est du bénévolat et on intervient du CM2 jusqu'à la terminale. Et dans les épisodes, ici et là, je pioche plein de choses qui peuvent aider les jeunes que je rencontre. Voilà, dans mon assaut, on est toujours à la recherche de recrues et de jeunes recrues.
si tu connais des gens qui sont intéressés si un jour il y a une possibilité de passer un petit appel quelque part dans ton podcast voilà on est vraiment là pour répondre aux questions des jeunes sur l'amour, l'amitié et la sexualité merci beaucoup continue je t'envoie plein de love bisous bisous
Pierre, bienvenue chez moi. Je commence par une petite intro. On a discuté, toi et moi, ce que j'ai trouvé vachement puissant dans ton histoire. Tu racontes ce rôle de passif dans lequel tu t'es mis pendant plus de 20 ans, 25 ans, tu ne te fais pas pénétrer et tu rentres dans ce rôle de passif, donc le mec un peu plus soumis, peut-être un peu plus petit. Tu vas jusqu'à te forcer à avoir des relations sexuelles alors que ça te fait mal et
Et un jour tu as un déclic, tu vois bien que ça ne te correspond pas bien et donc tu veux sortir de ce stéréotype du passif, c'est ce que tu vas raconter là aujourd'hui. Ce rôle de passif, ce que j'ai compris, c'est aussi une façon pour toi de trouver une place dans ce milieu gay parisien. Tu as grandi dans un petit village de 500 personnes, tu m'as dit, et tu arrives à Paris peut-être avec plein d'espoir de trouver une communauté et en fait tu déchantes.
Et du coup, tu vas aussi nous raconter ton déclic pour reprendre le pouvoir ou en tout cas le chemin.
parce que peut-être que tu n'y es pas encore et c'est tout à fait ok, et aller vers une sexualité un peu plus alignée pour toi. En tout cas, je ne veux pas divulgacher la fin, mais tu m'as dit, je cite, j'ai découvert ce que ça veut dire de faire l'amour il y a quelques mois. Exactement. Moi, j'avais envie de commencer par le début, on va le faire chronologiquement. Toi, tu m'as dit, et ça avait l'air d'être important pour toi, que tu grandis dans un petit village. Ça fait quoi ?
Aujourd'hui, tu as quel âge ? Aujourd'hui, j'ai 36 ans. Et ça fait quoi de grandir dans un petit village ? Moi, j'ai grandi en région parisienne. C'est quoi la différence ? Alors, quoi qu'il arrive, j'en suis ravi. Parce qu'effectivement, j'ai eu une enfance, somme toute, assez paisible, certes, dans un collège et dans un lycée de ZEP, ce qui a son importance aussi dans la construction d'un homo.
Mais au bout du compte, je suis quand même ravi d'avoir grandi dans un petit village parce que ça m'a permis aussi, justement, au-delà de grandir au grand air, de pouvoir vraiment m'exprimer librement, sortir, faire du vélo. Moi, il faut savoir que j'ai eu une éducation assez libertaire de la part de mes parents. Ils me faisaient confiance très rapidement pour que je puisse aussi sortir, voir mes amis, m'épanouir.
Donc voilà, en tout cas, moi, je dirais que toutes les embûches que j'ai pu connaître dans la construction de ma sexualité, elles ne viennent clairement pas de mes parents, qui en tout cas ont toujours quand même constitué pour moi un socle, justement, de construction. Et ça, c'est une vraie force. Après, effectivement, le côté…
Moins positif, c'est que qui dit petite ville, petit village, dit aussi petite communauté, beaucoup de rondis et des choses qui se savent très vite. Effectivement, dans les années 90 en plus, on n'est pas non plus en 2023. Donc, c'est sûr que ça a son lot de quotidienneté un peu plus compliqué, notamment à l'école. Est-ce que toi, tu te souviens du moment où tu te dis « je crois que je suis différent ».
Ah oui, c'est marrant parce que j'en parlais justement avec un copain il n'y a pas longtemps. Moi, je fais partie de ceux qui, je pense, ont toujours su, sans le savoir, parce que même sans être sexualisé étant enfant, j'avais cette notion de différence très profondément ancrée en moi par d'autres aspects, peut-être de sensibilité, mais qui, moi, je pense, ont fait que j'ai toujours su que j'étais sexuellement…
différent de la norme en fait toi aujourd'hui tu t'identifies gay c'est quoi ce que je comprends c'est que petit village veut dire tout se sait donc toi tu as peur qu'on sache que tu es gay et ça a un impact ou ça s'est joué autrement
Ah oui, complètement. Déjà dans ce village-là, dans mon adolescence, puis ensuite ça s'est poursuivi jusqu'à mon coming out qui s'est fait très progressivement. J'ai toujours su développer des stratégies de contrôle et de…
et d'esquive en fait, comme beaucoup de gays qui sont dans le placard le savent très bien, pour esquiver des conversations. C'est-à-dire que j'ai toujours, socialement c'est très compliqué, parce que j'ai toujours su anticiper, c'est épuisant mentalement, mais anticiper des questions qui potentiellement ne vont pas venir, mais savoir les anticiper pour pouvoir éventuellement les esquiver, ne pas y répondre, ou trouver quelconque subterfuge pour sortir de situations dans lesquelles je n'étais même pas forcément, mais que je voyais venir.
Hyper-vigilance. Une vigilance de chaque instant. C'est vrai que c'était un contexte qui demandait quand même toujours d'être dans le contrôle, voire de mentir un peu, en tout cas clairement de mentir par omission, parce que je ne pouvais pas me permettre de mettre à nu qui j'étais de par la génération et le contexte d'une petite ville à ce moment-là.
Où tu sais que si les gens découvrent que tu es gay, qu'est-ce qu'il aurait pu se passer ? Au-delà de mon village, en fait, c'est plus effectivement le collège-lycée qui était dans une ville à côté, qui était un collège et un lycée de zèpes, donc avec pas mal de cités autour. Moi, globalement, j'ai jamais eu de gros problèmes avec tout le monde, enfin, avec personne, mais il n'en reste pas moins qu'il y avait quand même beaucoup d'histoires, il y avait beaucoup de bagarres dans mes écoles, il y avait des histoires de harcèlement, enfin… Voilà, c'était quand même un lycée…
Je dirais qu'il y avait de la pauvreté là où j'ai grandi. Qui dit pauvreté ? Forcément, socialement, ça appelle aussi pas mal de violence. Donc c'est en ça que ça me faisait peur. T'as eu des amourettes, des amours, des expériences sexuelles dans ce chemin de collège, lycée ? Ou du coup, t'es dans le placard, faut pas qu'on sache ?
Oui, mais du coup, c'est drôle que tu me parles de ça parce qu'effectivement, j'ai repensé à quelque chose récemment qui m'a marqué. Je pense que j'ai vraiment occulté, mais profondément en moi, qui était un amour assez profond que j'avais pour mon meilleur ami, en fait, et qui, d'une certaine manière, sans vouloir faire moi-même de la psychologie de comptoir et m'auto-analyser, mais je pense que ça m'a…
Ça a eu un impact très négatif quand même sur ma construction, je dirais, plus sentimentale, amoureuse. Avec, derrière, une peur de l'abandon, tout ça. Parce qu'au-delà du fait qu'évidemment, ce n'était pas réciproque, le retour était assez violent. Le retour, ça veut dire ? Tu as quel âge à ce moment-là ? 15 à 17 ans. Donc, personne ne sait que tu es gay. Toi, tu le sais ?
C'est ça, à 15-16 ans, toi tu te les dis à toi-même ? Clairement. Et ton meilleur ami, tu veux raconter cette partie-là ?
Ouais, effectivement, c'est mon meilleur ami que j'ai depuis… Peut-être que j'ai 5-6 ans. Je pense que je tombe amoureux quand je commence à avoir 13-14 ans. 14 ans. 14-15 ans, ouais. Qui est vraiment le moment où on commence à faire vraiment les 400 coups. Et voilà. Globalement, je regarde mon adolescence avec beaucoup de douceur parce que j'ai eu la chance aussi de faire les 400 coups, de beaucoup rigoler, beaucoup m'amuser. Notamment avec ce garçon. On s'est vraiment…
beaucoup rapprochés comme deux meilleurs copains de 15-16 ans. Et c'est vrai que même s'il ne s'est rien passé, pour moi, c'était une relation très importante dans laquelle je…
J'idéalisais et j'imaginais plein de choses potentiellement pouvoir se passer. C'est-à-dire, toi, tu fantasmais sur lui, tu te masturbais ? Oui, sexuellement, heureusement. Non, mais vraiment, à ce point de vue, de me dire, plus tard, peut-être qu'un jour, on se verra. Peut-être qu'un jour, on sera amoureux et que tout le monde le saura, que ce sera génial. Et ça, ça s'est développé un peu plus tard, peut-être ? Ou dès le début ? Ah non, plus à 14 ans, 15 ans.
Tu te souviens lui parler ? Tu lui as fait un coming out ? Ah non, inenvisageable. Impossible. Impossible parce que je pense qu'il faisait partie profondément intégrante de ce contexte
autour de moi qui ne devaient pas le savoir, qui ne pouvaient pas le savoir, parce que même s'ils ne m'auraient jamais fait de mal directement, voilà, il faisait partie de ce contexte, ce lycée, ce collège, ces gens autour, il connaissait beaucoup de gens, et puis il y avait les amis, des amis, des parents, tout le monde se connaît, quoi. Et tu l'as peut-être entendu avoir des propos homophobes, ta tête ?
Pas forcément, pas lui, pas de sa part. Parce que je pense qu'encore une fois, quand même, quand je dis personne ne le savait, personne ne le savait et tout le monde le savait. Enfin, qu'on soit clair. Quand on est un garçon sensible, qu'on traîne beaucoup avec des filles, mais qu'on ne sort jamais avec elles, qu'on déteste jouer au foot, c'est des gros clichés, mais qui, à la fin, amènent aussi certaines vérités qui font que je pense que les gens autour de moi, au bout d'un moment, on est adolescent, on est en pleine construction, on ne sait pas encore. Mais voilà, je pense que les gens…
pouvait potentiellement s'en douter. Donc, il me laissait tranquille là-dessus, je pense. Et que ça l'arrangeait très bien parce que lui-même, en pleine construction, peut-être se posait des questions. Ok. Je pense. Aujourd'hui, tu es encore en contact avec lui ?
Non, malheureusement. Et je pense que l'eau a coulé sous les ponts. Et j'aurais pu, moi, parce que vraiment, encore une fois, on rigolait vraiment beaucoup, beaucoup. Et moi, ça m'a fait plaisir de garder contact avec lui. J'ai gardé quelques personnes au-delà de ma famille, des personnes. Mais c'est vrai que lui, justement, quand je parle de peur de l'abandon et tout, c'est que très vite, un jour, il a disparu de ma vie. Mais du jour au lendemain, c'est-à-dire qu'on passait l'entièreté de nos journées, de chaque jour, de chaque semaine, de chaque mois, de chaque année, pendant une dizaine d'années ensemble.
Et du jour au lendemain, il est parti. Il ne m'a même pas dit qu'il déménageait dans le sud. Voilà, comportement très étrange. Donc, je pense que c'est pour ça aussi. Tu as ghosté, c'est ça le truc ? On était vraiment sur le premier ghosting de toute ma vie. Effectivement, tout à fait. Ah, mais alors là, en règle.
et c'est super violent c'est honnêtement d'une violence rare parce que quand on a 17 ans en plus on n'est rien je veux dire on ne sait pas construit on ne sait pas ce que c'est tout ça on ne sait même pas ce qu'on ressent donc c'est un abandon assez dur assez violent quand on pense être profondément amoureux c'est dur
C'est marrant parce que ça, tu ne me l'avais pas dit et donc je ne le savais pas. Mais la semaine dernière, j'ai recontacté comme ça, comme toi, mon premier amoureux du collège.
C'est drôle. C'est marrant. Parce que moi, j'ai envie de briser les tabous et de faire face, tu vois. Et du coup, je l'ai contacté pour savoir ce qui s'était passé pour lui. Parce que moi, mes souvenirs sont super flous. Je me souviens que moi, je fantasmais. J'avais vraiment toute une histoire pareille comme toi dans ma tête. Genre, on était potes.
Et puis moi, je m'inventais plein de trucs. Et puis je me souviens lire tous les moindres faits et gestes, tu vois. Une façon dont, tu vois, il me souriait ou il me touchait ou il me passait un crayon. J'étais là, je pense qu'il y a un truc là. Et un jour, et petit à petit, j'ai eu l'impression de me dévoiler de plus en plus. Je me rappelle rentrer chez moi, on parlait sur MSN.
on est vieux des wiz et jusqu'au jour où j'ai eu le courage ou en tout cas je sais pas si le courage je lui ai dit je me souviens plus ce qui s'est passé
En fait, j'ai complètement fait un blackout. Et je sais que c'était un moment d'une vulnérabilité de ouf et tout. Et du coup, je l'ai recontacté. Et en fait, il m'a dit, je me souviens qu'on était juste potes, mais pour toi, c'était peut-être plus.
Et après, j'ai aussi eu l'impression qu'il n'avait pas envie qu'on en parle. C'est vrai, tu débarques 30 ans plus tard ou 20 ans plus tard dans la vie de quelqu'un. Lui, il est marié avec des enfants. Bon, il a aussi le droit d'avoir d'autres choses. Mais en tout cas, toi, est-ce que tu aurais envie de recontacter ce jeune homme ?
Alors déjà bravo pour ton courage parce que je pense que c'est un âge où clairement moi je ne l'aurais jamais fait, c'était pas du tout une option d'imaginer lui en parler à lui ni à qui que ce soit d'autre. Parfois j'y pense mais alors vraiment sans aucune attente, peut-être plus encore une fois dans une idée de revoir des personnes avec qui j'ai pu à un moment donné célébrer la vie. T'as son prénom et son nom ?
Ouais, ouais, ouais. T'as jamais googlé dans LinkedIn ? Alors, je pense qu'il n'est pas très réseau social, parce qu'évidemment, quand même, je pense que j'ai déjà fait par le passé, comme par curiosité avec plein de gens. Tu ne l'as pas trouvé ? Mais je pourrais très facilement… Enfin, j'ai son numéro encore. Très facilement le recontacter. Peut-être un jour, je le ferai. Mais comme toi, je pense qu'il est vraiment passé à autre chose. On a des vies, pour le coup, clairement différentes aujourd'hui. Comment tu sais de sa vie aujourd'hui ?
Parce qu'encore une fois, qui dit petit village dit qu'on a potentiellement des amis d'amis. T'as des news. Oui, voilà.
des news c'est un grand mot mais en tout cas je sais où il en est aujourd'hui de part effectivement des sens un peu en commun que j'ai eu des échos il y a quelques années tu fais ton coming out à quel âge ? alors moi je ne sais jamais répondre à cette question parce que ça a été très progressif pour moi c'est à dire que comme pour moi ça a été un chemin de croix le coming out ça s'est fait très progressivement c'est à dire que j'arrive à Paris à 18 ans je me fais une bande de potes qui devient encore aujourd'hui vraiment mon noyau dur dans ma vie
Mais ces gens-là, j'ai beaucoup de mal à leur dire quand même au début. Ce sera tout de même les premières personnes à qui je le dis, mais je dirais peut-être à 21 ans, à quelques-uns. Après, je le dis à d'autres personnes autour de 25, 26 ans. Dans le milieu du travail, plutôt autour de 28 ans. Et mes parents, je leur dis le jour de mes 30 ans.
ok voilà parce que ça me tenait vraiment à coeur j'avais cette sorte d'échéance un peu dans ma tête d'objectif de me dire bon faut quand même que je leur dise avant de mettre en temps ils commencent à vieillir et ce qui m'a aidé c'est le fait de me mettre en couple à ce moment là parce que en fait quand on est gay aussi ce qui est compliqué je trouve c'est de faire son coming out sans raison de l'annoncer tu vois c'est à dire que quand on a un copain bah une raison légitime de dire qu'on est gay c'est de dire qu'on a un copain sinon il y a certains contextes aujourd'hui je suis
tellement libéré par rapport à ça. Je n'ai plus de problème, je peux trouver n'importe quel. Ça se fait naturellement. Mais sinon, quand on est un peu mal à l'aise, il faut trouver une raison de dire… On ne lève pas la main, on dit coucou, je suis gay. Alors que dire, moi, mon copain, tout de suite, ça amène une bonne raison. Mes parents, ça m'a permis, en montrant des photos de mon anniversaire, de mes 30 ans, lui, c'est mon copain. Ça m'a permis de faire le truc progressivement. Ils ont réagi comment ?
Avec beaucoup de bienveillance. Mon papa, il m'a fait pleurer parce qu'on est proches, mais pas plus que ça. C'est un papa et son fiston. On a une complicité, mais je veux dire…
Pas non plus outre mesure, mon grand-dame, et je pense aussi. Mais il m'a dit, tu sais, il m'a regardé dans les yeux, il m'a dit, tu sais, moi, tout ce qui compte, c'est vraiment que tu sois heureux. Voilà ce que tout le monde attendrait, en fait. Et là, je me dis, putain, j'ai attendu autant de temps.
Voilà, ce n'est pas grave, mais je l'aurais dit avant. Sachant que, petite anecdote, encore une fois, quand je dis personne ne le sait, mais tout le monde le sait, je pense que le premier à le savoir, c'est mon père. Parce qu'en fait, quand j'avais une vingtaine d'années, j'ai eu une première longue relation qui a duré six ans. Et en fait, avec mon copain, on vivait…
dans mon studio étudiant qui appartient à mes parents. Et en l'occurrence, mon père, des fois, ce qui venait, c'est qu'il venait s'en prévenir. Voilà. Comme ça, il est un peu perché. Il ne se rend pas compte qu'il faut prévenir quand on va chez son gamin de 20 ans. Et en fait, il est déjà rentré. Moi, je n'étais pas là, mais il y avait mon mec qui était quand même à l'époque…
Un grand bonhomme d'1m80, hyper costaud, il ouvre la porte de son appartement, mon père, et là, il tombe avec un mec comme ça, qu'il connaît pas, torse nu, avec des tatouages, chez lui, dans le lit de son fils, en disant « bonjour, bonjour, bonjour, je suis un copain de ***, bonjour, ok, d'accord ». Et finalement, ils ont fini par parler, rigoler, pas plus que ça, mais après, mon père est parti, et je n'ai jamais vraiment parlé, je n'ai jamais parlé avec mon père !
Mais j'en ai parlé avec mon mec de l'époque et c'est vrai que plus tard j'en ai parlé donc dix ans après avec mon père qui me dit bah oui effectivement quand je tombe sur ce mec dans ton lit chez toi je me doute bien qu'il y a quelque chose quoi.
Mais voilà, toujours ce tabou qui fait que… Tu disais tout à l'heure que tes parents, tu as été élevé dans un feeling, je ne sais plus quel terme tu as utilisé, libertaire. Oui, libertaire, une éducation, c'est libertaire. Du coup, ton cerveau, il disait quoi, cette peur, elle disait quoi ? Puisqu'on aurait pu avoir le préjugé que ça allait bien se passer, puisque tu avais confiance en eux, vous aviez apparemment un bon lien ?
Et pourtant, c'était compliqué pour toi de faire le coming out. Tu sais pourquoi ? C'est une question qui a été très importante pour moi pendant très longtemps, qui me perturbait de savoir pourquoi. Pourquoi, malgré une éducation et une famille aussi bienveillantes et pleines d'amour, pleines d'amour dans le noyau dur, parce qu'après, si on est tant les cousins, les tontes, les anges, c'était sanguinolent. Mais par contre, dans la partie frères, sœurs et parents, là, on est vraiment à un noyau dur plein d'amour. Pourquoi avoir mis autant de temps à leur dire alors qu'on se parle de tout ?
et donc effectivement pour en avoir parlé un petit peu
Avec mon psy récemment, en fait, ce qu'il me dit, c'est que c'est pas forcément parce qu'on a… En fait, la famille, c'est un cercle, mais il y a tous les autres cercles dans la vie. C'est pas forcément parce qu'on a un cercle qui fonctionne bien que c'est facile, effectivement, de le dire et que quand les autres peuvent être un peu bancales, type, effectivement, des collèges compliqués ou un peu de la violence dans les amis ou quoi, en fait, ça fout tout en l'air et ça fait qu'en fait, ça crispe. Ça peut complètement crisper une personne et l'empêcher d'avancer dans sa construction.
Quand t'arrives à Paris à 18 ans, t'es plus dépendant de ce milieu-là, de cet endroit-là, n'est-ce pas ? Plus du tout. Mais pourtant, c'est encore actif, la peur est encore active dans ton cerveau, c'est ça ?
Et pendant quelques années, mais je dirais pendant 4 ans, j'ai continué à avoir quand même beaucoup d'amis, à beaucoup rentrer justement chez mes parents. Et je rentrais tous les week-ends, je voyais beaucoup d'amis encore. Jusqu'à mes 23 ans, je pense, où là, c'est un peu délité avec ces gens-là, de manière naturelle. Et là où vraiment, let it go, je me suis vraiment…
épanoui et ouvert au monde mais c'est vrai qu'il y a eu quelques années de transition où j'avais pas forcément envie de laisser ce milieu là qui me plaisait encore beaucoup parce que encore aujourd'hui je regarde avec beaucoup de bienveillance j'ai pas subi de violence frontale directe enfin je dis ça je pense que je l'ai occulté un peu aussi parce que il y a quand même eu des j'ai quand même un souvenir un ou deux guet-apens où on m'a amené après le collège
pour me taper sur la gueule, mais je pense qu'en fait on a envie de les oublier ces moments-là. Ah ouais ? Ouais. Et finalement… C'est-à-dire, c'est là en me parlant, parce que tu viens de te contredire dans la phrase, parce qu'en fait t'allais dire « moi j'ai… » et en fait tu te souviens… Ouais. Mais c'est vraiment plein d'ambivalence, c'est-à-dire que oui, oui, je me contredis dans une phrase et je me contredis de manière très générale dans mon cerveau là-dessus, parce que je regarde avec bienveillance cet univers…
Mais c'est vrai qu'il m'est arrivé des trucs un peu durs. Parce que là, je dis ça, mais ça passait aussi par des agressions homophobes classiques, juste verbales, je dirais. Ah ouais, ouais, effectivement. Quelques fois où on m'amenait, je sais plus, après la piscine ou quoi, pour me faire croire qu'on allait montrer un truc dans la forêt. Et on m'amenait dans un fossé. Et là, t'avais un tel qui me sautait dessus et qui m'en foutait une ou deux. Mais…
mais bon voilà c'est horrible ce que je vais dire mais je pense que dans ma tête je me dis presque voilà j'ai pas fini à l'hôpital non plus j'ai pas non plus encore une fois je pense que ça va de pair avec toutes ces stratégies dont je parlais d'autodéfense et d'anticipation qui font qu'en fait il y a aussi là tout là toute une sorte de carapace d'autoprotection pendant l'adolescence qui se met en place un mécanisme d'autodéfense de survie qui se met en place pour dire et puis le cerveau il est tellement bien fait aussi qu'il oublie
Il veut oublier, il oublie. Je pense que je n'ai pas envie de me dire que j'ai été une victime à l'époque. Ce n'est pas que ça me dérangerait, mais je me suis construit en me disant « c'est bon, passe à autre chose, on avance ».
Et ça m'a aidé d'une certaine manière. Je pense que ça a certainement eu aussi des désagréments à moyen terme et long terme sur mon mental. Mais aujourd'hui, je fais avec tout ce bagage et j'avance. Tu fais un lien entre ce rôle de passif et tout ce que tu viens de raconter ou tu vois pas le rapport ?
Ben, si, parce que moi, je pense que dans la vie, il y a des choses qui peuvent paraître très clichés, mais qui dit clichés, c'est que derrière, il y a quelque chose. C'est vrai que quand on parle souvent du rôle de passif, on parle…
C'est un aspect plus sensible, d'un côté plus féminin. Ça, c'est les archétypes un peu du rôle qu'on veut donner au passif. Et c'est important parce que c'est un peu aussi un des grands thèmes qu'on aborde là, qui est ce rôle de passif. Le rôle du passif, c'est aussi d'avoir ce côté… Quand on dit faire la femme, tu fais l'homme, tu fais la femme. C'est question absolument à glacer le sang…
qu'on ne peut peut-être plus entendre aujourd'hui, mais bon, peut-être encore. C'est quoi le lien que tu fais entre ce que tu viens de raconter et Sarah et ce rôle ? Le lien, c'est cette sensibilité, je pense, qui est que j'étais sensible. Donc, je pense qu'on pouvait facilement s'attaquer à moi. On pouvait me dire certaines choses. Aujourd'hui, je suis beaucoup plus fort, mais c'est vrai qu'à l'époque, je n'avais pas les clés pour me défendre, ni physiquement, ni verbalement.
Donc, c'est là où je fais un lien avec ce rôle-là. C'est que même si à cette époque-là, je ne savais pas que j'étais passif, mais je l'étais déjà sûrement de manière ancrée en moi. Et du coup, j'étais très sensible. J'étais comme ça, un peu toujours à regarder ailleurs et à imaginer.
Je vois pas le lien, je le comprends pas. Parce qu'en gros, ce que je comprends, c'est que pendant pas mal d'années au début de ta sexualité, tu es uniquement pénétré. Et c'est quoi le lien entre être sensible et aimer être pénétré ?
Ou est-ce que c'est ma question ou tu as cru que j'attendais que tu fasses un lien et tu te forces ? Non, je pensais que tu me demandais le lien entre pourquoi peut-être j'avais pu subir des agressions homophobes comme ça ou être un peu affaibli à l'époque et le fait d'être passif.
Juste ce que je veux dire, c'est que forcément, moi, en tout cas, c'est peut-être juste ma personnalité. Parce que clairement, on le voit, tout le monde n'est pas comme ça. Mais dans ce rôle-là, moi, j'avais une personnalité très introvertie. Et c'est vrai que je pense qu'on pouvait facilement me tomber dessus. Il se trouve que plus tard, j'ai découvert que j'étais passif. Disons que ça allait de pair avec une personnalité, je pense, un peu douce. Effectivement, plus tempérée et pas un tempérament…
colérique ou combatif que j'ai développé avec le temps. Ok. Toi, du coup, ces années de passif, c'est un plaisir ? C'est-à-dire, toi, tu découvres ta sexualité et comment t'en arrives à préférer être pénétré que de pénétrer ?
Je pense que la question s'est même pas posée parce que c'est fait comme beaucoup de garçons dans ma génération sur fond de porno un peu intensif en fin d'adolescence je dirais donc moi comme j'ai dit j'ai 36 ans je fais partie d'une génération où le porno n'était pas
complètement facile d'accès, mais il était quand même déjà un petit peu. C'est-à-dire qu'on n'allait pas non plus voler les cassettes ou les VHS au kiosque, mais on n'était pas non plus sur l'over-consommation sur le smartphone. On était vraiment entre les deux. C'est-à-dire que moi, je fais partie d'une génération où la consommation du porno, c'était le soir, la nuit, en cachette, sur l'ordinateur familial. Quand tout le monde était couché, on pensait surtout à les faciles historiques. Donc, il y a un gros truc. On n'est pas sur un device personnel, c'est important.
Parce qu'on est vraiment sur une consommation très taboue, très… Moi, de mon point de vue de gamin de 17 ans, grave et dangereuse, risqué. Et du coup, moi, c'est comme ça que je me suis construit. Et en plus, à l'époque de…
Où fleurissaient des studios pornos qui jouaient beaucoup sur cette différence de rôle. Avec des rôles très marqués, très clichés. Bon, c'est le porno, il est comme il est. Donc tu vois des stéréotypes en action. Le passif est plus comme ci, l'actif est plus comme ça, c'est ça ? Moi, complètement. Ça se fait naturellement de me mettre dans ce rôle-là. Ça se fait naturellement, c'est-à-dire ? T'éprouves du plaisir ? À m'imaginer comme ça ? Ouais. Ouais, complètement. Et t'éprouves pas de plaisir à t'imaginer pénétrer quelqu'un ?
Pas vraiment. Ok. Et du coup, tu es sexuellement actif à partir de quand ? Tu disais que tu étais en relation à partir de 19 ans ? 21 ans. 21 ans ? Avant ça, je n'ai eu aucun rapport sexuel. Ok.
Ta première fois, c'était avec le garçon avec qui tu formes le couple ? Alors non, mais presque. J'ai eu une première relation très fortuite sexuelle avec un garçon, relation sexuelle complète, on va dire, et une…
Juste des préliminaires avec un autre, en fait. Mais vraiment, je dirais, les deux mois qui ont suivi ma mise en relation, la construction de ma sexualité, je l'ai finalement faite avec mon ex avec qui je suis resté six ans. C'est pas avec lui que j'ai été dépucelé. Et donc, toi, dans cette relation, tu te définis passif et tu lui dis que tu préfères être pénétré et vous avez ces rôles-là. Et ça, t'as l'impression que tu l'as cherché ? C'est-à-dire…
Tu vois, tu étais dans la recherche d'une telle relation où tu étais uniquement passif et lui uniquement actif ou c'était un peu la rencontre, le hasard ?
Non, parce qu'effectivement, on s'est rencontrés sur une appli et je pense qu'à l'époque, sur l'appli, on devait déjà savoir, on devait déjà un peu dire dans quel rôle on était ou peut-être même jusqu'à encore une fois, on s'est compris et puis très vite, on a su que c'était comme ça. Mais oui, j'ai cherché ce genre de partenaire-là parce que moi, c'est ce dont j'avais envie. Et comment ça s'est passé, ces six ans, ces dix années ?
C'était très tendre. Je dirais que la première année était vraiment magnifique parce que moi, j'étais jeune, mais j'étais vraiment en détresse affective. Parce que 21 ans, quand je dis dépucelé, premier amour à 21 ans, c'est-à-dire qu'avant ça, il n'y a rien. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de relation sexuelle, mais ça veut dire qu'il n'y a rien. Il n'y a pas un câlin, il n'y a pas un bisou, il n'y a pas un je t'aime, il n'y a pas une amourette de lycée, de collège. Il n'y a rien. C'est le vide, c'est le néant affectif. C'est quand même beaucoup 21 ans.
sans rien donc là effectivement c'est un peu l'épiphanie j'arrive à Paris c'est génial quelqu'un de vraiment très gentil donc la première année se passe très bien et le problème c'est qu'au bout d'un an j'en parle tout de suite parce qu'effectivement ça a très vite eu un impact sur l'aspect sexuel et ce rôle là
qui est que j'ai eu un problème proctologique, très rapidement, fulgurant, qui ensuite a mis une dizaine d'années à se traiter, avec lequel j'ai dû vivre, et qui fait que ça m'a bousillé ma vie sexuelle à partir de ce moment-là. Donc j'ai eu une première année…
Oui, sexuelle active, en tant que passive, d'épanouissement fou. Tu kiffais ? Je kiffais à fond, dans la caisse, vraiment à tout point de vue, avec un mec génial et tout. C'était monsieur Barack Tatou ? Ouais, exactement. Sur lequel ton papa est tombé ? Ouais, tout à fait. Vraiment un monsieur propre, quoi. Vraiment un cœur tendre, vraiment hyper gentil. Il ne possède pas de cheveux ?
Et je n'avais pas de cheveux, non, non. Exactement. C'est pour ça qu'il y avait un peu ce côté-là. C'était marrant. Et il était blanc ? Et non, lui, il était marocain. Je ne sais pas, j'essaie de me souvenir à quoi ressemble Monsieur Propre. Il était d'origine… Non, mais en plus, il avait une tête ronde, un peu comme lui. Chauve, voilà, barraque. Donc, ça suffit avec les tatouages. Et ça, c'était vachement bien pendant un an. Et qu'est-ce qui s'est passé en termes de santé ? C'est quoi ce truc procto ?
Une fissure anale, tout simplement. Rappelle-moi ce que c'est. C'est vraiment, comme son nom l'indique, rien de plus, si je puis dire, qu'une toute petite plaie, vraiment au niveau de l'anus. Dehors ou dedans ? Ça peut être les deux, mais moi, c'était dehors.
Mais ça peut être dedans. Comment c'est advenu pour toi ? Comment on se fait une fissure ? Je tiens à le dire ici, si des gens l'écoutent, à qui ça arrive, l'entendent, parce que je pense qu'il y a beaucoup de gens qui culpabilisent ou qui pensent que ça peut venir de la sexualité, mais pour en mettre beaucoup renseignés, a priori, les médecins s'accordent à dire que le lien est très faible, sauf s'il y a eu viol ou rapport…
très très violent, sans gel ou quoi, ça peut venir de la sodomie. Moi, ce n'est pas mon cas. Ça, c'est un ou une experte de santé qui te le dit. Comme on n'est pas médecin, il vaut mieux qu'on… C'est pour ça que je dis… Tu parles en ton nom, mais toi, tu as eu des rendez-vous avec un ou une procto ? Pas qu'un peu, oui. Moult ? Je peux te dire que j'ai été en grosse errance médicale pendant une dizaine d'années. Ah ouais ? Pourtant, ce n'est pas compliqué, mais je pense que… C'est-à-dire que tu es allé voir des proctos qui te disaient « je ne sais pas ce que vous avez ».
Alors, je tempère parce que je pense que j'ai mal fait les choses aussi moi, mais je dirais pas que plusieurs proctos m'ont pas dit, mais beaucoup de généralistes m'ont laissé en errance médicale. En te disant quoi, par exemple, comme diagnostic ? Alors, soit c'était des mauvais diagnostics, effectivement, d'hémorroïdes. On m'a parlé de plusieurs autres choses, mais sinon, même en me disant que c'était ça…
Il faut savoir qu'il y a trois manières, surtout deux manières de traiter les fissures. C'est avec des petits médicaments et des laxatifs, c'est-à-dire on laisse reposer les fesses à un moment et si elle est fraîche, elle peut partir spontanément. Si elle est trop ancrée…
c'est impossible, il faut faire une chirurgie là ça devient plus lourd et en fait moi à chaque fois que j'allais en voir, ils me donnaient ma petite crème comme ça, merci, au revoir, 50 euros fermez la porte, sauf qu'en fait non, ça ne fonctionne plus parce que ça fait des années, des années, des années, ça ne fonctionne plus il faut que je me fasse opérer alors que je comprenne, c'est que toi t'avais le courage d'y aller parce que je pense qu'il y a certaines personnes qui osent pas aller chez le médecin montrer leur cul, c'est ultra relou toi, t'as dépassé ça et t'es allé voir des professionnels
Les crèmes ne réparaient pas. Donc, en fait, c'est une plaie qui saigne ou pas ? La tienne. Légèrement. Mais justement, c'est important, c'est qu'elle saigne de moins en moins. Ce n'est pas bon signe, en fait. Ça veut dire qu'elle s'ancre avec le temps et moins elle saigne, moins elle sera facile à réparer. D'accord. Et toi, en fait, tu mets les crèmes, sauf que ça ne passe pas et tu as sans cesse mal ?
Alors justement, là est toute la complexité de ça, c'est que c'est pas sans cesse. Donc là, par contre, là, effectivement, pour en venir à cette relation, ça a été sans cesse pendant, je dirais, les cinq premières années où chaque rapport sexuel était très compliqué. Chaque fois que j'allais aux toilettes, c'était très compliqué.
Franchement, pour les gens qui ne connaissent pas, il faut imaginer des petites décharges électriques ou des mini coups de ciseaux. À cet endroit-là, c'est terrible, ça fait très mal. Il faut les soigner. Et alors, rapport sexuel, autant te dire que c'est l'enfer. Sauf que moi, jeune, gay, qui arrive et qui…
Je ne sais pas. Effectivement, qui se sent… Malgré un garçon très tendre, je me mettais beaucoup de pression. Je me sentais obligé de le faire. Je ne savais pas ce que j'étais parce que j'étais un peu en errance médicale. Je n'arrivais pas à le soigner. Je me disais que je vais le perdre si ça s'arrête comme ça. Et je ne sais pas lui dire.
J'étais con, mais je n'ai pas osé lui dire, il ne l'a jamais su. Lui, tout ce qu'il pensait, c'est que je n'avais plus envie de lui et du coup, que je ne venais plus vers lui. Donc, au bout d'un an, ce qui s'est passé, c'est que moi, je ne répondais plus du tout à ses sollicitations. Mais du coup, quand on faisait l'amour, des fois, le soir, par exemple, la nuit, il venait vers moi et je me laissais faire.
En silence, quoi. Mais par contre, moi, clairement, je n'allais plus vers lui. Et donc, ça a concrètement beaucoup, beaucoup participé à la dégradation de notre intimité et à terme de notre amour. Pourquoi pas devenir pénétrant, du coup ? Parce que dans cette relation-là, ce n'était pas un sujet, quoi. Ah oui, ton partenaire n'avait pas envie ?
Encore une fois, je pense que par amour, il fait partie de ces gens qui auraient pu, je pense. Mais moi, je n'en ai pas envie. Et puis pour te dire, je n'ai même plus envie de sexe à cette époque-là. Je n'ai plus envie de sexe, je n'ai plus envie de rien, je n'ai plus envie qu'on me touche. T'as mal ? Ouais, j'ai mal, j'ai mal, je ne sais pas ce que j'ai. Et t'es à Paris ? Ouais. Et c'est quoi ? C'est une rencontre avec un proctologue en particulier ?
Alors, oui, mais plus tard. C'est-à-dire que pendant ces cinq ans, j'ai des douleurs incommensurables, c'est très compliqué, ma sexualité est en berne. À un moment donné…
Je ne vais pas le raconter parce que je pense que ça ne servirait à personne, mais de manière un peu artisanale, j'ai réussi à faire en sorte que ça se stoppe un peu. Mais je pense que ce n'est pas une bonne manière de le faire. Preuve en est, c'est que c'est revenu… Entre-temps, j'ai quelques années de célibat, la grosse éclate, parce que justement, j'ai trois années de répit.
Parce qu'en fait, c'est une pathologie chronique. Donc ce qu'il faut comprendre, c'est que ça peut partir et revenir. Donc moi, je me dis super, c'est fini. Pendant ton célibat, c'est la teuf parce que tu ne te fais plus pénétrer ? Si, mais parce que je n'ai plus mal. Parce que ma fissure est réparée. Ok. Et du coup, en fait, tu parles en ton nom, c'est ton témoignage. Et du coup, raconte-toi. Tu n'es pas médecin. Et du coup, je crois que tout le monde est au courant que tu n'es pas médecin ni proctologue et qu'ils ne vont pas copier-coller ce que tu as fait. Ouais.
J'ai consommé des laxatifs à outrance, en fait. Qui modifient tes selles tellement que ça atténue ou ça modifie des trucs. Le problème, c'est que ça doit te défoncer l'intérieur, j'imagine. Complètement.
je l'ai fait vraiment et du coup aujourd'hui j'ai des gros problèmes de bidossiens qui sont pas forcément que liés à ça mais je trouve ça vachement important d'en parler parce que c'est le genre de problème à moins d'avoir des potes très proches avec qui t'es super à l'aise tu peux en parler à personne à moins d'avoir les bons experts autour de toi ça peut être aussi compliqué donc je trouve pas ça débile que toi tu racontes ton cheminement
En alertant les gens d'aller voir des professionnels compétents. Mais du coup, ouais, ouais, te censure pas. En tout cas, tu fais une popote qui a des impacts négatifs et positifs. Mais là, tu peux réavoir une sexualité pendant quelques années avant que ça revienne. C'est ça que j'entends.
Exactement. Donc là, au bout de trois ans, je me mets à nouveau en couple avec une autre personne. Ça va durer cinq ans. Et donc là, pareil, passionnel, c'est génial. Sauf que, pareil, une fois avec ce deuxième copain, au bout d'un an, ça revient. Et alors là, je m'effondre. Je me dis, bon, ben voilà, ça revient. Et là, je vois le schéma se refaire. En fait, comme avec le premier…
L'amour va se déliter, ça va s'effondrer, ma vie va s'effondrer parce que… Il faut savoir que j'ai vu des professionnels de santé qui m'ont dit « Non mais monsieur, attendez, genre en gros c'est bon, en gros vous n'êtes pas obligé, sans le dire comme ça, mais de manière un peu triviale, vous n'êtes pas obligé de vous faire enculer. » Moi j'ai entendu ce discours-là. Non mais c'est un garçon, pourquoi il se plaint ? C'est bon, il y a d'autres manières de faire. Mais en fait quand on ne se définit pas comme ça, quand pour soi la sexualité c'est ça et que c'est ce qu'on aime…
Et qu'en plus, on rencontre quelqu'un avec qui on a une sorte de dynamique. En fait, non. C'est ça que j'ai été très ému aussi plus tard, de rencontrer vraiment, notamment un proctologue qui, moi, je considère comme un mec qui m'a sauvé la vie. En tout cas, ma vie sexuelle. Parce qu'effectivement, au-delà de m'avoir opéré, de m'avoir soigné à vie, il a été d'une compréhension et d'une douceur sans borne.
Et c'est vrai qu'on entend tous les discours. C'est super important ce que tu dis. En fait, il faut qu'on aille voir des experts médicaux qui sont formés et LGBT friendly. Parce qu'en fait, tu tapes des gens qui sont de la merde. Parce qu'en effet, tu as bien le droit d'avoir du plaisir sexuel qui passe par l'anal. Ce n'est pas au médecin de te dire…
Exactement, tout à fait. Parce que je pense qu'il y a… Je pense qu'il y a une sensibilité… Moi, je connais notamment un garçon qui a eu des problèmes proctaux, mais en l'occurrence des hémorroïdes. Il faut savoir, et alors là, pareil, c'est très important de le savoir, c'est qu'il y a plusieurs manières de soigner des hémorroïdes, dont une manière qui ne se fait plus trop, mais qui se fait encore aujourd'hui en France, et qui, à terme, empêche tout rapport…
sexuels pénétrés. C'est-à-dire que si… C'est-à-dire qu'il y a encore aujourd'hui des médecins… C'est une opération chirurgicale, c'est ça ? Ouais. Qui fait que ça te resserre… Ouais. Et impossible. Impossible à terme d'avoir des rapports sexuels. Donc ça glace le sang. Et la fissure, je sais que c'est pareil.
Il y a une sorte de manière de le traiter qui peut empêcher ça. Et ça s'appelle une sténose. Et en fait, une sténose, c'est un rétrécissement de l'anus. Et alors moi, autant te dire que c'est beaucoup ça aussi, au-delà de l'errance. Une fois que j'ai eu un diagnostic qui m'a vraiment terrifié à l'idée de la soigner, de passer par la case d'opération. C'est costaud quand même l'opération. Et les suites sont très costaudes aussi.
C'était le fait de peut-être, parce qu'évidemment, les médecins, ils ne veulent pas non plus et ils ont raison. Ils disent, ah bah oui, il y a une possibilité, ce qui est vrai. Une possibilité de quoi ? Que tu sois désensibilisé ? C'est pire que ça ? Que l'anus soit tellement resserré qu'on ne puisse plus avoir de rapport anal ?
Mais sauf qu'il faut bien que t'aies des selles, il faut bien que t'ailles aux toilettes. Ça passe. Ça passe, mais pas une bite. Vraiment, ça s'appelle une sténose. Et moi, ça me terrifiait d'avoir ça. Bien sûr. Là, ma vie s'effondre, littéralement. Parce que là, je ne suis pas encore au stade de me dire « j'ai envie d'explorer d'autres territoires, j'ai envie de sortir de ça ». En plus, j'étais en couple, c'était comme ça.
Mais bon, je suis quand même passé par là, j'ai rencontré ce super médecin qui m'a dit non, non, cette technique, qui a su me dire cette technique-là ne provoquera pas ça, rassurez-vous, voilà, et puis je suis passé. Et ça t'a réparé ? Ah oui, et depuis, il y a un avant et un après, moi je l'ai fait à 32 ans, là, il y a quoi ?
Deux ans. Je l'ai fait il y a deux ans. Il y a un avant et un après. Vraiment, honnêtement, il faut aller voir des spécialistes et il faut le faire opérer. Moi, j'ai fait ce qui s'appelle une fissurectomie avec anoplastie, qui consiste à une incision de la fissure. C'est-à-dire que comme elle est tellement…
Elle a tellement duré dans le temps, il faut en fait la scalper littéralement pour faire une plaie fraîche, qu'elle puisse se refaire. Et derrière, en fait, ils ont pris de la peau à l'intérieur de mon rectum et ils font une greffe dessus sur la peau. Et puis il y en a qui peuvent avoir peur en plus que ça laisse des traces. Moi, il n'y a aucune trace visuelle. Il n'a jamais été mieux qu'aujourd'hui. Donc franchement, il ne faut pas avoir peur de ça. Tu te mates l'anus régulièrement.
Tu sais comment tu as attrapé une fissure anale ? Oui, pardon, parce que c'était une question que tu m'as posée au début. C'est constipation, beaucoup, très souvent. Qui blesse. Oui, et moi, je me souviens, je me souviens d'être chez moi aux toilettes, à essayer de forcer pendant des heures. Et en fait, c'est terrible. C'est pour ça que moi, à chaque fois que je le dis à mes potes…
Quand ils me disaient « putain, je suis constipé », je leur dis « putain, arrête, va pas aux toilettes, passe pas ta vie aux toilettes pendant des heures à pousser parce que ça peut… » Et c'est pour ça qu'il y a beaucoup de femmes enceintes qui ont ça. Parce qu'en fait, pendant l'accouchement, en accouchant, elles poussent et en fait, elles peuvent avoir ça. C'est des afflux sanguins, en fait, qui vont vers l'anus. Pourquoi, pendant toutes ces années, tu as…
Tous ces défis qui limitent ta sexualité, en tout cas de pénétrer. Pourquoi tu parles d'un rôle de passif dans lequel toi, tu t'es un peu enfermé ? Qu'est-ce qui t'a enfermé dans ce rôle ? Qu'est-ce qui t'a empêché, quand tu regardes ce cheminement-là, avant le déclic, qu'est-ce qui t'a empêché d'aller essayer d'autres choses ?
Alors, deux choses, je pense que c'est, je n'ai pas envie de dire empêché, parce que bon, c'est des belles relations que je chéris avec beaucoup de recul aujourd'hui, mais de longues relations, mais il y a déjà ça, qui font qu'en fait c'était, même si c'était des garçons très bienveillants, je pense que voilà, c'était pas leur truc de se faire prendre, donc bon, voilà, c'était aussi la dynamique de couple, des dynamiques de couple que j'ai connues, qui m'ont un peu empêché de sortir de ça.
Mais voulu. Et deuxième chose aussi, je pense, c'est une sorte de peur, une sorte de peur aussi d'aller explorer ça. Encore une fois, assimilé à une masculinité de laquelle je ne me sentais pas forcément légitime. Du coup, aller conquérir peut-être des garçons qui ne voudraient pas forcément de moi.
Et puis, est-ce que j'en ai vraiment envie ? Je ne sais pas. Qu'est-ce que je veux ? Qui je suis ? Enfin, voilà. Et après, du coup, là, maintenant, de manière très récente, où je suis guéri, finalement, c'est drôle parce qu'il y a quand même une sorte de comble. C'est que c'est maintenant que je suis complètement guéri, où je pourrais m'épanouir.
Et ils mettent des plots dans ton cul. Non, mais je rigole. Mais vraiment, gros, là, je suis guéri. Je peux vraiment m'amuser. Ou finalement, c'est un territoire qui m'intéresse moins. Mais je pense qu'encore une fois, c'est rien du hasard. C'est que je pense que j'avais besoin de passer par la guérison pour peut-être clore ce chapitre un peu full passif, enfermé dans ce rôle-là.
Et tu vas raconter la suite dans la prochaine partie, si tu veux bien. Avec plaisir. A tout de suite. Alors, pour les auditeurs, à dans quelques jours. Et toi, à tout de suite. A tout de suite.