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Nicolas, troisième et dernière partie de ton témoignage. Nous sommes à La Réunion, à l'ouest de l'île. Nous sommes un peu dans les hauts, non ? Est-ce qu'on est dans les hauts ? On est clairement dans les hauts. La Réunion, c'est des volcans. Les hauts, c'est en altitude, la montagne.
Les bas, c'est la mer. Le littoral. Le littoral. Moi, je trouve que c'est absolument délicieux. Gros bisous à Valentin et à Benjamin qui m'héberge. Hashtag bisous. Et moi, j'avais envie qu'on termine ton témoignage parce que tu es réunionnais, tu grandis et tu vis jusqu'à 18 ans à La Réunion. Comme énormément de réunionnais, tu pars en métropole. Oui.
J'ai appris hier en parlant à quelqu'un qu'en fait vous receviez des aides financières. Parce que moi je me disais ah ouais mais du coup c'est les réunionnais plus fortunés qui peuvent se le permettre. Mais il y a une vraie fuite des cerveaux quelque part. Parce que du coup cette personne me disait mais on a parfois l'impression que c'est même orchestré. Il y a plus d'argent qui est mis dans des aides pour que les réunionnais partent.
Lui disant, il est aide-soignant, il n'est pas sociologue et c'est que son opinion, mais je l'ai trouvé intéressante parce qu'elle est souvent répétée, qu'il y a beaucoup d'argent pour que des blancs métropolitains viennent prendre les taffes fortunées, les taffes hautes. En gros, il m'a dit, moi l'hôpital, les cadres, ceux qui sont en poste, c'est des blancs métropolitains et les réunionnais, ils sont à la métropole ou ailleurs ?
Il disait que notamment, lui, on lui a proposé plus de sous s'il allait au Québec. J'ai trouvé que c'était très intéressant. Mais du coup, parce que moi, dans ma recherche de témoignages, j'avais vraiment envie de faire entendre une diversité. Et je me disais, zut, si j'ai que des réunionnais qui ont assez d'argent pour partir en métropole, c'est que je suis en train de choper des gens riches. Toi, tu te dirais de quel niveau social ? Pas riche du tout et plutôt peu aisé. C'est-à-dire que ma mère ne travaillait pas. Mon père était ouvrier.
Et tu l'as bien expliqué, je faisais partie de ces gens qui ont pu partir grâce aux aides de l'État. C'est-à-dire que ce n'est pas mes parents qui ont payé mon billet d'avion, c'est… Allez, en tout cas ! C'est le département, la région, la région, enfin je ne sais plus, mais en tout cas c'est l'État qui a payé mon billet. J'étais boursier tout au long de mes études et je faisais partie de ces gens…
de ces familles modestes, de ces gens issus des familles modestes qui sont allés étudier en Hexagone, et j'ai choisi une filière qui n'existait pas ici, parce qu'à 18 ans, de toute façon j'avais dit à mes parents, moi à 18 ans, je pars. Je pars en Hexagone, en métropole, dites comme vous le voulez, mais je reste pas à La Réunion.
Pourquoi ? Parce que j'avais envie de vivre mon homosexualité. Parce que j'avais envie d'être moi et de sortir de la tête de l'eau. Donc, j'ai expressément choisi des études qui n'existaient pas ici. J'ai eu l'opportunité parce que j'ai hésité avec le fait de faire des études dans la cuisine et dans l'hôtellerie. Donc, j'étais accepté en hôtellerie ici. Et même, ils ont adoré mon dossier. Je me souviens, ils m'ont appelé trois fois. Ils voulaient que je vienne. Sauf que c'était ici. Et moi, c'était hors de question.
En lien avec ton homosexualité ? Ouais, c'est parce que je ne voulais pas rester à La Réunion. Je ne voulais pas rester là où il y a mes parents. Parce que j'allais rester dans le placard. Il n'y avait pas d'homosexuels où j'étais. Et j'étais déjà en contact avec des homosexuels en métropole. Ah ouais. Mais justement, c'est ça qui me pose question. C'est qu'à 26 ans, qu'est-ce qui te fait décider de revenir dans cet espace où tu sais que ça va être dur ? C'est qu'il s'est passé des choses. Entre 18 et 26 ans, il s'est passé beaucoup de choses. Il y a eu… Alors que je ne pensais jamais le faire…
la rencontre avec mon copain de l'époque qui est devenu mon mari où on s'est très vite ça allait assez vite parce que on s'est rencontré en début d'année en fin d'année on emménageait ensemble et pour moi c'était hors de question de mentir à mes parents à 18 ans il y a eu ce déclic je suis à Montpellier depuis un an et demi pour rappel et j'étais devenu moi et c'est vrai que déjà je commençais à en avoir marre de jouer un rôle et même mes colocs c'était compliqué pour eux parce qu'ils connaissent mes parents de dire ah bah là il est sorti il est avec un ami et là j'allais emménager
avec mon copain de l'époque, je me suis dit là, je ne peux pas leur mentir. Je ne voulais pas être celui qui leur dit je vous présente mon colloque et puis j'allais entrer dans un cercle infernal de mensonges qui me paraissait insupportable. Donc, le déclic a commencé à se faire en fait à…
à 20 ans quand j'ai rencontré Raphaël et que je me suis dit ok il faut que je leur dise et en fait ça a été un vrai choix de dire je fais mon coming out et je prends le risque de perdre une partie de ma famille
Au moment où tu fais ton coming out, tu te dis, ça va être compliqué, ça va être un tournant dans l'histoire familiale, ça va être une déflagration, on peut le dire, parce que mon père, je l'ai dit dans l'épisode précédent ou dans le premier…
est très homophobe. Mon père est très homophobe donc je sais que ça va être compliqué. Ça va être une pilule difficile à avaler ou qui n'arrivera pas à avaler. Je ne sais pas comment il va le prendre. Je suis un poil rassuré parce que j'ai ma mère avec qui je suis très proche et je pense en tout cas à l'époque qu'elle m'aimera toujours inconditionnellement. Mon père, on est un peu moins proche mais il aime ses enfants. Mon père est issu d'une génération de papas et notamment à La Réunion qui sont un peu handicapés des sentiments et qui ont du mal à dire leur amour.
à dire je t'aime encore aujourd'hui il fait des efforts là dessus mais il fait partie de la communauté internationale des pères qui ont des émotions on est d'accord et du coup je t'aime de mon papa c'est compliqué pour lui de le dire à son fils un câlin encore plus mon père a une histoire compliquée
Mais je sais qu'il m'aime. Dans le fond, il le montre à sa façon. Il est très maladroit et je sais qu'il m'aime. Mais je sais aussi qu'à côté de cet amour de mon père, il y a cette homophobie et ce rejet des homosexuels. Donc, je fais mon coming out à 20 ans. Et du coup, tu fais ton coming out à 20 ans en disant, à ce moment-là, tu ne te dis
dit le mensonge c'est pas possible c'est ça et possiblement une fois le coming out fait je ne pourrai plus rentrer ouais et je suis en sécurité parce que je suis loin loin je suis à 9000 kilomètres j'ai mon copain j'ai ma belle famille si je dois tirer un trait sur ma famille de la réunion ça va être un déchirement c'est terrible ça va être un déchirement je sais que garderai un lien avec ma mère j'avais fait tous les scénarios dans ma tête
C'est ouf, c'est tellement violent. J'avais fait tous les scénarios dans ma tête. Je me dis peut-être que mon père me tournera le dos, mais je pense que ma mère me parlera toujours. Ça sera peut-être compliqué d'aller chez mes parents, mais peut-être que je pourrais aller chez mes grands-parents. Je m'étais fait un film et puis tant pis parce que je ne suis pas seul ici. Et donc, je suis parti en me disant ça, ça passe ou ça casse. Mais si ça casse, tant pis, on reconstruira. Je suis parti parce que tu as fait ton coming out en personne ? Oui, j'ai fait mon coming out pendant mes vacances à La Réunion.
On est en 2008 et je viens pour mes vacances en juillet-août. Et en fait, je me dis, avant que je reparte fin août, il faut que ma mère… Enfin, il faut que mes parents… En fait, il faut que j'ai fait mon coming out à mes parents. Et donc j'arrive, je pose le pied en juillet, je suis tendu. Ma mère ne m'a jamais vu comme ça. Ma mère, la semaine où je suis arrivé, elle m'a dit, mais qu'est-ce qui ne va pas ? Je sens qu'il y a un truc qui ne va pas. Je sens qu'il y a un truc qui ne va pas.
Et j'ai laissé traîner, j'ai laissé traîner. J'avais une amie qui était en vacances à La Réunion en ce même moment. Et elle savait, donc j'arrivais à lui en parler un peu. Moi, j'ai échangé sur l'ordinateur familial avec mon copain. Mon frère, les relations se tendent tout à coup avec mon petit frère. Et ça, son importance, en fait. Je l'apprendrai par la suite pourquoi. Où il me dit, tout à coup, mon frère devient très homophobe.
Mon frère me dit des propos horribles, il me fait la tête, il tient des propos homophobes, je comprends pas. Et mon petit frère, il était adolescent à l'époque. Et moi, je vis deux mois d'enfer, en fait, où cette pression, il faut que je fasse l'annonce, il faut que je fasse mon coming out.
Et donc je me jette à l'eau, et je le dis à ma mère, un après-midi, je me souviens j'étais dans ma chambre, elle était en train de plier du linge, et je lui dis voilà maman, j'ai un truc à te dire, j'ai un copain. Et elle comprend pas, mais j'ai un copain, c'est-à-dire ?
Tu échanges en quelle langue avec ta mère ? En créole. Et du coup, comment on dit copain en créole ? En créole, copain, c'est copain. Moi, on a un copain. Je dis, moi, on a un copain, j'ai un copain. Et du coup, le sous-entendu, quand on dit copain en créole, ça veut dire ami, parce que moi, mon copain. Ok, ça veut dire ami et petit ami. C'est ça. C'est comme en français, quand je dis j'ai un copain, mon copain, ça peut être mon ami. Il y a le même double sens. Voilà, mon ami ou mon petit copain. Ouais.
donc elle me dit comment ça un copain et je lui dis bah comme une copine mais un copain et elle comprend et elle se met à pleurer mais fort ma mère se met à pleurer et tout de suite elle est inquiète par rapport à la réaction en fait elle pleure c'est pas qu'elle me rejette c'est pas que ça la rend triste que je sois gay c'est qu'elle anticipe la réaction de mon père comment tu le sais ça ? elle me le dit elle me dit mais ton père qu'est-ce qu'il va dire ton père il va jamais accepter mais c'est terrible
ton père il va se mettre en colère et elle pleure, elle a peur de la réaction de mon père alors moi sur le coup je la rassure comme je peux c'est moi qui rassure ma mère mais non t'inquiète papa il m'aime ça sera compliqué mais il va l'accepter j'y crois pas du tout à ce moment là quand je lui dis mais j'essaie de la rassurer elle me pose quand même quelques questions à ce calme on a une discussion sur qui est mon copain comment il s'appelle, je lui montre une photo elle dit quoi ? il est beau
Elle dit ça ? Elle le trouve beau. Elle me dit que je me suis pas fait chier quand même, je me suis trouvé un beau oreille. Qu'est-ce que ton copain il s'appelle ? Il vient de la région de Montpellier donc il est beau mais elle reste inquiète dans le fond et elle me dit c'est pour ça, elle me dit j'ai senti que t'étais pas bien, je voyais qu'il y avait quelque chose et moi je lui dis au fond de moi je lui dis tu t'en doutais pas du tout.
Mais non, mais pour moi, il y avait tellement des signes. Alors, j'ai tous ces clichés en tête. J'étais fan de Sailor Moon. Moi, je voulais pas faire de football, je voulais faire de la danse. D'ailleurs, mon père… Ma mère a un peu poussé pour que j'en fasse. Puis mon père, quand il a vu, j'étais seul garçon sur le podium et que les gens se moquaient un peu de moi. Mon père, de suite, il m'a retiré du club de danse. C'était hors de question que je fasse de la danse. Pour moi, il y avait des signes. Mais ma mère me disait non. Et je pense, au fond d'elle, elle savait
mais elle voulait pas l'accepter après t'as dit on a vécu sans aucune référence ta mère non plus n'avait pas de référence c'est vrai mais moi je vois ça avec le prisme j'étais au courant je savais j'étais entouré quand même beaucoup de filles et elle elle se disait on a parlé avec elle il a du succès
Mon fils a du succès. Il y a plein de filles qui lui tournent autour. Non, non, ton fils est gay, maman. C'est ses copines. Et du coup, je fais mon coming out à ma mère qui me dit, écoute, j'allais bientôt partir. J'allais prendre l'avion au retour. C'est pour ça que je me suis jeté à l'eau. Je prends l'avion, en fait, fin août. Et elle me dit, laisse-moi lui dire. C'est moi qui lui…
Je fais le coming out à ta place. J'étais pas à l'aise avec ça parce que je savais pas quel mot elle utilisait. Et pour moi, c'était important de lui lisser mes mots. Mais je comprends parce qu'elle avait peur d'une réaction violente. Physique. Physique. Mon père est quelqu'un… Alors, il nous a jamais frappés.
Mais même enfant, mon père ne m'a jamais mis une fessée. Mais mon père est quand même quelqu'un de colérique et d'autoritaire. C'est-à-dire qu'il me regardait, il n'y avait pas besoin qu'il me mette une gifle, il me regardait, je pleurais. Mais il est très colérique. Et donc elle avait peur de ses colères. Même si même elle, mon père n'a jamais été violent. Peut-être un peu violent par ses paroles. Ça, il n'est pas parfait, mon père n'est pas parfait. Mais il n'a jamais été en tout cas violent physiquement.
Et elle avait peur de ça, donc elle m'a dit « pars », et je lui dis. Et le compromis que j'ai trouvé, parce qu'à mon sens c'était important que je lui dise, c'est que je lui ai écrit une lettre. Que j'aurais aimé retrouver, on en a discuté, que j'ai pas pu retrouver, que je sais que ma mère a gardé mais elle a pas mis la main dessus, ou je pense, si c'est possible, c'est qu'elle a peur de remuer un peu ses vieux trucs aussi, elle sait que sa lettre est là, mais elle a pas envie de la retrouver, je pense.
Mais en tout cas, j'ai écrit une lettre à mon père et je suis parti. Je suis parti un lundi. Mon anniversaire, c'était le mardi. Je suis parti un lundi et j'arrive en métropole et je souffle. Ça y est, mon copain s'est fait, mon père pas encore, mais ça va arriver.
et bon en fait le mardi arrive il faut savoir que le lendemain c'était mon anniversaire donc mes parents m'appellent donc moi je vois le téléphone de ma mère je réponds joyeux anniversaire normal blablabla je te passe ton père et mon père il me dit joyeux anniversaire normal la conversation commence normalement et il me dit j'ai lu ta lettre et là un blanc pourtant je suis quelqu'un de plutôt bavard mais là un blanc
Et du coup, il me dit « Bah du coup, t'es mon fils et tu resteras mon fils et je t'aimerai toujours. Je te rejette pas. »
Et je t'aimerai toujours. Donc, ça a été un moment où j'étais rassuré. Mais j'ai su après, et avec le recul, que ça a été une période compliquée pour mon père. Et je trouve ça d'autant… Enfin, il a encore des soucis avec ça. C'est pas des soucis, mais il est encore maladroit avec ça. Aujourd'hui. Il n'est pas à l'aise avec ça encore aujourd'hui.
mais mon père, à partir du moment où il a su que son fils était gay, il s'est dit je veux être un allié et je l'aimerais quoi qu'il en coûte et il a changé vraiment son fusil d'épaule ce jour-là, ça lui en a coûté il était mal, je sais quand même il a perdu du poids à cette époque, ça a été une mini-dépression je pense, qu'il a faite mais
Il a changé le fusil d'épaule, c'est-à-dire qu'avant, c'était sur l'épaule, je tire sur les PD. Et maintenant, il tire sur qui ? Maintenant, il tire sur ceux qui attaquent les PD. Ok. À sa façon. De temps en temps, on se prend quelques balles perdues quand même, il faut l'avouer. Oui. Il essaye. Il est imprécis. Il est imprécis, mais il m'a toujours défendu parce que…
autant dans ma famille parce que du coup à partir du moment où mes parents étaient au courant j'ai arrêté de me cacher totalement c'est à dire que déjà en métropole quand je travaillais avec mes amis tout le monde le savait à Montpellier tout le monde le savait mais sur les réseaux je l'affichais pas parce que mes parents n'étaient pas au courant
À partir de là, j'ai commencé un peu plus à montrer, à mettre en avant mon copain, à le dire, à puis le dire à mes tantes. Mes grands-parents, c'était un sujet parce que je suis très proche, j'étais très proche de mes grands-parents, très très proche, qui sont très pieux, très croyants.
Et j'avais peur de leur réaction. Et en fait, un jour, ma mère leur a dit, puisqu'elle en avait marre de mentir, qu'elle en avait marre que dès que j'appelle mes parents, « Bah alors, t'as une copine ? Quand est-ce que tu vas ramener une copine ? » Ma mère, un jour, a craqué. Elle a dit, « Écoute, maman, il n'y aura pas de copine. Il n'y en aura jamais. » Et ma grand-mère a dit, « C'est pas le premier, ce ne sera pas le dernier. C'est mon petit-fils et je l'aime. Il n'y a pas de souci. » Donc en fait, vraiment, j'ai fait mon coming-out. J'ai arraché le pansement.
Et ça s'est bien passé. Juste, ta grand-mère très pieuse qui vit du coup dans votre village familial dans les Hauts, dans le sud de l'île, ce qu'elle entend de l'homosexualité, parce qu'elle est très pieuse, donc c'est pas à l'église qu'on entend des trucs. Non, à la télé en fait. Elle était fan des Feux de l'amour, elle était fan…
Plus belle la vie ? Plus belle la vie, moins j'aurais aimé, parce qu'il y a des belles représentations de l'homosexualité dans Plus belle la vie. Mais globalement, à la télé, à l'époque, il n'y en avait pas tant que ça, mais il y en avait quelques-unes représentations. Mais en fait, je pense que ma grand-mère et mes parents, ma famille, même s'ils n'avaient pas une bonne image de l'homosexualité, et c'est ça que je trouve beau, c'est qu'ils ne savaient pas trop se faire… C'était de l'ignorance. Déjà, l'homophobie, j'aimerais revenir là-dessus.
Et assez souvent, c'est pas une excuse, mais c'est une explication, c'est souvent de l'ignorance. C'est souvent une image que se font les gens. Mon père, c'était beaucoup d'ignorance et des préjugés. Et mes grands-parents en font partie. Donc les images qu'il pouvait avoir, c'est quelque peu à la télé. On n'en voyait pas autant.
Même si on est en 2008, mais 2008, c'est il y a quelques années, on n'en voyait pas autant qu'aujourd'hui à la télé. Les représentations n'étaient pas toujours positives, mais elle en avait quelques-unes quand même. Moi, je fais une petite parenthèse. Je trouve que, par exemple, si t'es plus belle la vie ou d'autres sopes, comme on dit, genre séries télé…
qui vont rentrer dans plein de foyers et qui parfois, en fait, ça crée des attachements avec des personnages fictifs qui sont gays et quand ces personnages fictifs sont bien écrits, c'est pas toujours le cas, et qui sont de moins en moins caricaturaux, ça donne des représentations pour que nos grands-mères qui peuvent n'avoir
aucun pote ou entourage LGBT puisse se projeter dans quelque chose d'autre que je sais pas ce qu'une personne sida je pense qu'une grand-mère a lu elle sait ce que c'est le sida et égale gay enfin tu vois oui clairement et tu as dépassé des préjugés les premiers c'est vrai tu dis ça enfin évidemment les premiers personnages homosexuels qu'on a vu dans les sopes dans les feuilletons souvent ils avaient le sida enfin
à la réunion vous avez des feuilletons où il y a eu des personnages LGBT les feuilletons c'est à peu près les mêmes que ce que vous avez déjà les chaînes ça n'a pas toujours été le cas donc je me projette dans le temps mais on a les mêmes feuilletons que vous et on a des feuilletons locaux aussi si je ne dis pas de bêtises je regarde très peu la télé mais en tout cas à l'époque tu n'as jamais entendu parler de personnages LGBT dans un feuilleton réunionnais
non peut-être que je me trompe mais non tu disais mon père a plein de représentations de préjugés c'est parce que vous avez pu continuer à en parler ensemble ? non en vrai c'est quelque chose quand même quand tu dis qu'il est maladroit c'est typiquement c'est ça c'est que tu sens qu'il est mal à l'aise autour de tout ça il essaie avec le temps heureusement il est de plus en plus mais il a lu ma lettre il m'a dit ok
je te rejetterai jamais même si ça fait mal j'ai du mal mais tu es mon fils et au fil des ans enfin moi j'ai fait le truc j'aurais laissé deux ans et au bout de deux ans j'ai débarqué avec mon copain et c'est ça toi t'avais tous les feux ouverts pour dire ça va pas être un enfer mais tu reviens en te disant ça va être dur ou tu disais ah mais non en fait c'est cool je me suis pas dit que ça allait être dur ok
Je me suis dit, j'ai des alliés sur place. Je sais qu'il y a une de mes tantes qui a pu avoir des propos homophobes. Mon père l'a recadré, donc je savais que j'avais des alliés. Donc ton père est passé de sale pédé à recadrer ta tante. Ah oui, on a l'évêque de l'Ariane de l'époque, celui qui est en place, qui avait des propos vraiment terribles et qui organisait lors de la manif pour tous, il affrétait des bus dans les églises.
pour aller militer contre le mariage pour tous mon père qui le voyait à télé ça l'a insupporté mais regarde-moi-le lui celui-là homophobe qu'il a insulté parce qu'il était homophobe et du coup c'est pour ça que je dis que mon père a changé un peu de fusil d'épaule ouais
Alors, il est toujours pas à l'aise quand il voit des hommes s'embrasser. Il a toujours très peur. Et le problème est là, à mon sens. Il a peur du candidaton. Il a peur du regard des gens. Il a peur du jugement. Et il a encore, et c'est ça qui est triste, un peu honte. Et c'est ça qui me fait un peu mal encore. Et je vais venir à mon retour à La Réunion.
C'est-à-dire que moi, quand je reviens à 26 ans, je me dis écoute, ça fait un moment que je suis avec mon copain, ça faisait 10 ans, toute ma famille le connaît, toute ma famille l'a adopté. À 26 ans ? Ça fait pas 10 ans ?
Ils l'ont adopté. Il est venu en vacances. Ça fait des années qu'il veut venir à La Réunion. Je suis plutôt confiant au moment où je prends la décision. Je prends la décision de revenir et j'annonce à mes parents qu'on revient vivre à La Réunion. Et moi, je m'attends à une explosion de joie. Je m'attends le retour du fils prodigue. Vraiment. Et douche froide, ça n'a pas été vraiment le cas. Euh…
Un peu froid. Ah, ok. Mais vous êtes sûr ? Mais tu vas venir avec ton homosexualité, en fait. C'est ça. C'est-à-dire que c'est beaucoup plus simple d'assumer un fils qui a 9000 kilomètres que de le mettre sous le nez des gens qui viennent vivre au village et qui sera là tous les jours, qui va se balader dans la rue pour aller acheter son pain, pour aller travailler…
avec son copain qui vit sous le même toit ça s'est jamais vu dans le village déjà le fait qu'il assume tout le monde sait que je suis en couple avec un mec et je viens c'était plutôt une première bon il y en a eu un mais lui il vit en métropole et il vient de temps en temps mais là moi que je vienne revivre ici assumer créer un foyer dans le village avec mon mari c'était une première et mes parents ils me l'ont jamais dit frontalement comme ça mais je l'ai très bien senti
Au début, ça a été secouvert. « Ouais, mais vous travaillez là-bas. Est-ce que vous allez trouver du travail ici ? » Puis moi, je la rassure. Je dis « Bah écoute, peut-être, j'en sais rien. » Puis au début, j'aurais les assédics, mais c'est pas grave. Et puis, finalement, on m'a fait « Oui, mais puis les gens ? » « Tu sais, qu'est-ce que les gens vont dire ? T'as pas peur ? » Il te l'a dit ? Il me l'a dit. Ah ouais, ok, d'accord. Ah ouais, ouais. Il me l'a dit. C'est pas « je pense », c'est « il me l'a dit ». Qu'est-ce que vont dire les gens ? Il avait peur aussi que je me fasse un peu insulter dans la rue. Il y a aussi ce côté protecteur. Il y a le côté « j'ai honte que vont
Il y a le côté protecteur, il avait peur de l'homophobie à La Réunion. C'est mon père, donc je préfère prendre ce côté-là, mais il y avait le côté « j'ai honte ». Et encore aujourd'hui, quand des gens viennent…
Ses amis qui sont à la maison et que je débarque avec mon mari. Avant, il disait que c'était mon ami, mon copain. Et ça passait, c'était pas clair, etc. Maintenant, c'est mon mari. Et j'ai bien dit, arrête de dire c'est mon ami parce que je lui fais des choses que je fais pas à mes amis.
Et du coup, ce n'est pas mon ami, c'est mon mari. Donc, il l'a entendu, mais il a encore mal à droit. Une amie vient et lui dit, c'est son mari. Et voilà, il est gay. Oui, papa, elle avait compris que j'étais gay. Donc, tu en fais un sujet où il n'y en a pas. La personne devient mal à l'aise parce qu'elle sent ton malaise. Donc, il a encore un malaise par rapport à ça. Mais…
Après, il s'entend bien avec mon mari. Tu vis dans un village familial. On est très proches les uns des autres. Dans la maison d'à côté de tes parents ? Oui, c'est ça. On vit dans la maison d'à côté et on se voit tous les jours. On se voit tous les jours ? Tous les jours, quasiment. C'est-à-dire que quand je travaille et que je rentre tard, non, je ne les vois pas. Mais si je ne rentre pas trop tard ou si je ne travaille pas, je vais au moins boire le café avec mes parents.
Oui, c'est pas évident. Ça se passe bien aujourd'hui, c'est pas évident, mais au final, petit à petit, ton mari et toi, vous avez trouvé votre place. Oui, on a trouvé notre place. Je t'avoue que du coup, j'étais pas serein non plus. Attends, j'arrive dans mon village, mon bled paumé.
Comment vont réagir les gens ? Moi, j'étais rassuré dans le sens où j'avais des alliés, mais je ne savais pas comment allaient réagir les gens. Et en fait, les gens ne réagissent pas, tout simplement, en tout cas pas face à nous. Ça fait 8 ans, j'ai compté tout à l'heure pendant la pause, ça fait 8 ans qu'on est revenus.
On n'a jamais eu une insulte. On n'a jamais eu une remarque. Plutôt l'inverse. J'étais surpris dans le sens inverse. Quand on s'est mariés, les gens nous ont encouragés. J'avais peur de ça. Et les gens nous ont encouragés, nous ont félicités, nous ont trouvé beaux. Il y en a même quelqu'un qui est venu me voir du village en me disant merci pour ce que tu fais. De montrer la voix. Trop bien. Et j'ai trouvé ça super chouette. Et non, j'étais surpris dans le bon sens.
après comme je dis à mon père tu sais t'auras beau marcher sur l'eau les gens diront que c'est parce que tu sais pas nager donc même si je suis gay il y a peut-être des gens qui parlent dans mon dos et c'est sûrement le cas
qui se moquent, c'est sûrement le cas. Mais même si j'avais été hétéro, il y aurait eu des gens pour parler. Donc, j'ai appris, et lui, il ne réussit pas à le faire encore, à ne pas me soucier du regard des gens. Tu as eu l'impression que revenir à La Réunion, te réinstaller chez toi, et enfin out, tandis que la tronçonneuse slash souffleuse a décidé de travailler une nouvelle fois ?
T'as eu l'impression que ça t'a aidé à cheminer dans ton intime ? T'as eu l'impression que ça a eu un impact ? Et j'hésite à nous faire bouger dans la chambre ?
Est-ce que ça s'entend très fort ? À chaque fois, je te dis, les auditeurs me disent, tu nous saoules avec tes sons, on n'entend rien. Mais comme tu veux. Toi, ça ne te dérange pas ? Non, moi non. On reste ici. Ça fait un bruit de fond. On reste sur l'ASMR. J'ai l'impression que ça a eu un impact. En fait, moi, je crois que le coming out et pouvoir vivre soi et s'aligner…
aide je te dis pas genre directement dans des pratiques sexuelles mais quand même dans une façon d'être avec soi est-ce que toi tu l'as ressenti ou pas du tout ? Oui parce qu'au début ta question quand tu l'avais formulée la première fois j'allais te dire que non parce que sexuellement j'ai pas l'impression que ça a eu un impact sur moi mais sur la perception que j'ai de moi sur mon identité globale
Je pense que oui. J'ai arrêté de me cacher officiellement. Et je pense que de faire ce coming out à toute ma famille, ça m'a aidé. J'ai arrêté de faire des coming out comme on l'entend aujourd'hui. Après, ce que j'explique à mes amis hétéros, c'est que des coming out, on en fait…
alors pas tous les jours mais on en fera toute notre vie c'est à dire qu'à partir du moment moi ce que je fais de toute façon aujourd'hui dans le cadre professionnel ou même personnel je vais pas dire bonjour en fait j'ai un truc à vous dire je suis homosexuel je fais plus ce genre de coming out mais par contre on est amené à en faire régulièrement au travail ou auprès des gens qu'on rencontre quand on va nous dire est-ce que vous êtes marié oui j'ai un mari et en fait c'est une forme de coming out et il y a encore ce là je le dis et il y a un avant et un après c'est un grand mot
Mais à partir du moment où je parle de mon mari, de ce genre de choses, les gens savent que je suis gay. Et encore au fond de moi, je me dis c'est un petit coming out et les gens peuvent mal réagir ou en tout cas ne plus avoir la même image que moi. Et donc pour répondre à ta question, cette partie-là où avant c'était compliqué, je vais faire des annonces ou c'était, j'avais l'impression, une révélation où je vais faire quelque chose de très cérémonial, écrire une lettre, écrire un message.
À partir du moment où ma famille ou mes proches ou les gens qui comptent étaient au courant, en fait, je me suis dit, c'est plus un sujet. Je pense que moi, ma question, c'était plus, est-ce que tu as l'impression que l'autodétestation que tu as sur ton corps, dont on a parlé dans les épisodes précédents, peut s'amenuiser grâce, aurait pu être connectée avec le fait d'être gay ? Alors, ça aurait pu.
en tout cas chez moi je n'ai pas l'impression c'est à mon autodétestation
Je pense qu'elle aurait été la même si j'avais été hétéro. Peut-être que je me trompe, mais en tout cas, c'est mon intime conviction, c'est que c'est pas lié à mon homosexualité. Et je pense pas que là-dessus, ça ait changé quelque chose. Toi, avec ton nouveau regard… Alors, t'as jamais connu la communauté gay ? J'emploie avec mes doigts, je fais le geste des petits guillemets. Euh…
Aujourd'hui, ça fait plusieurs années que t'es là. Est-ce que t'as l'impression qu'il y a une communauté queer à La Réunion dont tu fais partie ? Est-ce que tu sors dans des lieux ? T'es dans des assos ? Est-ce que tu côtoies d'autres personnes LGBT à La Réunion ? Réponse courte, non. Mais je vais m'expliquer. Je pense qu'on fait tous partie de cette communauté intrinsèquement parce qu'on partage tous les…
les mêmes problématiques, les mêmes questionnements, en tout cas qui se ressemblent, on se rejoint sur certains points, donc on fait partie d'une communauté.
Mais je la fréquente peu. Et je suis content par contre qu'elle se développe à La Réunion, c'est vraiment une bonne chose. J'aurais aimé que le moi de 16-17 ans voit ce qui est en train de se passer à La Réunion. On a une Gay Pride depuis quelques années. Une marche des visibilités. Une marche des visibilités, merci. C'est vrai, t'as raison. Tu fais bien de me corriger. Il y en a une marche des visibilités qui se fait depuis quelques années.
des associations qui se mettent en place. Je ne vais pas les citer parce que j'ai peur d'en oublier, mais il y en a plusieurs. Merci à eux et bravo pour ce qu'ils font. Ce n'est pas toujours facile, mais les choses bougent. Il y a une vraie communauté queer.
qui se développent à La Réunion. On a même des ballrooms. C'est incroyable. Et c'est une vraie chance. Pourquoi tu n'y participes pas ? Parce que… Pareil, je me suis posé cette question avant d'arriver avec toi aujourd'hui. J'ai pu côtoyer cette communauté à Montpellier. Ce n'est pas la même, parce que je pense que ce ne sont pas les mêmes questionnements.
À La Réunion, la communauté, en plus du côté queer, il y a aussi le côté des îles et je pense qu'il y a d'autres questionnements, racisé, ce genre de choses qui ajoutent d'autres questionnements. Mais en tout cas, j'ai côtoyé la communauté à Montpellier qui m'a beaucoup apporté.
qui m'a beaucoup aidé, mais à un moment donné, a pu être toxique sur certains points. Sur le jugement, sur mon apparence, moi qui avais déjà un problème avec ça. C'est pas forcément un lieu safe pour toi ? Non, je me sentais pas… En tout cas, c'était pas une safe place. Ça l'a été à un moment donné dans les associations où j'ai pu connecter avec des gens. Et à partir du moment où j'ai un peu développé cette communauté-là, où je suis sorti dans les bars, dans les boîtes de nuit…
Ça ne l'a plus été. J'ai encore ces images de mecs qui me regardent de haut. Alors, peut-être que je me trompe. Peut-être qu'ils ne me regardaient pas de haut. Mais moi, j'ai le même lien avec la communauté parisienne. Mais je pense qu'on se perd un peu dans le terme communauté qui, du coup…
Pour toi et moi, il s'agit de côtoyer d'autres gens. Et donc, en fait, il y a tout un tas de sous-groupes et d'associations. Par exemple, je fais de la chorale. C'est génial. Toi, tu n'as pas trouvé des petites poches de personnes où tu te dis, tiens, on ne va pas jouer avec le corps ?
Ouais j'ai essayé, il y a eu une chorale qui s'est faite à un moment donné En tout cas la réponse est non La réponse est non et j'en ressens pas le besoin aujourd'hui en tout cas Moi je pense que j'insiste autant parce que c'est en train de changer ma vie C'est parce que je pense que j'insiste autant parce que je suis passé de C'est trop pas mon univers et puis franchement moi faire la fête et boire J'ai pas envie, enfin si c'est sympa mais genre une fois tous les mois ou tous les deux mois
Et je m'y retrouvais pas et en fait je trouvais que c'était pas safe pour moi. Je trouve qu'aussi à Paris je trouve parfois il y a des poches de gens qui sont acerbes, qui sont là à faire des blagues et à critiquer les autres et moi je suis à mes les gars en fait moi j'ai tout sauf envie, enfin je me tape les hétéros déjà quoi j'ai pas besoin.
Et moi, d'être sans cesse sur ce ton de l'humour sarcastique, je suis là, non mais tu sais, j'ai mon père, j'ai les hétéros, genre, tu veux me dire un truc sympa, en fait ? Ou bien, oui, tu peux rire de moi, bien sûr, mais on se connaît pas, gars, en fait. Et puis non, en fait, ne rigole pas de mon physique. T'imagines bien que c'est pas l'endroit où on va aller si on se connaît pas. Enfin bon, tu sens mon énervement. Et j'ai vraiment découvert…
Autre chose, même à Paris, tu vois, j'ai eu la chance et puis j'ai mis beaucoup d'énergie. Et en fait, là, aujourd'hui, je suis à La Réunion, mais on s'envoie des vocaux avec mes amis, mes petits potes gays. On se raconte nos vies et puis on se parle d'un niveau d'intime, d'un niveau de…
Tu vois, il y a un de mes potes, il fait rencontrer son copain à sa famille. Eh bien, mine de rien, je pense que les vocaux qu'il peut nous faire à ce propos-là, sa famille, tu sais, c'est toujours… Tu viens de le raconter super bien, c'est quand même une sacrée étape. Ce ne sont pas les mêmes vocaux qu'il doit faire à ses potes hétéros ou à ses meufs et tout. Et voilà, moi, je sais que c'est en train de transformer ma vie dans mon rapport au corps, dans mon intime. Je peux trouver des alliés, tu vois ?
et c'est pour ça que je pense poser la question mais en revanche c'est absolument pas une obligation ou un point d'étape essentiel et tout merci Nicolas merci à toi Guillaume est-ce qu'il y a une dernière chose qui t'apparaît comme j'ai vraiment envie de le dire une dernière bafouille non je crois que j'ai tout dit et je te remercie de m'avoir accueilli de m'avoir posé ces questions de m'avoir écouté et non on a fait le tour c'est très bien merci Nicolas merci Guillaume