Ce secret que j’ai gardé 10 ans jusqu’à ce déclic – Paul 1/3

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Partie 1 sur 3 – Paul raconte son coming out séropositif, ses troubles de l’érection, le viagra, sa croyance de ne pas pouvoir être aimé, son premier amoureux pervers qui lui ment et le ghoste et enfin son chemin de polyamour avec son mari.

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Paul, Guillaume, bienvenue chez moi, dans mon petit chez moi. Je suis super content de t'accueillir parce qu'on avait discuté il y a pas mal de mois. T'avais hésité, t'avais digéré et souvent ça fait des très beaux témoignages. Pas de pression. On va parler de trois sujets, on a identifié toi et moi trois sujets sur ton cheminement d'intime et de sexualité. Le premier c'est ta vie avec le VIH. Ouais. Comment pendant 10 ans tu l'as dit à personne et quel était le déclic pour décider de faire un coming out ? Tu m'as dit j'ai fait deux coming out, t'es gay et t'es séropositif. Et comment ce coming out a changé ta vie ? Le coming out séropo. Le deuxième sujet c'est sexuellement ton rapport à la performance, tes angoisses de performance ? qui m'ont beaucoup parlé ton chemin pour te débloquer qui passe notamment par le Viagra par de l'aide chimique j'ai trouvé ça vachement puissant et inspirant que t'oses en parler c'est un sujet qu'on a jamais abordé sur le podcast c'est que moi qui m'intéresse vraiment et enfin toi et ton amoureux vous êtes ensemble depuis 13 ans et récemment vous avez ouvert le couple parce que toi t'es polyamoureux lui pas ou pas forcément et du coup tu vas me raconter cette affaire parce que j'ai dit des grosses bêtises On a ouvert le couple il y a plus longtemps. Après, je ne suis pas hyper à l'aise avec cette notion d'ouverture. Je parle plutôt de non-exclusivité. Et donc, on a été non-exclusif sexuel depuis longtemps et plutôt ouvert à des relations extérieures depuis moins longtemps. Super. Tu vas me raconter tout ça et on s'est dit qu'on allait commencer par ton rapport au VIH. Qu'est-ce qui s'est passé ? Comment ça s'est passé autour de ton coming out ? Est-ce que tu es OK ? Oui, tout à fait. Et tu m'as notamment, j'ai trouvé ça assez intéressant, tu m'as dit qu'une question qui ne se pose pas, c'est comment tu as été contaminé. En tout cas, ce n'est pas la première question que tu poses à quelqu'un qui vient de faire son coming out. Ça t'arrive souvent que les gens te posent cette question-là dans un échange autour de la séropositivité ? Ça m'est arrivé quelques fois après, on va revenir sur mon histoire avec le VIH, mais moi j'ai fait un coming out généralisé et il y a beaucoup de gens dans mon entourage. Qui l'ont appris à peu près tous en même temps. C'était un coming out sur Facebook en mode ouvert au monde quoi. Et j'ai indiqué dans mon coming out comment réagir et comment ne pas réagir. Et donc ne pas réagir en demandant comment tu l'as attrapé. C'était une des clés que j'ai données. Donc, les gens visiblement dans mon entourage sont assez malins pour avoir saisi cette clé. Parce que quelque part, ce que tu m'expliquais, c'est que cette question est chargée d'une forme de culpabilisation, c'est ça ? Ouais, et en tout cas, déjà, ça implique pour beaucoup, et pour moi en premier, de me replonger dans une période qui n'est pas une jolie période, pour laquelle je n'ai pas de super bons souvenirs. Et du coup, je ne sais pas, ce n'est pas parce que je suis séropo que j'ai envie de parler de la période où j'ai appris que j'étais séropo. Oui. peut-être digéré peut-être pas totalement digéré mais en fait quand tu me demandes t'es pas censé savoir où j'en suis par rapport à ça et plutôt que de me demander comment j'ai attrapé tu peux me demander comment je vais c'est quand même une question vachement plus puissante et en l'occurrence je vais très bien avec mon VIH donc en plus ça permet d'avoir une belle réponse Est-ce qu'aujourd'hui tu comprends tu as pris soin de quoi en ne le disant à personne pendant 10 ans ? Alors moi je l'ai dit à personne pendant 10 ans parce que la première personne à qui j'ai fait mon coming out c'est Ropo donc je venais de l'apprendre et c'était mon ex avec qui j'avais une relation de 6 mois et on s'était séparés parce qu'on vivait pas dans le même pays c'était la fin de notre Erasmus donc à un moment il y a une séparation effective et on continuait de se parler beaucoup de se voir et tout et je lui ai annoncé ça et je pensais que c'était une personne enfin c'était une personne avec qui je me sentais totalement en confiance et je me disais que naturellement ça allait pas être facile pour lui mais que ça allait bien se passer en fait ça s'est super mal passé c'est à dire que j'ai été jugé j'ai été culpabilisé Et en gros, j'ai dû faire face aux angoisses de cette personne qui viennent de je ne sais où, de son histoire, de comment on parle du VIH dans la société, etc. Mais peu importe, moi, ce n'était pas la bonne réaction. Et je me suis dit, waouh, si c'est ça, faire son coming out VIH, si c'est ça, le dire au monde, moi, je préfère le gérer tout seul. Et je ne le dis pas. Et comme ça, j'évite de m'exposer… à toute cette négativité au rejet à l'exclusion et ça a été un peu radical parce que j'ai une fois que j'ai décidé ça ça a duré dix ans donc j'en ai parlé ni à ma famille j'en ai pas parlé à ma mère donc je suis assez proche j'en ai pas parlé à mon frère donc je suis assez proche J'en ai pas parlé à mes meilleurs amis. C'est-à-dire que personne ne savait. Il n'y a que Quentin que j'ai rencontré à l'époque, très très vite après ma contamination, qui aujourd'hui est mon mari, à qui j'en ai parlé, qui partageait ça et qui m'a aidé à surmonter. Qui m'a même largement aidé à surmonter ça. Mais à part lui, personne n'était dans la confidence. Donc si je comprends bien, t'as quel âge ? 22 ans. Au moment où… Tu es contaminé par le VIH, c'est ça ? Et donc, quelques années plus tard, tu es avec cet amoureux et tu lui dis, c'est ça ? Ou tu viens d'apprendre ton… Ah non, je viens d'apprendre. Tu viens tout de suite de l'apprendre. Je viens d'apprendre avec cet ex. D'accord. Je viens d'apprendre et je lui dis et ça se passe très mal. Tu veux… J'aimerais en fait que tu racontes, si tu es à l'aise, pour justement qu'on parle de cette culpabilisation. En fait, ça veut dire quoi, pas bien réagir ? C'est quoi les trucs à ne pas faire ? Qu'est-ce que lui a dit ? Il m'a dit « t'es quelqu'un de responsable, comment ça a pu t'arriver ? T'es quelqu'un de bien informé, tu sais qu'il faut se protéger dans un rapport. » Ce genre de trucs, après j'ai pas une mémoire très précise parce que ça s'est quand même passé il y a 14 ans, mais beaucoup de trucs autour de… bah t'aurais pu l'éviter en fait. Et tu viens de faire un choix, entre guillemets, qui va t'impacter pour le reste de ta vie, alors que bon, moi j'ai rien choisi et les conditions de la contamination, il les connaissait pas particulièrement dès qu'il a réagi et… Et voilà, ça m'a blessé. Tu parlais aussi de ce que tu as pris en pleine face, c'est ses propres angoisses par rapport au VIH. Qui sont à la source de toute la sérophobie contre laquelle on doit se battre au quotidien quand on est séropo. Et encore en 2023. Parce qu'il y a une charge… morale sur le VIH, qui est quand même énorme, liée au fait que les gens qui sont morts du sida, c'est les pédés dans les années 80, 90, qui baisaient la touva, etc. C'est beaucoup de représentations et une population déjà marginalisée, donc quand on la juge, on ne peut pas la comprendre particulièrement, qui était concernée, et on a aujourd'hui des stigmas qui datent de cette période-là. C'est mon analyse, en tout cas. Parce qu'on n'a pas ça sur d'autres affections de longue durée, qui ne sont pas transmises par voie sexuelle, notamment. On n'a pas du tout ce genre de réaction. Oui, complètement. Mais moi, j'ai été… Moi, j'ai été porteur de sérophobie, j'ai été sérophobe super longtemps. Moi, de ce que je comprends, c'est que j'ai grandi avec une détestation de mon homosexualité et une détestation de l'image de l'homosexuel que je percevais de la société qui était du coup… une sorte de marginale. J'avais zéro exemple dans mon entourage de personnes homosexuelles heureuses, joyeuses, avec une vie. Donc tout ça, c'est de la construction à partir de petits morceaux. Et dans les années… Fin des années 80, tu vois, j'avais Gérard, des filles d'à côté, stéréotype ultra efféminé, qui hurle et qui a la risée de tout le monde, tu vois, et puis qui n'a pas d'amour et qui n'a pas de vie, quoi, qui est là pour… Les gens rient à son insu, tu vois. Donc moi, j'avais vraiment la peur d'être… Et jusqu'en 1991, l'OMS l'indique comme maladie mentale. Et dans ce vocabulaire médicalisé, on ne parle que de VIH-Sida et on dit « sexualité homosexuelle, attention ». Avec toutes les images autour de ça. Après, je suis né en 86, mais je te parle encore, c'est très actif dans les années 90. Donc moi, j'ai dans mon cerveau une peur et une détestation de mon homosexualité. Et le VIH est… Être séropositif, c'est peut-être la preuve pour mon cerveau homophobe que c'est donc bien une maladie, tu vois, tout ça étant très diffus et je le livre comme ça. Et tout un temps… Je crois que j'en ai déjà parlé sur ce podcast, mais je trouve que c'est vachement important. La bêtise de la sérophobie, ou en tout cas son caractère pernicieux, où c'est un vrai poison, parce que moi j'ai travaillé pour Médecins Sans Frontières sur les questions VIH-SIDA. C'est quand même catastrophique. Après, on peut considérer que je suis un mauvais professionnel et que je suis juste débile, mais je fais partie des gens qui avaient le meilleur accès aux informations factuelles et aux recherches de l'expertise médicale. Et moi, Paul, pendant des années, je n'imprimais pas le indétectable égal non transmissible. Je ne l'imprimais pas. Tu vois ce que je veux dire ? Il y avait un tel rejet dans mon cerveau non dit. J'en parlais à personne, j'avais dans mon entourage pas de séropos, donc en fait c'était une détestation. Et je suis sûr que j'ai éliminé des gens sur Grindr à cause de ça, tu vois. Et si ça peut te rassurer, je sais pas si ça te rassurera, j'ai été sérophobe en étant séropo. Moi, j'ai été contaminé, j'avais 22 ans. Et pour moi, dans les premières années, c'était une erreur. C'était vraiment pas de chance parce que… Moi je devais pas l'attraper, j'étais pas destiné à ça, c'était pas moi. Et pour moi, séropo, c'était les mecs qui font des partools, c'était… Et avec tout le jugement que j'avais là-dessus, toute l'homophobie que j'avais aussi à cette époque. Et un autre point, c'est que moi je fais souvent le parallèle entre homosexualité et séropositivité. Notamment quand je dis je fais un coming out gay, je fais un coming out séropo. Et je pense qu'on a les mêmes schémas aussi de représentation. Tu vois, quand nous, on était jeunes, on a à peu près le même âge, toi et moi. Quand nous, on était jeunes, il n'y avait aucune représentation positive de l'homosexualité. Aujourd'hui, en 2023, est-ce que tu as de la représentation positive de gens qui sont séropos ? Non, tu connais un personnage dans un film qui est séropo et qui va bien, dans un film un peu grand public. Je ne pense pas que tu en connaisses, moi je n'en connais pas. Les représentations qui viennent, c'est dans Philadelphia, c'est qui ? Tom Hanks ? en gros on pense à Philadelphia j'espère que c'est Tom Hanks mais je suis même pas sûr et donc dans Philadelphia c'est le mec qui est en train de mourir il est séropo dès que tu dis un film sur le VIH les gens vont penser à Philadelphia et en fait t'as pas aujourd'hui de représentation dans tes séries t'as pas de gens séropo qui vont bien sauf erreur de ma part en tout cas y'en a pas beaucoup y'en a pas assez on est 25 000 en France ouais De personnes séropos ? De séropos. Ou d'hommes homosexuels ? Non, non, de séropos. 25 000 séropos en France. C'est énorme. Et du coup, ça devrait être représenté dans ce que tu vois, dans ce que tu lis, etc. Mais ça l'est pas. Oh là là, je t'ai dit n'importe quoi. On n'est pas 25 000 séropos. En France, on est 200 000. 10 fois plus. Ben voilà, les vertus de réécouter l'épisode. Ça va pas du tout pour un militant de la lutte contre le VIH. 25 000, c'est le nombre de séropositifs qui s'ignorent, c'est-à-dire qui ne connaissent pas leur statut sérologique. Et la représentation actuelle, elle reste quand même les fameuses années SIDA, avec tout le monde qui meurt. En fait, ce qui s'est passé, la clé, c'est les trithérapies, c'est-à-dire le monde activiste LGBT, tu me dis si je dis une énorme connerie, mais se bat pour que les labos et les gouvernements se rendent compte de l'épidémie. qui est aussi très camouflé par plein de honte dans les années 80 et par un… enfin il ne regarde pas quoi. Et il y a pas mal de documentaires qui le racontent assez bien que c'est cette bataille-là des militants, notamment avec les laboratoires pharmaceutiques, qui fait que les labos trouvent les trithérapies, qui est un traitement aujourd'hui qui permet à une personne séropositive, si elle prend son traitement et si elle y adhère bien, de vivre les mêmes espérances de vie qu'une autre personne séronégative. En fait, le combat des activistes, ça a été de dire, nous, on est concernés parce qu'on est malades et on est en train de mourir. Et en fait, il y a une indifférence généralisée parce que ça ne concerne que des marges de la société. Les marges de la société, c'est des PD. Et du coup, les labos qui sont aux mains d'hommes blancs, hétérosexuels, bourgeois, n'ont pas grand-chose à faire. Ils bossent sur les problèmes d'érection, mais ils ne bossent pas sur ça. Tu vois, c'est ça ? Là, je parle d'un domaine que je connais moins, mais en tout cas, oui. Et du coup, le but des assos activistes a été de dire qu'en fait, on est en train de crever et il faut absolument faire. Je ne pense pas qu'on ait le temps d'aller dans le détail de l'histoire de la lutte et que ce soit l'objet du podcast, mais… J'ai trouvé ça intéressant d'expliquer pourquoi aujourd'hui, il n'y a que des représentations de malades mourants. Il y a aussi un travail historique qui essaie d'être fait. Récemment, il y a un bouquin que je ne vais pas citer parce que j'ai oublié, puis en plus, je pense qu'il est excellent, sur les années sida. Et quelqu'un m'a dit « Ah, tu l'as lu ? » Et en fait, dans ma tête, j'ai dit « Non, mais en fait, c'est bon, quoi. » Alors, je ne suis pas en train de dire qu'il ne faut pas que je m'informe sur mon histoire LGBT. J'ai mille trucs à apprendre. Mais là, moi, des films, des documentaires et tout, je m'en suis tapé. Donnez-moi autre chose sur notre histoire LGBT. Mais je suis complètement d'accord avec toi qu'on a besoin… de ces changements culturels. En tout cas, j'ai besoin. Moi, ce qui m'a changé, c'est quand j'ai eu un partenaire séropo. Ça a tout changé pour moi parce que j'ai eu plusieurs histoires avec des hommes séropositifs. Ma première réaction, elle a été une réaction de rejet. Quand je couche avec un mec, il me dit qu'il est séropo et j'ai une réaction de rejet, genre merde. Sauf qu'on avait bien connecté et qu'on a pu en parler. C'est-à-dire que lui a accepté d'être violenté par moi, d'être agressé par moi. Après, je me suis juste muré dans le silence. Il s'est senti exclu. C'était très violent, mais c'était une violence assez sourde. Là, tu mets en valeur la charge mentale qui pèse sur moi. Je vais parler en mon nom, en tant que Seropo, et j'ai échangé de ça beaucoup avec d'autres. On sait qu'il n'y a pas de mauvaise intention chez le partenaire, mais cette charge mentale, ça va être de toujours être toi qui dois porter l'émotion négative de l'autre qui apprend que tu es Seropo. Et du coup, tu dois rassurer, tu dois… ça c'est quand ça se passe bien, c'est quand l'autre part pas mais sinon tu dois gérer ta solitude tout seul parce que l'autre est parti parce qu'il vient de se rendre compte qu'il était avec un séropo mais sinon c'est ça tu dois accompagner l'autre dans sa compréhension du truc tu dois lui expliquer que c'est pas parce que t'es séropo que tu l'as mis en risque vis-à-vis du VIH parce qu'aujourd'hui une personne séropo sous traitement transmet pas le VIH et c'est un message qui a beaucoup de mal à passer auprès du grand public et qui a encore beaucoup de mal à passer chez certains gays et c'est très compliqué et après même si le message est passé ça va être des représentations de ce qu'est un séropose ça va être quelqu'un qui forcément baisse beaucoup et complètement irresponsable et pas fiable bref tous les trucs un peu dégueulasses quoi Et moi, ces situations de devoir gérer la réaction négative de l'autre, je l'ai souvent eu en fait. Je l'ai souvent eu et ça m'a poussé à, quand j'utilisais encore les applis, je ne les utilise plus, ça m'a poussé à afficher directement sur mon profil, je suis séropo. Parce qu'en fait, j'en avais ras-le-bol de gérer le… à cette merde-là, cette sérophobie dont j'aurais probablement fait preuve si moi-même j'avais été séronégatif et si je n'avais pas fait mon chemin personnel. En tout cas, même quand on est complètement coincé comme moi et vraiment dans un rejet irrationnel, on peut s'en sortir parce qu'aujourd'hui, un de mes partenaires chéris est séropo et ça… En fait, je suis ultra en joie de voir à quel point ça n'a ça n'a pas d'importance autre que les autres choses de sa vie si c'est important pour lui je ne sais quelle raison c'est important pour moi et je pense que j'ai pas été aidé par les contenus culturels et par l'information que je peux aller choper et que ce qui m'a sauvé c'est les rencontres Et c'est notamment cette personne, Seropo, qui a accepté, avec qui j'avais un super lien. Et après, je me suis excusé, puis j'ai compris, j'ai cheminé et tout. Mais ça reste quand même, en effet, du coup, la besogne de la personne Seropo. Et moi, ce que j'ai envie de dire en plus, c'est que souvent, en tout cas, moi, en tant que Seropo, qui va bien aujourd'hui, et c'est plus du tout un sujet dans ma vie affective et sexuelle, le VIH, En fait, il y a une histoire après la contamination d'être confronté régulièrement à du rejet, à de la sarophobie, à l'exclusion, etc. Et il y a aussi, quand tu es diagnostiqué, tu penses que tu vas mourir parce que tu as toutes ces représentations du VIH. Tu surmontes ça et pour surmonter ça, tu mobilises des ressources internes qui te font devenir une meilleure personne. Et moi, aujourd'hui, je dis que le VIH, ça fait partie de mon identité parce qu'en fait, ça m'a exposé à tellement de situations inconfortables, de situations d'exclusion que j'ai moi-même aussi créé dans ma tête en faisant pas de coming out au séropo pendant dix ans, etc., Mais le fait d'avoir surmonté tout ça fait que je ne sais pas quelle personne je serais aujourd'hui s'il n'y avait pas eu ce petit pépin dans mon parcours de vie. Et honnêtement, jamais je ne reviendrai en arrière parce que je suis très fier de ce que j'ai fait pour arriver à surmonter ça. Et ça a aidé à constituer la personne que je suis aujourd'hui. Et en fait, plutôt que de dire « Ah, comment tu as été contaminé ! », Je sais pas, intéresse-toi au parcours de la personne, de comment elle a vécu, comment elle a surmonté ça, comment, tu vois, beaucoup plus puissant qu'aller savoir si tu l'as eu en te faisant enculer ou en enculant quelqu'un, tu vois ? Ouais, mais derrière ces questions malvenues, c'est un peu les personnes qui s'autorisent à demander à une personne trans ce qu'elle a entre les jambes. C'est un peu, c'est malsain, c'est malvenu, mais pour des raisons qui racontent plus la transphobie ou la sérophobie de la personne que vraiment l'intérêt profond de la question. Il y a aussi un autre, du coup… Et parmi mes partenaires, il y a des gens qui disent aussi que c'est un non-sujet. Pas contrairement à toi, mais en parallèle de toi, ils disent que ce n'est pas un sujet, je m'en tape. Et puis c'est un peu genre peut-être que moi, j'ai du psoriasis. Je ne te pose pas d'exception sur ton psoriasis. C'est là que je mets en valeur le côté plus identitaire et tout le parcours. Mais tu vas raconter, ouais. Mais j'avais envie de faire ce petit… Tu vas raconter. Pour que tu puisses raconter, j'ai envie de te demander, c'est quoi le déclic ? Pendant dix ans, tu te dis, je ferme. Tu as eu cette réaction de cet ex. Tu fermes. C'est quoi le déclic qui te décide à faire ce coming out ? Le déclic, je… Je vais voir mon médecin en 2018 ou 2019 parce que j'ai des problèmes d'érection avec des partenaires, des nouveaux partenaires parce que je suis en couple non exclusif. Et je dis, je ne comprends pas, j'ai des problèmes d'érection, qu'est-ce que je peux faire ? Et là, il me dit, il y a deux solutions. La première solution, c'est très rapide. Ça s'appelle le Viagra. Et la deuxième solution est beaucoup plus lente, mais probablement beaucoup plus bénéfique pour toi. C'est d'entamer une psychothérapie. Et sur ça, j'entame une psychothérapie. Et donc, en parlant avec mon psy, très rapidement, on en vient à la question du VIH. Et très rapidement, on en vient à… Je l'ai dit à personne, j'ai caché pendant dix ans. Et en démêlant un petit peu les… les sujets, les problèmes que ça peut poser, j'en viens très vite à la conclusion que c'est une partie de mon identité et je le cache à tout le monde, il y a un problème. C'est la même chose quand j'étais gay, je savais que j'étais attiré par les hommes et je le disais à personne. En fait, t'as un besoin de faire un coming out, on est à peu près tous passés par là ou en tout cas ceux qui ont eu la chance de pouvoir le faire dans de bonnes conditions. Ou pas d'ailleurs. Et VIH, c'était pareil. Il fallait, pour être moi, pour être ma personne entière, avoir une relation entière avec les autres, il fallait que je parle aussi de ce sujet. C'était pas possible de le cacher. Tu… Au quotidien ? En fait, je ne suis pas sûr de bien comprendre parce qu'en fait, il y a des gens qui peuvent dire non, pour être moi, je n'ai pas besoin que tu saches que je suis séropo ou pas. C'est vraiment un chemin intime. Toi, tu as senti dans ces dix ans que tu payais le prix ? de ce secret, c'est ça ? Est-ce que tu saurais m'amener sur en quoi concrètement ça t'a impacté ? Je peux refaire le parallèle avec l'homosexualité. Est-ce que tu demanderais à quelqu'un qui te dit qu'il a fait son coming out gay, pourquoi c'était vraiment nécessaire pour toi de le dire ? Est-ce que tu peux pas juste interagir dans la société tranquillement comme si c'était ta vie ? En fait, la société te renvoie toute son hétéronormativité et bah moi je peux aussi te dire que la société te renvoie que il faut être séronégatif pour être bien dans la société et en fait moi je suis séropo et il n'y a pas de soucis et je peux tout à fait interagir dans tous les champs de la société y compris dans la vie affective, y compris dans la vie sexuelle Et le fait de le garder pour moi, ça crée un déséquilibre pour moi entre qui je suis et qui j'affiche. Afficher une demi-partie de moi ne m'intéresse pas et m'entrave dans mon rapport aux autres. Oui, il y a un enjeu. Le secret peut devenir mensonge. En plus, tu es en permanence en train de te dire. Quand tu ne l'as dit à personne, c'est simple. Mais après, quand tu as commencé à le dire, est-ce que je l'ai dit à telle personne ? Je parlais de charge mentale tout à l'heure. En fait, ça représente tellement de choses négatives chez les gens, tellement de peur. que tu dois faire attention à tout le monde au moins avec un coming out tu vois tu l'as dit et les gens savent et t'as accompagné le truc tu les as un peu formés à être bien avec une personne c'est repos parce qu'on en est un peu là quand même et après tu peux être toi et c'est plus un sujet après mais ça reste un sujet tant qu'il est intériorisé ouais Et une fois que tu as fait ton coming out, qu'est-ce qui change ? Est-ce que toi tu parles de ta séropositivité assez régulièrement ? Oui, tout le temps. Je suis très engagé dans l'associatif et dans une asso de lutte contre le VIH, donc évidemment j'en parle souvent. Mais oui, après, je vais en parler quand le sujet se pose. Mais en termes politiques, c'est-à-dire la situation actuellement en France et autour de ton militantisme, ou bien même pour te raconter toi… Je peux raconter mais aujourd'hui je vis quand même très très bien avec, j'ai cette chance d'être très à l'aise avec le sujet et je ressens pas le besoin d'en parler. Par contre je serais tout à fait à l'aise d'en parler comme là maintenant quand on me questionne dessus et si on me demande je réponds, très volontiers même. J'ai entendu un argument d'une personne qui dit, ben voilà, à banaliser la vie avec le VIH. Du coup, les gens, ils… Ouais, bon, c'est un argument de con, mais tu veux bien qu'on… J'allais dire quelle connerie, mais j'ai même pas entendu la fin du propos. C'est bien qu'on le décrypte. En fait, j'entends des gens qui disent, et d'ailleurs, je t'invite à boire un peu d'eau parce que ta bouche est assez sèche, ce qui n'est pas un problème. Tu es une belle personne quand même. Mais du coup, ça s'entend, ça clique un peu. ouais du coup en fait j'entendais des gens qui disaient et même des homosexuels, des gays qui disaient bah ouais en fait faut pas non plus dire que la vie avec le VIH c'est pareil que la vie sans parce que du coup les gens après ils disent bah je m'en tape, je me protège pas je fais pas attention et du coup je l'aurai mais je m'en fous parce que c'est la même chose de l'avoir ou pas et du coup qui dénoncent Tu vois ? Toi, t'en penses quoi ? Mais je connais personne qui va du coup avoir envie de se choper une affection où t'as besoin de te traiter jusqu'à la fin de ta vie avec une pilule par jour. Une affection chronique, ouais. avec un comprimé par jour, avoir des pays dans le monde qui te sont interdits de voyage parce qu'il y a des pays qui interdisent leur accès à des séropositifs, à subir toute la sérophobie de la société, enfin… c'est pas parce que je dis que je vais bien que je vais donner l'envie aux gens de devenir séropositif. Pour moi, ça n'a aucun sens comme argument. Ça reste une infection chronique, ça reste compliqué. Avec le temps, il y a des comorbidités qui peuvent s'installer. Les séropos sont beaucoup plus en risque vis-à-vis de tout un tas de maladies, notamment cancer. J'avais fait un poste une année pendant le Movember là tu sais où tu te laisses pousser la moustache pour le cancer de la prostate et bah en fait nous c'est pas à 50 ans qu'on va chez le proctologue c'est dès que tu es diagnostiqué au VIH tu y vas tous les ans et t'as pas le choix parce que on sait que statistiquement il y a plus de chances que donc non c'est pas anodin mais en même temps ça m'empêche pas de bien vivre et j'ai envie de le revendiquer tu vois j'ai envie que la personne qui va être à ma place quand moi j'avais 22 ans que j'ai cru que j'allais mourir qu'elle pense pas à la même chose et qu'elle se dise bah ça va bien se passer même si je vais devoir prendre un traitement même si je vais devoir voir mon médecin tous les 6 mois etc ça va quand même bien se passer Justement, ton coming out, il s'est bien passé ? Quand tu l'as dit ? Il s'est super bien passé. J'ai fait mon coming out d'abord à mes amis et deux de mes meilleurs amis qui ont été hyper soutenants, hyper… Parce qu'eux-mêmes gays, eux-mêmes cérébraux ? Non, deux hétéros, un homme, une femme hétéro. Vous avez des amis hétéros ? Et ouais. Quelle coquette. Ça arrive, t'as vu. Et non, non, ça s'est super bien passé. Tu sais pourquoi ? Ils étaient informés particulièrement, donc ils t'aiment, donc ils ont envie d'être là pour toi. Il y a cette base. C'est des gens bien. Ouais, pourquoi ils sont pas… C'est des gens bien. J'ai essayé d'être un Jean Bien, tu vois. et moi j'étais sérophobe tu sais pourquoi eux ils ont pas eu le même problème que moi ? je sais pas peut-être je peux faire une conjecture parce que toi tu es homosexuel et eux ne le sont pas et du coup toi tu as fait le lien entre sexualité égale VIH égale mort et que peut-être qu'eux ne l'ont pas fait puisque leur sexualité les a pas conduit à intérioriser que faire du sexe égale mourir Et sinon, c'est des gens très bien aussi. Et du coup, ils ont été soutenants comme le sont des bons amis. Et des gens de la plus vieille génération qui, eux, ont vécu peut-être aussi les années sida différemment. Vous avez peur de ça ? Moi, j'aurais eu peur de ça. Non, écoute, après, j'ai fait à ma famille et ça s'est bien passé aussi. J'ai même fait mon coming out à ma grand-mère qui a été adorable Enfin, coming out, c'est repos. Adorable. Ah oui, moi, je connaissais quelqu'un. Et en fait, elle a vraiment très bien pris. Et j'ai fait un coming out généralisé sur Facebook, comme je disais tout à l'heure. Et là, j'ai eu une bombe de bienveillance. Mais de ouf. Et c'est là que je te disais que j'avais un peu orienté les réactions aussi. J'avais dit, il y a des choses qui ne se demandent pas. Il y a des réactions qui ne sont pas cool. Et parmi les réactions pas cool, dans les… dans les plus cool des pas cool il y a l'indifférence tu vois tu livres un truc où en fait tu parles de quelque chose qui t'a impacté qui t'a construit et tout et qu'on te dit juste oui bah on s'en fout il n'y a pas de sujet en 2020 bah en fait non moi je veux quand même que tu accuses réception acknowledge que tu accuses réception que je t'ai livré un truc hyper puissant pour moi donc euh au moins un peu de considération si t'es mon ami j'imagine que ça peut être une personne un peu inquiète de mal réagir et qui peut-être essaye de feindre l'indifférence en mode je veux pas l'inquiéter ça doit pas être évident non je suis exigeant t'as bien le droit mais du coup je pense aux gens qui écoutent je pense que Je pense que ce qu'on peut dire, c'est aussi OK de dire qu'on ne sait pas quoi dire, mais qu'on l'aime. Je pense que dire son amour ou son amitié en disant « je ne veux pas dire une connerie » parce que la personne en face de nous a ses émotions à naviguer aussi. Si tu me dis « je ne sais pas quoi dire, mais je t'aime », tu m'as quand même dit « je t'aime », donc c'est déjà assez puissant dans le propos. Je trouve que c'est un bon conseil. Mais en général, en cas de doute, dire l'amour, oui. Pour tout sujet. Et ce podcast va devenir un podcast de développement personnel. Je sais pas, au travail, si vraiment tu as un enjeu professionnel, si tu dis de ton amour, est-ce que ça aide aussi ? Pas sûr. Je sais pas, il faudrait essayer. On va passer à d'autres sujets. Et le dernier point que j'avais envie d'aborder avec toi, c'est que tu m'as dit qu'après ce coming out séropo, tu fais quand même face à de la sérophobie, notamment de la sérophobie ordinaire. Terme un petit peu que des gens peuvent ne pas comprendre. Tu m'as raconté, j'ai l'impression que tu me racontes l'anecdote où tu vas dans une nouvelle ville sur Grindr. Donc du coup, tu es la star. tu vois à quoi je fais référence ? ouais je vois bien juste le ordinaire c'est la piqûre de moustique ça a été pas mal utilisé pour le racisme ordinaire mais tu peux l'appliquer à toutes les phobies c'est un moustique qui te pique t'emmerde pas par contre si le moustique te pique 27 fois par jour pendant toute ta vie ça va commencer à te faire bien chier donc ça c'est l'ordinaire et c'est en gros t'es noir et on te touche les cheveux parce qu'ils sont crépus et que c'est cool à toucher tu vois et donc moi quand je parle de De sérophobie ordinaire, ça va être des actes où ça va pas être de la sérophobie crasse où on va me dire t'es un gros dégueulasse, t'as baisé avec la Terre entière. Ça va plutôt être des indifférences ou des non-réponses. Et donc, pour cette anecdote… Quand j'allais sur les applis encore, j'aimais bien aller seul dans une ville de petite ou moyenne taille et me connecter sur Grindr. Et je ne sais pas si tu en as déjà fait l'expérience, mais quand tu arrives dans une nouvelle ville et que tu te connectes sur Grindr, tu as à peu près la moitié de la ville qui est connectée, qui te saute dessus parce que tu es le… t'es un peu la nouveauté et bon bah voilà ça fait des rencontres faciles et donc j'ai pratiqué ça la dernière fois en allant dans une ville que je ne citerai pas de taille moyenne et j'avais déjà mis sur mon profil que j'étais séropo et là c'était un changement récent et là je me connecte et pendant 24h personne ne me parle et j'envoie des messages et personne ne me répond Alors que la fois d'avant où tu n'avais pas indiqué ces repos, tu avais plein de notifications. Peut-être que quelque chose d'autre a changé sur mon profil ou dans ma vie, mais j'ai quand même un faisceau assez solide d'indices pour penser que c'est parce que j'avais affiché ces repos sur l'application. J'avoue que c'est un peu… C'est facile pour moi de surmonter ça maintenant, mais en même temps, il y a un truc qui gratte, quoi. Ouais. D'autant plus que la sérophobie est encore ultra puissante lors de rencontres gays. Il y a un peu un truc d'abandon. Tu te sens pas soutenu par des gens qui, tu te dis, sont assez bien placés pour comprendre ce genre de rejet. Moi, c'est mon ressenti. Ouais. Et ça, je le ressens dans d'autres domaines aussi, où je pense que dans la communauté gay telle qu'on la connaît aujourd'hui, enfin, je ne sais pas s'il y a une communauté gay, mais en tout cas, chez les gays, chez certains gays qu'on fréquente, que je fréquente, je pense que… Moi, j'ai l'impression qu'on a réétabli certaines normes, alors même qu'en tant que communauté, on a essayé de s'extraire des normes où on nous disait, en fait, l'homosexualité, c'est mal, il faut être hétérosexuel, il faut faire une famille, etc. On s'est extrait de normes et on en a recréé d'autres. Et moi, je me définis plus gay, je me définis pédé. Et c'est un peu… C'est un peu en rejet de ça parce qu'en fait, en vrai, il n'y a pas une communauté gay. Il y a tout un tas de gens qui ont des rapports sexuels avec des hommes, avec des femmes, avec les deux, avec des cisgenres, avec des transgenres, etc. Et en m'appropriant le terme pédé plus que gay, je me réextrais d'une communauté qui… ou en tout cas d'un terme qui m'a aidé à m'identifier à une époque et qui aujourd'hui devient un carcan et du coup je rejette pas tout en bloc parce qu'en effet ça m'a aidé à m'affirmer en tant qu'homme qui aime les hommes et quand j'avais 20 ans c'était génial de pouvoir dire je suis gay, il y a d'autres gens gays et on va se serrer les coudes parce que on est pareil et qu'on se bat contre un ordre dominant et Et voilà, et au bout d'un moment, je me suis rendu compte qu'on recréait des ordres dominants. Et maintenant, je suis plus à m'extraire et à me dire PD. De plus en plus, je regarde les audiences du podcast et il y a une carte d'où les gens écoutent, tu vois. Et j'essaye, avant que la personne que je vais interviewer arrive, de prendre un peu genre une ville au hasard. et d'essayer de penser à cet auditeur auditrice et tout donc là je pense à quelqu'un qui habite au Saskatchewan ok ne rigole pas sur une région canadienne Non, ce qui me fait rire, c'est ton hésitation dans la prononciation. Oui, alors là, c'est possible que je me sois trompé et que ça soit même pas une région en plus. Bon, la prochaine fois, j'aurai le truc écrit, mais j'ai regardé, c'est impressionnant, parce que le Canada est super grand et tout, et ça m'importe vachement parce que j'ai eu des retours, et je suis grave d'accord, sur ce podcast, les gens disent « nous les gays » ou « la communauté gay », et pour moi, ce que tu dis, c'est vachement intéressant quand c'est ancré dans ton discours, donc Ton vécu d'autre homosexuel à Paris, et peut-être que tu sors, peut-être que t'es militant, etc. En tout cas, il y a cet entre-soi, mais qui t'est très singulier, qui t'est très particulier, puisque si j'habite… J'ai aussi au Chili, aux États-Unis. Je suis assez étonné parce qu'aux États-Unis… Bon, passons. Surtout si tu vis dans le monde rural et tout, il n'y a pas de communauté gay. Et pour autant, c'est tout à fait parlant ton témoignage, c'est que toi, en vivant… Donc toi, t'as grandi… T'es parisien ? Non, moi j'ai grandi à Blois. Et t'es parisien depuis combien de temps ? Depuis 13 ans. Et c'est ça, c'est que tu observes que dans le rapport d'entre-soi que toi tu vis, de différentes manières, genre que ça soit en soirée, peut-être tu sors, peut-être… J'ai changé de type de soirée que je fréquente. Il y a des établissements où je ne vais plus, des endroits que je ne fréquente plus parce que je ne me reconnais plus dans… Comme quoi, par exemple, est-ce que tu arrives à mettre des doigts sur ces nouvelles normes qui te blessent ou qui te désintéressent ? Je ne veux pas stigmatiser, je ne veux pas donner des noms d'établissements en particulier. Je veux des noms de normes. Et souvent dans ces groupes, je n'ai rien contre les personnes individuellement qui sont sûrement des belles personnes, mais le groupe crée des normes et je pense des normes autour de la masculinité. des normes autour du physique de statut sérologique ça peut être le cas aussi on parlait de sérophomie non mais racial aussi des fois t'as l'impression que t'es pas du tout dans la diversité qu'on a dans notre pays dans les soirées où tu vas il y a Parce que dans les soirées où tu vas à Paris, il n'y a que des blancs. Ouais. OK. Masculinité. Où je vais, où je ne vais plus, du coup. Où tu allais. Allais. Allais. Je sais pas pourquoi j'ai dit allais comme ça. Est-ce que tu te moques de mon accent de blois ? Non, pas du tout. J'ai dit les « et », je l'ai dit « et ». C'est vrai ? Ouais. Non, non, non. Si je me moque, je le fais frontalement. Je le fais pas de façon… Non, tu le fais inconsciemment. Ah oui. C'est pire. C'est possible, c'est pire. — Masculinité, c'est que tu sens que si je suis pute, dis-moi si c'est le cas, si je suis trop efféminé, je suis pas assez cool pour qu'on discute avec moi ou qu'on me drague, c'est ça ? Faut pas que je sois trop efféminé, quoi. — Par exemple. — C'est pas… Ouais, folophobie, du coup. Rejet de… So, moi, je te… Ouais. Folophobie, grossophobie aussi. Moi j'ai un rapport à mon corps assez compliqué et je vais pas être à l'aise dans des environnements où tout le monde est torse nu avec des body parfaits et donc je vais aller dans des soirées où… quand je vais en soirée parce que j'y vais pas souvent pour être honnête mais je vais aller plutôt dans des soirées inclusives où t'as tout type de personnes et j'ai de plus en plus de mal avec les soirées où il y a que des mecs en fait tu vois donc je vais plutôt aller dans les endroits queer avec des lesbiennes quelques hétéros mais pas trop des personnes trans où elles se sentent bienvenues et dans ce cheminement pour vivre ta PDI Pédérité ? Non, pédérité c'est la sororité des BD. Il y a un mouvement entre ton identité gay et ton identité BD que tu décris comme un mouvement à la fois politique mais aussi très concret dans ta vie. En gros, tu es en train de dire, moi j'ai envie de me sentir bien. Quand je sors ou quand je rencontre des gens, j'ai envie de me sentir bien, c'est tout. Est-ce que tu observes que ces nouveaux espaces que tu trouves ici à Paris sont moins sérophobes Je sais pas dire. Je sais pas dire parce que là je pense pas immédiatement à des espaces de consommation sexuelle et du coup le sujet de dire que je suis séropo… Vient pas. Vient pas et du coup… Ma préconception c'est que oui c'est moins sérophobe après j'en sais rien. J'ai une autre question pour toi. J'ai déjà été dans une situation où des mecs au corps sculpté se mettent à enlever leur t-shirt et à danser, et moi pas, parce que je me trouve pas assez beau. Et je me dis, en vrai, pourquoi tu trouves que c'est excluant, Guillaume ? Là, les gens, ils sont libres et j'ai envie qu'ils soient libres. Et personne m'exclue parce que je continue à garder mon t-shirt ? C'est là que je te dis que je n'ai rien contre les personnes individuellement et qu'il y a sûrement des très belles personnes aussi très belles intérieurement qui sont très sculptées extérieurement. Et donc, je ne veux pas leur jeter la pierre. Mais c'est le groupe quant à 90% des mecs qui sont des mecs qui vont à la salle de sport tous les jours, qui sont très musclés, machin, et que toi, tu es là-dedans. Ça te renvoie tes difficultés à toi, en fait, parce que le problème, il est souvent entre toi et toi. Ok. Et ça te renvoie à tes difficultés à toi. Et à un moment, tu as envie de t'extraire de trucs où ça va te rappeler à chaque fois que toi, tu n'es pas assez bien. C'est pas les gens qui te le disent. Du coup, ce n'est pas des nouvelles normes. C'est juste des gens. C'est juste des miroirs qui nous font voir, qui me font voir mes peurs à moi. Mais ce n'est pas forcément les nouvelles normes d'un milieu. Si ? Je ne sais pas. Je pense qu'il y a quand même une survalorisation de la masculinité dans la communauté gay. C'est-à-dire que c'est ça qu'on kiffe. C'est ça qu'on veut voir. Donc, si je ne vois pas ça… Je ne sais pas si c'est ça qu'on kiffe, mais en tout cas, on se convainc que c'est ça qu'on kiffe. Donc, si je ne correspond pas à ça, je diminue dans la chaîne alimentaire. Dans l'échelle de valeur. L'échelle de valeur. Ok. On va s'arrêter là sur ces très beaux sujets. Maintenant, on va parler de ton rapport à la performance. C'est vachement lié. C'est très lié. Mais tu sais, je découpe en plusieurs parties. C'est la fin de la partie 1. Est-ce que tu as envie, est-ce que là, tu penses à quelque chose sur tout ton coming out, ces repos et tout ce chemin-là, ces 10 ans passés à ne pas le partager et puis le partager, comment ça a changé ta vie ? Est-ce qu'il y a un truc que tu dis, tiens, on n'en a pas parlé avant qu'on passe à la suite ? Oui, parce qu'on en a parlé lors du pré-entretien et peut-être que tu ne m'as pas reposé la question parce que je t'ai dit qu'il ne fallait pas demander aux gens comment ils ont été contaminés. Mais en fait, moi, les conditions de ma contamination ont été des conditions très difficiles où j'ai été à 22 ans dans une relation très toxique. avec quelqu'un de très manipulateur. Et c'est avec cette personne aussi que j'ai appris à quel point le sexe pouvait être puissant et très satisfaisant. Et évidemment, je ne savais pas que j'étais dans les griffes d'un manipulateur, d'un pervers narcissique. Et pour faire très vite, cette personne est partie. Tu vas le raconter à la prochaine partie. Très bien. À tout de suite. À tout de suite.