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J'ai une petite intro pour toi. Tu es d'accord que je la lisse ? Oui. Ali, bienvenue chez moi. Ali, tu es gay, tu es né à Téhéran où tu vis 27 ans avant de tout quitter pour la France. L'Iran est un des pays les plus ouvertement homophobes dans le monde. Être gay y est passible de la peine de mort. D'ailleurs, les arrestations ou les exécutions étaient les rares moments où tu entendais parler d'homosexualité dans les médias.
Sinon, le mot même n'existe pas vraiment en farsi, la langue officielle iranienne. Pourtant, la police iranienne organise une chasse à l'homme en permanence, par exemple avec des guet-apens via des faux profils sur les réseaux de rencontres. Mais toi Ali, tu résistes.
Malgré tout ça, tu vis comme tu peux une homosexualité clandestine, du sexe caché où il ne faut surtout pas s'embrasser, une première fois avec un businessman dans son bureau, le cœur qui bat, et même un coming out à ton frère qui est, surprise, un allié. À 27 ans, tu prends la décision radicale de quitter l'Iran et tu viens t'installer en France. Aujourd'hui, tu fêtes ta dixième année en France, disant que tu défais
fil après fil, les ravages de la répression homophobe pour te réapproprier ton désir, ton plaisir et tes amours. Tu hoches de la tête. Tu vas nous raconter ce chemin de réparation et de reconquête. Et Ali, quand toi et moi on s'est rencontrés lors d'un apéroditeur à une terrasse marseillaise,
Tu m'as dit que ce podcast t'aidait dans ton chemin de réparation et moi je dois dire que ça m'a fait un shoot de bonheur, de fierté et un rappel du pourquoi derrière ce podcast. Au fil des épisodes, ensemble, on peut peut-être arriver à détricoter l'homophobie qui nous empoisonne, alléger nos cœurs, aimer, s'aimer et jouir puissamment, totalement, librement.
Alors, je suis super content de t'accueillir, Ali. Et pour nous lancer, je te propose, là, tu vois, sur la petite table basse à ta droite, tu as une pile de cartes. Sur chaque carte est écrite une question intime. Je t'invite à les mélanger, à en tirer une au hasard et à nous la lire si tu es d'accord. Ta stratégie de santé sexuelle t'aide-t-elle à t'épanouir ?
Ok. Est-ce que c'est une question qui fait du sens pour toi dans ton chemin d'épanouissement ? La santé sexuelle, ça va donc être ton lien aux IST, aux infections sexuelles, aux maladies ?
Je suis moins stressé. C'est qu'en fait, je prends la PrEP maintenant. Ça fait deux ans que je prends la PrEP. En fait, pour te dire, en Iran, j'étais toujours stressé parce que…
Je n'ai jamais fait les tests pour les maladies sexuelles. Parce que ce n'est pas possible, j'imagine. En fait, il y avait des centres dédiés au sida.
Et même la procédure, c'était anonymisé. Ça veut dire qu'on pouvait y aller sans vraiment donner le nom, juste avec un numéro. On pouvait y aller et se tester. Il n'y avait pas de PrEP à cette époque-là, je pense.
Mais en fait, il y avait les tests, mais je n'ai jamais fait parce que j'avais trop peur qu'en fait, j'ai quelque chose. Et à cette époque-là, j'habitais avec mes parents. Et en plus, j'étais un peu caché. Alors c'était…
En même temps, savoir que je suis entre guillemets malade et habiter avec mes parents et être caché, c'était vraiment trop. Et j'ai évité de faire des tests en Iran.
Ouais. Assez tôt, tu as compris la possibilité de l'IST ? Parce qu'en fait, ce que tu m'as dit, donc là, on va décrire un Iran des années 2010, puisque toi, ça fait 10 ans que tu niais. 2015, entre 2010 et 2015.
Parce que toi, tu quittes l'Iran en 2015. À l'époque, ce que je comprends, c'est que tu grandis dans un pays où l'homosexualité n'existe pas. Et si elle n'existe pas, comment est-ce que l'IST, l'infection sexuellement transmissible, elle existe ? Comment toi, tu comprends que tu peux avoir une IST ? C'est un peu…
paradoxal, peut-être, parce qu'en Iran, il y avait des centres dédiés pour Sida. Et c'était vraiment… C'était comme en France, les centres dans chaque ville, il y avait des centres. Vraiment, le procédure s'était anonymisée. Mais… Et j'ai trouvé la possibilité de le faire…
Par internet. Il y avait un site web officiel où ils ont centralisé toutes les informations liées au SIDA. C'était vraiment officiel du gouvernement. C'était intéressant.
Tu as dit, j'ai vécu caché, quand on a préparé cet entretien, tu m'as dit qu'il y a eu toute une partie de ta vie, donc jusqu'à 27 ans tu vis en Iran, et tu te fais une vie hétéro, tu t'inventes une copine, tu veux raconter ?
Pas vraiment une copine, mais je n'ai jamais parlé avec mes proches, mes amis, ma famille, d'une fille. Je n'ai jamais parlé. Pour l'instant, je suis célibataire. Pour l'instant, je ne suis pas amoureux. Je ne vois personne. Je suis seul. Toujours comme ça. J'ai toujours évité de répondre aux questions.
Mais je n'ai pas inventé une copine, peut-être quelques fois pour vraiment éviter des questions, de dire pourquoi tu es célibataire, pourquoi tu es célibataire. Mais en gros, je n'ai jamais inventé une copine, mais sur le long terme.
Oui, certaines interactions, parce que les gens, ils sont parfois très, très curieux, ils te posent des questions, des questions, des questions, mais juste pour terminer la discussion, j'étais obligé de revenir, j'ai une copine. Tu peux m'amener en Iran, donc moi je ne suis jamais allé en Iran, à Téhéran, tu peux m'amener dans le Téhéran avant que tu le quittes,
Comment tu fais pour tenter d'être homosexuel ? Est-ce qu'il y a vraiment zéro lieu de rencontre ? C'est genre impossible, il n'y a pas de bar ou est-ce qu'il y en a un ? C'est quoi le…
J'habitais à Téhéran, la grande ville. Il y avait des lieux de rencontres, mais vraiment rencontres pour sexe. Ça veut dire qu'en fait, il y avait des prostituées.
là-bas. Donc des prostituées femmes ? Trans plutôt. Mais pour les hommes hétéros ? Pour les hommes hétéros, oui. Et pour toi, un homme gay ? Comment tu fais pour rencontrer ? En fait, il n'y avait pas d'endroit spécifique pour moi en tant que gay d'y aller et trouver des mecs comme moi. Et…
Il y avait Internet. C'était Internet qui était en porte vers le monde gay pour moi. Et il y avait des sites de rencontres à cette époque-là parce que quand j'étais à l'université, il n'y avait pas de téléphone et smartphone. Alors il n'y avait pas d'application de rencontre et il y avait des sites de rencontres. Il y avait un site web spécifique
En fait, tous les gays en Iran utilisent… Pas tous les gays, mais en fait, c'était très populaire parmi les gays en Iran. Il est interdit par le gouvernement. Mais le site aussi, c'était interdit parce qu'en fait, il y avait un censuring assez…
fort en Iran notamment sur internet on utilisait VPN tout simplement c'est un petit logiciel qui fait genre t'es dans un autre pays t'es dans un autre pays pour regarder des pornos plein de choses des pornos pour aller sur les sites web de rencontres tout ça même lire en fait les
Aller sur YouTube, tout ça, on est obligé d'utiliser VPN. Et à cette époque-là, en fait, j'ai utilisé VPN pour aller sur ce site de rencontre. Est-ce que tu as des amis gays ?
En Iran, non. Je n'ai jamais eu des amis gays. Je n'ai jamais eu le sentiment d'être appartient à une communauté gay en Iran. Et jamais dans… Parce que du coup, tu as été étudiant jusqu'à 27 ans, l'âge où tu quittes ?
Étudiant jusqu'à 24 ans et après j'ai travaillé jusqu'à 27 ans et après j'ai quitté. Et là, jamais dans des interactions, tu as senti qu'il y avait une possibilité ? Non. 100% de ta vie intime, sexuelle, amoureuse, entre guillemets, c'était via des sites de rencontres.
Oui, c'était toujours via des sites de rencontres. Il n'y a pas des lieux clandestins ou des façons un peu de se comporter avec quelqu'un pour exprimer quelque chose ? Non, il n'y avait pas vraiment de lieu physique pour faire ça.
au moins de ma connaissance toi tu parles en ton nom et ce que tu as rencontré donc c'est les sites de rencontres ça se passe comment ? parce que la question que j'avais envie de te poser avant que tu expliques comment ça se passe c'est que
on entend le on il est un peu genre les médias occidentaux ou en tout cas en France on peut entendre certaines associations dénoncer des exécutions d'homosexuels en Iran mais moi je suis curieux de savoir est-ce que c'est réel dans le sens bien sûr c'est réel excusez-moi mais est-ce que c'est fréquent est-ce que ça fait partie du narratif dans lequel toi tu grandis cette répression t'es au courant elle est active ou elle est rare ?
Oui, j'étais… En fait, c'est interdit au niveau légal et je savais que c'était interdit.
C'était présent parce qu'il y avait toujours des articles sur les médias. Par exemple, je me souviens, la première fois que j'ai lu, c'était l'exécution de deux jeunes hommes en Iran parce qu'ils ont fait des actes homosexuels.
Il y avait des news aussi parce que je me souviens très bien qu'en fait il y avait un fête entre les gays dans une ville en Iran.
entre gays et trans ok donc dans une maison ouais dans une maison un peu cachée parce qu'en Iran pour te dire il n'y a pas de bar il n'y a pas de discothèque tout est caché ça veut dire quand même si tu veux faire une fête une soirée normalement c'est dans une maison quelqu'un t'invite et tu y vas et apparemment c'était une fête soirée pour les gays
Et en fait, les policiers, ils ont attaqué cette maison, ils ont attaqué la maison pour terminer la soirée, tu vois ?
Et arrêter les gens. Dans les médias où tu n'as pas besoin de VPN pour accéder, dans les médias officiels, il y a plusieurs fois par an, on parle de cette chasse à l'homme.
Exactement. Il y avait toujours des news comme ça dans les médias, dans les médias officiels, parce que c'est le gouvernement qui parle, qui dit « on a exécuté deux personnes, on a attaqué une maison, une soirée, on a arrêté des gens, des homosexuels ».
Comment ça impacte ta présence en ligne ? Gros flip, moi je flipperais de ouf, non ? Tu peux mettre des photos ? Non, même sur les sites de rencontres, oui on pouvait mettre des photos bien sûr, mais presque personne n'avait une photo de visage.
Presque personne, ça veut dire que certaines personnes prenaient le risque ? Certaines personnes, oui. Certaines personnes prenaient le risque pour partager leur visage sur les sites de rencontres. Mais il y avait des gens aussi comme moi que j'ai jamais partagé mon visage sur les sites de rencontres, sur mon profil. Mais après, quand on parle avec les gens, à vie, on partage…
les photos. Et c'est pour ça, en fait, en ce moment, il y avait une discussion entre les guides en France aussi, pourquoi vous ne mettez pas la photo de visage sur Tinder. Je pense que je comprends pourquoi les gens ne partagent pas leurs photos de visage sur Tinder parce que…
On ne sait pas l'histoire des gens parce qu'ils ne peuvent pas partager leurs photos de visage sur Tinder. Qu'est-ce que tu marquais sur ton profil ? Tu te souviens de ce qui avait marqué ? Qu'est-ce que tu mettais en avant ? Je ne me souviens pas. Je pensais que j'avais quelques photos peut-être de mon corps. Ok. Et…
Pas de texte pour me présenter, je pense. Pas de texte particulier, non. Tu m'as raconté que la police faisait des faux profils pour faire des guet-apens. Comment tu faisais ? Est-ce que tu avais des techniques et des stratégies pour que, tandis que tu échangeais avec un homme, comment tu faisais pour t'assurer que ce n'était pas la police ?
Parler, parler, conversation. Pendant des jours, pendant des semaines, on parlait pour vraiment… Au moins, c'était ma stratégie. Pour m'assurer qu'en fait, il est une personne, une vraie personne. Et il est…
la personne qu'il déclare qu'il est. Pourquoi ? Parce que tu as l'impression que la police n'investirait pas des semaines et des semaines, c'est ça ? C'est ça. Après… C'était avéré ?
ouais en fait c'était ma stratégie tu vois c'était comment tu sais que la police n'investit pas plusieurs mois pour faire un guet-apens c'était juste sentiment jamais 100% j'étais jamais 100% sûr qu'en fait c'était il n'est pas policier ou il n'est pas d'autres personnes c'est juste feeling
Bien sûr. Et du coup, le moment où, après plusieurs semaines, plusieurs mois d'échange, le moment où tu dis OK, on va se rencontrer. Est-ce que là aussi, tu as adapté ta stratégie au cas où ça puisse être un policier ?
Ou tu allais simplement te présenter chez la personne ? Présenter simplement chez la personne, oui. Tu sonnais, tu rentrais ? Tu rentrais, ouais. Ouais, c'était toujours comme ça. Tu ciblais certains profils ? Je comprends qu'il n'y a pas de photos, il y a peut-être des textes un peu vagues. Un peu vagues, oui. Qu'est-ce que tu… ça se passait comment pour toi, ce en ligne ?
Ce que je me souviens, c'est qu'en fait, j'aimais pas, en fait. C'était juste pour y aller, y trouver un profil, parler avec le profil, et après, peut-être, peut-être, un plan derrière. Et je cherchais pas ça, mais j'étais un peu obligé de faire ça aussi, parce que j'avais besoin de rencontrer des gens. Toi, tu cherchais quoi, au fond ?
quand j'étais en Iran je cherchais que du sexe j'ai pas compris j'ai l'impression que tu disais sur les apps sur les sites je pouvais que faire du sexe mais c'était pas mon délire
Ouais, c'était pas mon délire non plus parce qu'en fait, j'avais envie aussi de rencontrer des gens, de parler avec des gens, de faire des amis peut-être, faire des amis gays. C'est pour ça en fait que j'ai pas d'amis gays iraniens parce qu'en fait, j'étais…
Ça passait toujours comme ça, tu vois, de parler avec les gens et faire un plan. Et après, c'est fini. Une seule fois, one shot ? One shot et parfois plusieurs shots. Mais c'est fini parce qu'ils étaient aussi dans la même situation que moi. Et ils voulaient juste faire du sexe et oublier qu'ils sont gays ou peut-être…
Il y a plein de gays en Iran qui sont mariés avec un enfant. Alors leur vie est très cachée. Ça veut dire qu'en fait, même si je voulais, j'avais envie de rencontrer plusieurs fois la personne, c'était impossible. Parce qu'en fait, il était marié avec des enfants. Il ne voulait pas en fait de continuer, tout simplement. Ça t'est déjà arrivé de tomber un peu amoureux ?
Oui, ça m'est arrivé de tomber amoureux, non. Un petit crush. Un petit crush. Parce qu'au fil des messages, tu te souviens, par exemple, avec quelqu'un avec qui tu as eu un crush, ce qui t'avait plu chez lui, on se raconte quoi en fait ? Est-ce que tu mesurais chacun de tes termes parce que tu te disais peut-être que je suis lu, écouté ? Ou est-ce que tu te lâchais et tu te racontais totalement ?
non j'ai jamais en fait essayé de me lâcher j'ai essayé de garder quelque chose pour moi et ne pas être 100% transparent parce que être transparent dans cette situation ça veut dire que t'es en danger parce qu'il y a toujours en personne au moins ma perception à cette époque là c'était que
C'était comme ça qu'en fait, si tu te lâches et si tu montres tout, il y a des gens qui peuvent profiter de ça parce que la loi aussi, c'est dans leur côté, ce n'est pas dans mon côté.
Ouais, sachant que si jamais la police chope quelqu'un avec qui tu as eu un rapport et qu'il y a des messages entre toi et lui, j'imagine que toi aussi tu peux être poursuivi. Poursuivi, exactement. Du coup, tu racontais quoi ?
Ce crush et tout, c'était genre le cinéma, les livres ? Non, non, c'était pas… Je me souviens, il parlait beaucoup de son parcours sexuel un peu. Parce qu'en fait, pour te dire, j'ai rencontré un gars, il était marié.
Mais il était gay. Et il avait même… Il voulait même changer son sexe, tu vois. Mais avec la force de la société, sa famille et tout ça. Il était marié. Il avait deux ou trois enfants.
Et après, c'est vous, en fait. Je pense, moi, je suis le premier mec de sa vie. Vous avez eu un rapport sexuel ? Le premier rapport sexuel ? Oui, oui, oui.
oui c'est le premier rapport sexuel il était avec moi et après oui c'était un peu j'avais un peu de feeling pour lui peut-être pour lui peut-être je sais pas pour son histoire parce que son histoire aussi c'était trop touchante pour moi
Mais au final, je me suis dit non, il faut s'éloigner. Je me suis éloigné parce que je ne voulais pas continuer.
Tu me l'as dit ça quand on a préparé cet entretien que la chirurgie génitale pour les personnes en transition est légale en Iran. Mais c'est du coup, toi tu m'as dit c'est une question, est-ce que je suis gay ou est-ce que je suis une femme ? C'est une question qui s'est imposée à toi alors que c'est pas vraiment un cas.
questionnement que tu avais parce que c'est un peu on force cette question sur tous les gays qui du coup on leur dit t'as qu'à changer de sexe et être une femme confondant transidentité et orientation sexuelle c'est ton cas ? Oui c'était exactement ça en fait en Iran changement sexuel changer ton sexe c'est légal
Mais le problème, c'est qu'en Iran, comme il n'y a pas de gays, on n'a pas de homosexuels en Iran, légalement.
Soit t'es femme, soit t'es un non. Et alors si tu dis je suis gay, ils te catégorisent dans la catégorie de transsexuel. Et ils te disent ok, alors t'es pas gay, t'es transsexuel et tu dois continuer, en fait tu dois faire une transition sexuelle. Ça on te l'a dit ?
Non, non, j'ai jamais dit à personne que je suis gay, au moins j'ai jamais montré que je suis gay, mais en fait il y a des gens qui en fait…
Il y avait des gays qui ont dit « Ouais, on est gays ». Et j'ai un psychologue, je ne sais pas, leur médecin traitant… Oui, j'avais entendu des histoires comme ça. Et après, le psychologue a proposé de changer le sexe, quoi.
Et après, en écoutant, en lisant ce type de témoignages, je me suis posé cette question qu'en fait, est-ce que je suis un homme ou est-ce que je suis une femme ? Oui, c'est un peu le récit dans lequel tu baignes que si tu as envie d'un rapport sexuel avec un homme, c'est donc que tu es une femme. Exactement ça.
Et la réponse ? Tu as une réponse ? Oui, bien sûr, j'avais une réponse, mais ça m'a perturbé pendant quelques… Mais la réponse, c'est non. La réponse, c'est non. Oui, oui, j'aime être homme. Mais en fait, ça m'a perturbé un peu parce que je me suis posé cette question. Est-ce que je suis une femme ? Est-ce que je suis un homme ?
Si je suis un homme, pourquoi je ne suis pas 100% viril comme les autres hommes, mes camarades par exemple, mes collègues, tout ça. Tu étais plus efféminé ?
je pense quand j'étais à l'école avant 10 ans peut-être j'avais des gestes un peu féminins mais en fait quand j'ai subi plusieurs harcèlements à l'école j'ai conscientement j'ai fait exprès pour supprimer
Ou viré, ou tué, je ne sais pas, de cette partie de moi. J'ai essayé d'être viril, plus que possible. J'ai fait mes efforts pour être viril.
Et puis j'imagine qu'être efféminé, c'est aussi envoyer un signal à la répression homophobe. Du coup, les gens peuvent parler, pointer du doigt et te mettre à risque, j'imagine. Exactement, c'est ça. Tu te rappelles quand tu étais sur le site de rencontre ?
t'avais un type donc je t'ai un peu posé la question tout à l'heure mais j'ai pas eu une réponse assez spécifique pour moi si tu m'autorises Ali là je suis sur un site j'ai zéro photo de mec des textes un peu vagues et je suis un peu curieux comment tu choisis de parler avec qui est-ce que t'avais un type de mot clé que tu cherchais non parfois s'il y avait une photo de corps
Par exemple, soit je choisissais par la… C'est quoi ton type ? Si tu en as un. Photo de corps poilu ou pas poilu ? Poilu, plutôt. Plutôt poilu. Plutôt poilu. Et sinon, en fait, en fonction de l'âge, par exemple, est-ce que, par exemple, il est dans le tranche âge, un peu plus âgé que moi ? À cette époque-là, je cherchais un peu plus… Un daddy ?
Non, pas Daddy, forcément. Quand j'avais, par exemple, 20 ans, je cherchais quelqu'un entre 25 ans et 30 ans, un peu plus âgé que moi. Je ne sais pas pourquoi, je cherchais toujours comme ça. Cette façon qu'en Occident, en tout cas en France et dans pas mal de pays, on est écouté au Canada, en Suisse et tout, et j'ai l'impression qu'il y a quand même dans tous ces pays des petites catégories genre Daddy, Twink, etc. Est-ce que ça, quand tu étais en Iran jusqu'à l'âge de 27 ans,
Ça n'existait pas pour moi. Non, ça n'existait pas. Ça n'existait pas pour moi. Actif, passif ? Ça existait ? Oui, actif, passif, ça existait. Dans un usage de mots qui s'applique aussi aux hétéros ? Oui.
Je suis curieux de savoir, quel est le vocabulaire gay qui parvient à se créer dans une société aussi répressive que l'Iran ? Et donc tu dis, pas les catégories, ok. Tu vas me dire après, le mot gay n'existe pas vraiment. Et donc ma question c'est, sur Active Passive, si ça existait, est-ce que tu es à l'aise de les dire en farci ?
En fait, je dis équivalent en français. Actif en personne, on dit sujet. Et passif, c'est objet. Alors, pour lancer la conversation, on disait toujours « t'es objet » ou « t'es sujet ».
J'ai jamais aimé en fait cette question parce que quand t'es objet, j'avais honte de dire que je suis un objet parce que je voulais être le sujet. Objet, c'est passif. Objet, c'est passif. Tu es pénétré. Pénétré, ouais. Et t'avais honte d'être pénétré ?
un peu ouais parce que d'abord j'ai pas aimé le mot objet il est dégradant il est péjoratif oui très
En français, pareil, passif, ça veut aussi dire qui ne fait rien, qui ne fait pas, qui subit. Oui, c'est un peu nier mon être humain, mon humanité. Et alors que je comprenne bien, sujet-objet, tu veux les dire en persan ?
Ok. Moi, j'ai dit farci, tu as dit persan. Est-ce qu'il y a juste ces parenthèses ? Non, c'est juste la même langue. Il n'y a pas de nuance problématique à utiliser un des deux mots ? Non, il n'y a pas de nuance. Au moins, de ce que je sais, scientifiquement, je ne sais pas. Non, mais en tout cas, toi, tu n'es pas gêné si je dis…
Non, non, persan farci pour moi, c'est pareil. Ok. Et sur sujet-objet, ce n'est pas des thèmes qui sont utilisés dans le cadre d'un rapport anal-hétéro ?
Non. Mais alors ? Hétéro, c'est un mec, c'est un homme. Est-ce que ce terme, je peux l'utiliser ? Moi, hétéro, homme, avec ma femme, j'ai envie de pénétrer. C'est spécifique entre hommes. Pour les gays et pour pénétration anale. D'où vient ce vocabulaire clandestin ?
ça je sais pas c'est ouf non ? est-ce que tu t'es intéressé moi je connais mal l'histoire de France donc si tu connais mal l'histoire de l'Iran il n'y a pas de sous-entendu péjoratif mais possiblement peut-être que comme dans plein d'autres pays où c'est un crime d'être LGBT dans le passé je pense notamment en Ouganda qui avait un roi bisexuel et en fait tout un passé et une histoire très queer
Puis après, la colonisation est arrivée en Ouganda, en tout cas, et les Britanniques, eux, ont imposé l'homophobie. Est-ce que tu sais si en Iran, dans le passé, c'était un pays queer-friendly, un pays… Est-ce que genre… C'est les chats, c'est ça, en Iran ? Donc les Beyoncé d'Iran de l'époque…
excuse moi je suis en train de mélanger des ouf les chats de l'époque peut-être ils avaient triple harem et ils baisaient hommes et femmes et c'était très bien vu non non en fait ce que je sais non homosexualité n'existait jamais on existait peut-être mais c'était caché encore
Même avant la révolution islamique en Iran, même s'il y avait une forme de liberté sociale en Iran, la homosexualité n'existait pas. Elle n'était pas reconnue. Elle n'était pas reconnue, oui. Et a toujours été vue, régime islamique ou pas, comme un problème, un crime ?
Comme un problème. Au moins, peut-être avant la Révolution, ce n'était pas un crime, mais c'était un problème. Mais après la Révolution, ça a devenu en fait un crime aussi. Est-ce que notre première fois avec le businessman, il est un peu plus âgé que toi, il a des poils au torse ?
Bien joué. Et attends, mais du coup, tu n'avais pas de photo, mais tu arrivais à sentir que le profil pouvait être un poilu légèrement plus âgé ? Non, en fait, on n'a pas commencé comme ça. En fait, on a commencé à parler sans vraiment, avec l'objectif de se rencontrer. On a parlé, parlé pendant un an, je pense. Combien de fois par semaine ?
Parfois zéro, parfois plusieurs fois par semaine. Mais en fait, c'était zéro. Pendant un an, je pense, on a parlé, on a parlé. Parce qu'en fait, il était marié aussi. Il ne voulait pas trop risquer de rencontrer des gens.
Tu te souviens du coup comment il justifiait sa présence ? Lui, il utilisait quel mot ? Donc il est marié, mais il vient quand même sur un site de rencontre. Tu veux dire le nom du site ? À cette époque-là, le nom du site, c'était Manjam, M-A-N-J-A-M.
Et c'était un site de rencontre, je ne sais pas s'il existe encore aujourd'hui. Non, ça n'existe pas. Ça n'existe plus. Et c'était spécial Iran ? Non, c'était le monde entier. Mais en fait, il y avait beaucoup, beaucoup de profils en Moyen-Orient. Tu te souviens ?
Lui, il te dit, je cherche juste à parler de mon homosexuel. Peut-être qu'il était bi. Je cherche juste à parler avec d'autres hommes qui sont homosexuels ou qui ont envie de rapports sexuels. Et il t'avait dit, on se rencontrera jamais, je ne veux pas.
Non, ce n'était pas comme ça. Parce qu'en fait, c'était ma première fois. Alors, je ne voulais pas risquer et rencontrer quelqu'un, un policier ou quelqu'un d'autre. Et moi, je ne voulais pas rencontrer un mec tout de suite. Je voulais découvrir un peu, parler et découvrir.
Et lui aussi, je pense. C'était chouette pour toi de parler ?
pour partager l'expérience, pour partager le feeling. Non, c'était trop bien, franchement. Même mieux que le sexe, peut-être, à cette époque-là. Parce que j'avais envie de parler. Il n'y avait personne autour de moi pour parler de ça. Mais tu étais 100% seul. Oui, j'étais 100% seul.
T'as des souvenirs de cette année ? T'as des souvenirs de morceaux de conversation de cette année qui t'ont marqué ? Avec ce mec ? Non. En fait, c'était une conversation très…
Aujourd'hui, je suis allé aux études, j'ai mangé ça au déjeuner. Même pas parce qu'ils travaillaient et après le travail, on parlait. À la fin de la journée, s'il est connecté et si moi je suis connecté aussi, on parlait un peu de notre journée ou peut-être des choses un peu…
Basique, mais pas trop en profondeur des sujets. Pendant un an ? Pendant un an, on échangeait des messages. Donc toi, ce qui t'apaisait, c'était le sentiment, l'idée de parler d'intime. Mais en fait, dans la réalité, c'était assez superficiel comme échange pendant un an. Parce qu'en fait…
Pas une petite dick pic qui se balade ?
Il y avait des moments comme ça et je pense qu'on préférait de faire ça aussi parce qu'on ne voulait pas se rencontrer, parce que c'était trop risqué. Est-ce qu'ils sont mecs? Est-ce que c'est vraiment… Tu vois, te rencontrer en physique, c'était un peu risqué.
C'était risqué parce que t'étais intimidé ? Ouais. Parce que tu vois, au bout de six mois, et que t'as fait du camsex avec lui, du sexe par webcam, à ce moment-là, je crois que t'avais compris que c'était pas un policier, c'est ça ? Oui, j'étais sûr qu'en fait, il n'est pas policier, mais… Mais t'étais intimidé tout de même ?
un peu ouais parce qu'en fait c'était ma première fois encore en foi et je savais pas comment ça va passer tu vois c'est chaud et j'étais ouais j'avais peut-être un peu de peur peut-être un peu de honte peut-être c'est quoi ça ? non je rigole
C'est impressionnant parce que on a grandi dans des sociétés, des pays si différents, si lointains, etc. Mais il y a tellement d'universel dans ce que tu racontes. Moi, j'ai vécu plein de… Alors, je ne me permets pas de comparer les situations. Moi, je n'ai pas du tout grandi ni vécu en Iran et la répression à un autre endroit, mais…
Ça me frappe comme mon cerveau a presque inventé une répression aussi dangereuse que la réalité que tu vivais. Que mon fantasme, moi, dans mon petit cerveau, était tout aussi actif. Et tu vois ce que je veux dire ? Alors que toi, c'était ta réalité, moi, c'était un… Mais tu vois, et donc moi, tout ce que tu me dis dans ta façon, dans ta solitude et dans ton apprentissage, à plein de moments, j'ai envie de t'arrêter en disant « moi aussi, moi aussi, moi aussi », tu vois ?
Je suis là dans ta chambre. Ça va ? Oui, ça va. Je suis dans ta chambre. Il était où l'ordinateur ? Il est familial, j'imagine. Il y en a un dans le salon ? Oui, on avait un ordinateur, mais l'ordinateur était dans ma chambre. Ah, bien joué !
Très bien joué. Du coup, tu viens plutôt d'une famille riche ? Pas riche, ni pauvre, ni riche, ni pauvre au milieu. Moite, moite. Mais parce qu'en Iran, à cette époque-là, les familles au milieu, classe moyenne, je ne sais pas comment on dirait, peuvent acheter un ordinateur et avoir accès à Internet. Oui, on avait un ordinateur. Mon père, il a acheté un ordinateur.
On avait accès à Internet. Il n'y avait pas de fibre. Non, mais c'était l'ADSL. L'ADSL, oui. Modem. Modem, oui. Toi-même, tu sais. Donc, on est dans ta chambre. Donc, ça, on est bon. On n'est pas au milieu du salon. Mais moi, je t'imagine avec la webcam. Et donc, en fait, on a une double peur en parallèle. À tout moment, ma porte peut s'ouvrir.
Et j'ai… Qu'est-ce qui se passe sur l'écran ? Qui est vraiment le mec ? Pour être honnête, je faisais ça…
Majoritairement, je faisais ça quand j'étais seul à la maison. Ça arrivait ? Oui, il y avait des moments où j'étais seul. Mon père était au boulot, mon frère n'était pas à la maison et ma mère aussi, elle était dehors. Oui, mais businessman, il n'est pas dispo n'importe quand parce qu'il est marié. Il est dispo le soir ?
Oui, il y avait des moments où j'étais seul à la maison et il y avait des moments où il était connecté aussi et on parlait. Et c'est pour ça que je dis que ce n'était pas assez fréquent pendant un an. Parce qu'il y avait des moments où on n'échangeait pas, zéro message. Il y avait des moments où on échangeait. Bon, du coup, en fait, tu l'as rencontré. Oui, au final… C'est ta première fois, tu as eu un rapport sexuel. Est-ce qu'on la raconte dans la partie 2 ?
ça te va ou pas ? je regarde le temps tu vas raconter merci Ali et du coup à dans quelques jours pour les auditeurs est-ce que tu veux faire une pause ?